Ville et animal : une histoire (d’amour) durable

L’amour du chien vire souvent à la passion dans nos sociétés occidentales. La France n’y échappe pas, avec quelques soucis de cohabitation dans nos villes qui proposent aujourd’hui de nouveaux services. Les déjections canines, par exemple, deviennent le débat à suivre… à la trace !

Par Hélène Granouillac (1)

Cet article est extrait de NEOPLANETE 15.

Dans l’Hexagone, la question soulevée par la cohabitation animal-ville impose une réflexion inédite. La discrète Montbéliard continue de mener une politique responsable avec la création d’une école du chiot, dès 2006. Niort est loin d’être en reste et met en place des mesures dévoilées d’ici à la fin de l’année, impliquant les animaux domestiques et la faune sauvage. On murmure déjà la part belle faite aux équidés et peut-être aussi aux insectes, biodiversité et droit de cité n’étant plus de vains mots.

Une passerelle vers la nature

Porte-parole de l’Association française d’information et de recherche sur l’animal de compagnie (Afirac), Jean-Luc Vuillemenot considère qu’il ne faut plus avoir une lecture de nuisance, en particulier du chien, comme les élus et les techniciens ont trop tendance à le faire. L’animal est une passerelle nous permettant de créer un contact avec le vivant, quelles que soient nos origines sociales et notre génération. Sans compter l’apport positif, en termes de santé mentale et physique, que les instituts et organismes spécialisés auprès des enfants autistes, handicapés et personnes âgées ne démentent plus.

Objet d’attachement, particulièrement important pour son rôle affectif auprès des enfants, l’animal nous aide même à renforcer notre faculté mentale. En effet, les propriétaires acquièrent une meilleure connaissance topographique de leur quartier grâce aux échanges, plus fréquents et plus longs, favorisés par les promenades canines. Les GPS n’ont qu’à bien se tenir !

Encore faut-il trouver l’équilibre afin d’éviter le conflit entre usagers, piétons, cyclistes, automobilistes… notamment en délimitant des zones fermées et végétalisées où les chiens peuvent courir sans laisse, comme le propose la ville d’Issy-les-Moulineaux.

L’animal, pourvoyeur d’emplois

Toulouse : 450 000 habitants, 50 000 chiens, autant de chats. La municipalité met l’accent sur deux aspects : le risque et la propreté, qu’elle décline auprès de toutes les populations. Elle multiplie les cani-parcs et les cani-sites, apprend aux propriétaires, avec l’aide d’éducateurs, à maîtriser leur chien et à ne pas faire peur aux autres citoyens. Dans les centres de loisirs, les enfants sont ainsi formés et sensibilisés avec l’aide de la Centrale canine.

Chartres fête l’animal et implique le public pour sa cani-parade et l’opération « Propreté du chien en ville », avec le concours de vétérinaires, de clubs canins et de la SPA. Avec 57 communes et 1,7 million d’habitants, le Grand Lyon est un exemple du genre. À la tête de la Mission animalité urbaine, Geneviève Bernardin n’a pas ménagé sa peine pour instituer une véritable politique du vivant. Parmi les actions menées, la formation aux balades canines par un professionnel toute l’année ou la visite des maisons de retraite et des écoles.

L’opération « En vacances avec mon chien » s’adresse à ceux qui ne peuvent pas partir mais qui, avec leurs proches, renouent des liens grâce et autour de l’animal. « Le chien a une sensibilité propre, explique-t-elle, il nous prévient quand nous n’avons rien vu, rien senti, rien entendu. Il a des compétences en lui que l’éducation n’exploite pas forcément en en faisant un animal discipliné. Les travaux ont démontré qu’il y a beaucoup à faire en le gardant plus à nos côtés, sans quoi, il ne serait plus là. La notion d’animalité urbaine, qui ponctue l’intérêt de l’animal et de l’urbain, atteste que l’espace vert visité vit très bien, sinon mieux. Les espaces où cohabitent des êtres pourtant si différents ne sont pas clos. L’animal qui vit auprès de l’homme n’a pas besoin non plus de clôture. ».

Outre le travail en pédiatrie et en gériatrie, encadré par des équipes médicales et des chiens visiteurs, Lyon organise en 2011 le Symposium international entre humains, animaux et végétaux dans la ville. Une initiative qui pourrait inspirer Nice qui prépare pour juin son 2e défilé canin sous le slogan « Yes we canin » ( en référence au fameux « Yes we can » de Barack Obama et à son très médiatisé caniche portugais Bo). Il rassemblera plus de 200 chiens réclamant, avec leur maître – ça va de soi – plus de tolérance et d’espaces verts. Vaste programme pour Alicia, une Niçoise, qui se refuse « à faire du ‘bearfoot’ en laisse quand je promène mon Jack Russell qui a besoin de courir, de repères olfactifs que seuls offrent les espaces verts, et de se sociabiliser… comme moi », ajoute-t-elle, un brin cabotine.

Polémique : le chien pollueur ?

La (fausse ?) polémique. Un couple de néo-zélandais – architectes de leur état -, très concerné par l’écologie et le développement durable, vient de jeter un pavé dans la mare de l’animal avec leur livre Time to Eat the Dog : The Real Guide to Sustainable Living (L’heure de manger le chien : le vrai guide pour un mode de vie durable). Ils déclarent, en substance, que l’impact environnemental d’un chien de taille moyenne est largement supérieur à celui d’un… 4×4.

« Que faire des vaches et de leurs flatulences, s’insurge la vétérinaire Véronique Luddeni, des lions, lapins, bovins, du vin et des humains ? Le calcul de l’empreinte écologique est ridicule, nous en avons tous une et, par définition, en vivant, nous polluons… C’est l’entropie. À trop regarder par le petit bout de la lorgnette, on va bientôt nous reprocher de respirer et de rejeter du CO². Il faut accepter de faire partie d’un ensemble écologique (chaîne trophique, sociale, sentimentale et économique) certes bousculé, mais interdépendant. La comparaison avec le 4×4 est le pompon de l’ineptie. Et pourquoi pas l’avion ? Les animaux domestiques sont à nos côtés depuis 10 000 ans et, tout comme les animaux sauvages, ils nous apprennent à partager, donner, regarder, respecter. Sortons de notre tempérament autocentré et réfléchissons plutôt au sens de la vie ».

Sage réflexion philosophique qui nous épargnera de remettre en cause d’hypothétiques autres nuisances à l’encontre de la ronronnante et confortable hégémonie de l’Homme sur le chant des oiseaux ou des cigales pour lesquelles, réjouissons-nous, nous ne disposons pas de données quantitatives sur leur taux de flatulence. Ouf.

Exemples à l’étranger

Barcelone : les jardins intergénérationnels se développent pour les personnes âgées ; les habitants deviennent aussi des sentinelles pour les hirondelles.

Stockholm : la Fédération de chasse suédoise permet aux chiens de passer la journée au bureau, avec leurs maîtres.

États-Unis : la chaîne Pet Smart propose un accueil à la carte, assorti de prestations dans ses « Pets Hotels ». Une garde classique, un toilettage, des jeux avec congénères, le tout soumis à une tarification étudiée.


1) Lauréate du Grand Prix international, Conférence internationale relations homme-animal (Rio de Janeiro-2001).

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