Arrêtons de boire des pesticides dans le vin !

Vin bio Flickr Cocoate.comLorsqu’un œnologue déguste un vin, il en décrit les arômes fruités, floraux ou encore épicés avec moult détails poétiques. Il en oublie un peu, certes peu détectable mais pourtant bien présent : celui des pesticides.

Des taux de pesticides jusqu’à 3500 fois supérieurs à la norme de potabilité de l’eau ? Cela existe et c’est dans le vin (français), comme une enquête édifiante de Que Choisir –  intitulée « la peste soit des pesticides » – vient de le démontrer. Même les vins bio n’y échappent pas mais à des teneurs beaucoup plus faibles.

Une autre étude, menée par des ONG environnementales européennes, a révélé des taux 5800 fois plus élevés que la concentration autorisée dans l’eau.

Le test de Que Choisir a porté sur 92 bouteilles montre que la pollution par les produits phytosanitaires est générale. Qu’il soit issu de raisins cultivés en agriculture traditionnelle, raisonnée, voire « bio », aucun vin n’échappe aujourd’hui à la pollution par les produits phytosanitaires appliqués sur les vignes. Mais la teneur maximale en pesticides des vins bio est 33 fois plus faible que celle des vins non bios. De plus, les vins bios contiennent dans 60% des cas des résidus si faibles qu’il n’a pas été possible de les quantifier, selon l’ONG Générations futures.

Pas de risque pour les vins bio ? 

Vin bio

Dans tous les cas, les teneurs en résidus de pesticides ou de fongicides sont inférieures aux seuils de toxicité définis par Bruxelles. Pas de risques donc à moins d’en boire de grandes quantités et alors ils sont d’une autre nature ? Pas certain car les LMR (limites maximales de résidus) ignorent « l’effet cocktail », c’est-à-dire l’addition des risques de plusieurs substances. Et ces molécules sont classées cancérigènes possibles ou probables.

Très sensible aux maladies, la vigne non-bio est arrosée par de nombreux produits chimiques : alors qu’elle ne représente que 3%  des surfaces agricoles, la vigne en France absorbe 20% des pesticides agricoles !

Pas étonnant dans ces conditions que les aspersions touchent aussi les vignes cultivées en bio. Dans ces conditions, il est logique que la Fédération nationale de l’agriculture biologique (FNAB) réclame « des mesures pratiques de protection pour l’agriculture bio et les riverains, ainsi que l’application réelle du principe d’interdiction des épandages aériens ». Depuis 2006, la loi oblige les viticulteurs non bio à maintenir les produits dans leur parcelle… D’où l’intérêt d’un système de contrôle des pratiques et d’analyse des vins, qui n’existe pas aujourd’hui.

Grenelle de l’environnement et plan Ecophyto n’ont rien changé : l’usage des pesticides continue d’augmenter en France (+ 2,6% de 2008 à 2011). Heureusement, le bio se développe et la surface qui lui est consacrée pour la vigne a triplé en 5 ans et cette progression continue.

Tweet about this on TwitterShare on FacebookShare on Google+Pin on PinterestEmail this to someone

Yves Leers

Journaliste spécialisé dans les questions d’environnement (AFP), conseil en développement durable (L’Atelier du climat), ex responsable de la communication et de l’information de l’ADEME.