Huile de palme : malaise en Malaisie

DANS LA JUNGLE, TERRIBLE JUNGLE

DSCN0731A trois heures de vol de Kuala Lumpur, en Malaisie orientale, s’étend la mythique Bornéo, partagée entre les provinces de Sabah et Sarawak. L’île de la biodiversité et de la forêt tropicale. Un territoire menacé par les incendies criminels, la disparition d’espèces endémiques et la dégradation des « puits de carbone » (absorbant le CO2), sols et tourbes notamment. A Sepilok, dans la province de Sabah, le Centre de réhabilitation des orangs-outans livre un discours moins convenu. Le centre existe depuis 1964 et a déjà pris en charge 700 individus. Aujourd’hui, ils sont une cinquantaine à passer entre les mains des soigneurs. Des animaux récupérés par le centre en piteux état, orphelins ou victimes de leurs ennemis naturels, serpents et guépards, de l’homme qui les chasse pour les domestiquer ou les consommer, et bien sûr, des feux et de la déforestation. De la « nursery » au « primaire », ils se réapproprient leur environnement pour être relâchés dès leur septième année. Pour Tania Ramirez, qui travaille dans le centre, « la moitié souffre du développement urbain, l’autre de l’extension du palmier ».

Même discours du côté du Sabah Forestry Department, l’office en charge de la protection des forêts. Pour Frederick Kugan, un de ses responsables, « nous sommes arrivés à un point de saturation en termes de plantations d’huile de palme ». Sam Mannan, le directeur de l’office, lui, va plus loin : « La situation globale est critique, mais si les orangs-outans doivent survivre, ce sera à Sabah. »

Marc Ancrenaz, à la tête d'une ONG qui protége les orangs-outansA priori, sur l’île, les autorités ont pris conscience de la dimension du problème, en partenariat avec WWF, le MPOC, l’UE ou encore le programme ONU-Redd et avec la collaboration de l’Indonésie voisine. Mais, pour Marc Ancrenaz, qui travaille sur place depuis 15 ans, les vrais problèmes se concentrent essentiellement sur l’Etat de Sarawak et l’Indonésie(*), là où sévissent la chasse, le bracon- nage et l’abattage massif, tant pour planter le juteux palmier que pour l’exploitation sauvage du bois. Il préconise les labels et la certification et s’en remet à l’intelligence et aux pressions des consommateurs. Quant au «grand singe», il en resterait, selon lui, 70000 à Bornéo, dont 11000 à Sabah, 80% d’entre eux vivant dans les zones protégées. Pour le scien- tifique, «c’est une espèce qui se reproduit très lentement, il faudra des décennies. »

(*) 85% de la production mondiale vient de Malaisie et d’Indonésie. Mais l’Afrique a commencé à s’y mettre.

A retrouver dans Néoplanète