WINSLET EN…KATE DE NATUREL !

Kate Winslet est l’héroine mystérieuse du dernier film de Stephen Daldry, « The Reader », sorti en salles mercredi dernier. L’occasion de découvrir (ou de redécouvrir) l’interview verte de l’actrice réalisée par notre reporter Frank Rousseau lors de la sortie de « Noces Rebelles »…

Primée aux Golden Globe, avec son teint de porcelaine, son regard bleu outre-mer, ses paupières lourdes de mélancolie et ses attaches solides, Kate Winslet , 33 ans, ex héroïne transie d’amour et de froid dans « Titanic » semble s’être enfuie d’un tableau de Botticelli mâtiné Gainsborough. Même si la belle s’est affinée avec le temps, on l’imagine aisément déjeuner sur une nappe en dentelle tendue sur un green du Kent, entourée d’une ribambelle d’enfants, à l’ombre d’un saule pleureur. Un fantasme champêtre lié probablement aux nombreux rôles romantiques qui ont émaillé sa  carrière.

Ce qui séduit d’emblée chez cette actrice prodigieuse, c’est surtout son naturel. A des années-lumière des faux-semblants hollywoodiens.

Plus de dix ans après le raz-de-marée « Titanic » – le film de James Cameron rapportera 1.8 milliard de dollars –  Winslet et DiCaprio forment de nouveau un couple dans une production signée Sam Mendes.  Le mari de Kate à la ville. Titre : « Noces Rebelles ».

Sam Mendes est le réalisateur de ces « Noces rebelles ». Il s’avère que c’est aussi l’homme de votre vie. C’est agréable d’être dirigée par son mari ?

Oui et non. Oui, parce que vous êtes sur le terrain de la confiance. Non, parce que vous aurez toujours des gens qui s’imaginent qu’on m’a filé ce rôle parce que je suis la femme de. J’ajoute qu’être l’épouse d’un metteur en scène exigeant, ce n’est pas toujours évident. Forcément, en rentrant à la maison, nous continuions à parler boulot ! Enfin, pas devant les enfants (rires)

Vous avez été nominée plusieurs fois aux Oscars et très récemment récompensée aux Golden Globes. Vous êtes une actrice connue et reconnue. Quelles peuvent être vos ambitions aujourd’hui ?

Je n’ai pas des ambitions mais UNE ambition : celle déjà être une bonne mère. Et ça, croyez-moi, c’est un challenge à plein temps. Un challenge pour lequel la plus belle des gratifications ne se présente pas sous la forme d’un trophée mais d’un sourire. A mes yeux, c’est la plus motivante des récompenses ! Un enfant, ça ne joue pas avec vos sentiments. Ca ne vous manipule pas.  C’est la spontanéité et le naturel à l’état pur…

En parlant naturel, vous faites quoi pour faire comprendre à vos deux enfants que la planète n’offre pas des ressources inépuisables ?

La première de mes priorités a été de leur faire comprendre, très jeunes, qu’il était important qu’ils finissent leur assiette ! Il n’y a rien de plus révoltant en effet que de mettre à la poubelle ce qu’ils n’ont pas mangé ! Un terrible sentiment de gâchis vous envahit. C’est d’autant plus d’actualité que nous sommes en pleine récession et que beaucoup de gens vont se retrouver sur le carreau !

A la maison, mon mari et moi essayons également de les pousser à se poser des questions à chaque fois qu’ils achètent des jouets avec leur argent de poche. Notre but, c’est qu’ils pensent plus tard en consommateurs responsables, avisés et informés. Quoiqu’ils le sont déjà !

Joe a cinq ans et Mia huit. Il y a quelques semaines, Joe voulait s’offrir un ballon. Au moment où nous sommes passés à la caisse, il m’a pris la main et m’a demandé : « Tu es sûre maman que ce ballon n’a pas été fabriqué par des enfants ? ». Comme je n’avais aucune certitude, nous nous sommes donc rabattu sur un GI Joe ! En sortant du magasin, quand je lui demandé où avait-il entendu parler de l’exploitation de certains enfants par des grandes multinationales, Joe m’a répondu : « J’ai vu un reportage à la télé ! ». Cela  m’a beaucoup impressionné. Moi qui croyait qu’il n’était fan que de Dora l’exploratrice et de Batman !

Et vous Kate, que vous faites à titre personnel pour que cette planète que nous léguons à nos enfants ne devienne pas irrespirable ?

Dans ma cuisine, j’ai accroché un tableau sur lequel je mets – quand je ne tourne pas – tous les trajets que je dois effectuer seule ou avec mes enfants. Le but, c’est d’optimiser mes déplacements. Je vous donne un exemple. Quand je vais chercher les enfants à l’école ou que je les amène chez le dentiste, au judo ou à un cours de danse ou de musique, je fais en sorte de planifier un arrêt course sur la route. Ca fait moins de CO2 projeté dans les airs et des économies d’essence non négligeables !

