Huile de palme : malaise en Malaisie

Carl Bek-Nielsen directeur d'United PlantationsCôté environnemental, Carl Bek-Nielsen a aussi ses réponses : pas de déforestation pour planter le palmier en Malaisie, ni de brûlis (défrichage par le feu) sous peine d’emprisonnement, zéro irriga- tion (le pays reçoit en moyenne 2,5 m d’eau de pluie par an), développement de la méthanisation (59 usines dans le pays, 148 en projet), utilisation systématique de la biomasse, 2 000 chouettes sur ses plantations pour chasser les rats en lieu et place des produits chimiques et 300 buffles pour le transport, là où le rail ne peut se rendre. Pour lui, «la plus grande catastrophe, c’est la pauvreté et la misère alimentaire». Alors quand on évoque la menace qui pèse sur certaines espèces animales protégées, comme l’orang-outan, Carl Bek-Nielsen s’amuse : « 40 % de l’huile de palme dans le monde est cultivée sur des territoires où il n’y a pas d’orangs-outans, et il n’y en a jamais eu en Malaisie péninsulaire. De plus, nous coopérons avec le zoo de Copenhague et Marc Ancrenaz, un scientifique français qui travaille sur l’île de Bornéo, responsable d’une ONG en charge de la protection des orangs-outans. » La RSPO, justement ? CarlBek-Nielsen se dit favorable, mais déçu. Car, à l’identique des produits issus du commerce équitable, le prix à la tonne de l’huile certifiée est majoré. Soit 804 dollars la tonne contre 800 sur le marché traditionnel. « Les ventes ne sont pas à la hauteur des investissements, nous n’avons pas d’acheteurs sur ce marché. » Le discours est bien rôdé, cependant le Danois reconnaît que des dysfonctionnements subsistent, mais ailleurs… « Il y a des problèmes à Sarawak et en Indonésie, et nous sommes victimes d’amalgames. » Quant à « l’amendement Nutella », prôné par le Premier ministre français : « C’est une pure folie ! Interdire ne sert à rien. »

Dans le nord du pays, Ahmad Sidek, petit producteur indépendant depuis 1990, fort de ses 14 hectares, ne cache pas que le palmier lui a offert une meilleure qualité de vie. Il aime son travail et sa terre, qu’il exploite sans engrais, et souhaite que ses enfants prennent un jour la relève. Il avoue cependant être inquiet de la mauvaise réputation de l’huile de palme.

LE DISCOURS OFFICIEL : « UN SENTIMENT D’INJUSTICE »
Le centre de réhabilitation des orangs-outansDu côté des autorités malaisiennes, on s’interroge à mots choisis sur le climat défavorable en Europe, particulièrement en France. Yusof Basiron, directeur du Malaysian Palm Oil Council (MPOC), l’institution gouvernementale regroupant les producteurs, souligne que : «L’huile de palme est la colonne vertébrale de l’économie malaisienne, avec 73 milliards de dollars d’exportations, 500 000 travailleurs et 11 % du PIB. La moitié du pays est constituée de forêts non-exploitées. » Et de mettre en avant les « 3 P » : People, Planet, Profit, fers de lance du développement durable pour les autorités. D’un point de vue nutritionnel, le Dr Nagendran, qui travaille pour l’agence gouvernementale, fait part d’études publiées en France et en Australie qui démontreraient que les effets de l’huile de palme seraient similaires à ceux de l’huile de tournesol en termes de graisses saturées ou de l’huile d’olive pour le cholestérol. Sans oublier de rappeler le scandale alimentaire sur la viande de cheval, mettant sur le compte de nos résistances à l’huile de palme notre méconnaissance du produit, notre protectionnisme et le fait de ne pas pouvoir en cultiver nous-mêmes pour des raisons climatiques. Avec, en filigrane, la guerre économique que se livrent les différents lobbies, du soja au tournesol, en passant par le colza. « C’est un match entre les pays en voie de développement qui entrevoient un avenir économique grâce à l’huile de palme et certains producteurs d’huiles végétales de soja ou de colza, comme aux USA. Ces derniers craignent une concurrence car ils ne sont pas en mesure de planter du palmier. C’est un sentiment de discrimination à l’aube d’un développement qui éradique la misère et la faim et qui permet de rentrer dans le cercle des pays riches. Un sentiment d’injustice devant la perte d’une telle opportunité, face aux taxes que brandissent la France et l’Union européenne, et au regard des efforts que nous avons fournis. ».

En parallèle, comme un paradoxe, on fait valoir les bonnes relations commerciales entre la France et la Malaisie, notamment avec l’achat d’Airbus A380… Et quand on évoque les droits fonciers de certaines populations indigènes qui subissent l’expropriation, Douglas Uggah Embas, le ministre des Plantations et des Matières premières, et ancien ministre de l’Environnement, déroule le message parfait : « Je suis issu de ces populations, né dans la jungle, et aujourd’hui je suis ministre.»
Page 3 : dans la jungle, terrible jungle… 
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Jean-Michel Véry

Guitariste, compositeur, après dix ans de bons et loyaux services auprès de musiciens comme Andy Chase, Laszlo de Trèbes ou Vivien Savage, il débranche pour le journalisme et collabore avec L’Optimum, Le Figaro, Politis… Un père anglais et une mère égyptienne, aux ascendances touaregs, lui confèrent génétiquement le goût du voyage. Il signe régulièrement la rubrique « tourisme » pour Néoplanète.