J’ai tendance à privilégier les petits commerces. Déjà parce que les produits sont meilleurs mais surtout parce que je sais que les épiciers chez qui je me fournis n’exploitent par les agriculteurs ! C’est un métier pour lequel j’ai beaucoup respect. Je ne comprends d’ailleurs pas pourquoi nos technocrates ne les laissent pas gérer leurs exploitations comme ils l’entendent. Toutes les lois édictées par Bruxelles et toutes les subventions allouées sont entrain de tuer cette noble profession. Les paysans nous nourrissent et on m’a toujours dit qu’il ne fallait jamais cracher dans la main de ceux qui nous donnaient à manger…

Dans « Les Noces rebelles », vous incarnez avec Leo DiCaprio, un couple qui a du mal à s’adapter aux standards de la société. Un couple en marge dans une banlieue ultra-conformiste. Est-il vrai que vous grandi dans une famille de hippies incapables de rentrer dans le moule et accessoirement grands amateurs d’aliments bio…?

Oui, mes parents étaient un peu hippies sur les bords. Ils partageaient les valeurs de cette communauté mais n’étaient pas pour autant des extrémistes du « power-flower ». Je me souviens d’avoir passé pas mal de temps, perchée sur les épaules de mon père  dans des festivals de rock, de jazz ou de pop music. Nous n’avions pas beaucoup d’argent alors on campait, notamment en Bretagne, une superbe région soit dit en passant. Il nous est même arrivé de dormir sur la banquette arrière de la voiture lorsque les campings affichaient complets ! C’était l’époque où l’on volait du papier toilettes dans les cafés parce que nous n’avions pas un rond. Quand ce n’étaient pas des artichauts dans les champs aux alentours ! Le grand truc de mes parents était surtout de récupérer des graines de fruits et de légumes à chaque fois que nous nous rendions dans une ferme française. Dès que nous retournions chez nous, mon père les déballait religieusement et les plantait dans un lopin de terre situé au fond de notre jardinet.

Il faisait pousser quoi papa Winslet  ?

Des légumes essentiellement. Légumes que nous ne trouvions pas en Grande-Bretagne. Je me souviens en particulier de la première fois que j’ai savouré des choux de Bruxelles. Un légume que je ne connaissais pas du tout !

Mon père les faisait cuire à la vapeur, puis ensuite les faisait revenir à la poêlle avec un soupçon d’huile d’olive. Un régal. A chaque fois que nous nous venions en France, nous papotions également avec les fermiers pour qu’ils nous donnent les recettes de leur fromage de chèvre. Je revois encore mon père essayant de soudoyer un paysan.  Ce dernier  fabriquait des crottins d’enfer et papa voulait savoir quel était son secret.  Aussi proposa-t-il en échangeant un disque des Rolling Stones ! Le gars nous aurait presque filé un coup chevrotine dans les fesses.  Mais il est vrai que nous l’avions cherché !

Est-il vrai qu’à seize ans, vous aviez rembarré une tante qui vous avait offert un pantalon en cuir ?

Oui ! Je lui avais renvoyé en pleine face en lui expliquant que je ne voulais pas avoir du sang sur les mains. J’étais un peu extrémiste, j’en conviens !

Vous  souvenez-vous de votre tout premier rôle ?

Difficile d’oublier. J’incarnais la Vierge Marie dans la crèche vivante de mon école. J’avais cinq ans et j’avais vraiment pris mon rôle très au sérieux. La petite fille qui serrait jalousement le petit Jésus en plastique, c’était moi ! (rires). A onze ans, mes parents m’ont inscrite dans une école de théâtre à Maidenhead, dans la banlieue de Londres. Mais mon premier job, c’était une pub pour les céréales Sugar Puffs où je dansais à côte d’un monstre en miel. C’est à cette époque que j’ai commencé à m’intéresser à cette bestiole. Et quand je lis dans la presse aujourd’hui qu’elle est en voie de disparition, je me dis que l’humanité à vraiment du soucis à se faire…

Quelle fût la réaction de votre maman, le jour où vous avez décroché le rôle de « Titanic »…

Avant d’avoir LE rôle, j’appelais ma mère trente fois par jour. J’avais besoin de me confier ou qu’elle me rassure en me disant : « Ne t’inquiète pas chérie tout va très bien se passer ». Le jour où l’on m’a annoncé que j’avais été retenue pour incarner Rose, j’ai rappelé ma mère. Je me revois lui dire en hurlant à l’autre bout de la ligne : « Maman, Maman, tu sais quoi ? Ca y est ! J’ai le premier rôle de Titanic ». Et vous savez ce qu’elle m’a répondu ? « Fantastique ! Mais je vais te rappeler, j’ai du jardinage à finir et des confitures à stériliser !».

Propos recueillis par Frank ROUSSEAU à Los Angeles.

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Frank ROUSSEAU, grand reporter et pur produit de la mondialisation ! Elevé en partie en Afrique, au Canada, en Nouvelle Calédonie. Eduqué en France puis dans les Universités américaines, il se passionne ensuite pour l’histoire de l’art et celles de civilisations avant d’intégrer le Figaro Quotidien. Journaliste freelance, il partage désormais son temps entre l’oligopole de Los Angeles et un petit village des Yvelines…