Water makes money de Leslie Franke et Herdolor Lorenz

Il y a quelques années, les deux réalisateurs, dont la source d’inspiration est l’eau, avaient livré « Eau publique à vendre », un docu édifiant sur la privatisation de l’eau en Angleterre. Pour « Water makes Money », ils ont abordé les rives de nos canalisations françaises. Diffusion le 22 mars sur Arte à 20h40, sortie au cinéma le 23 mars.

[audio:http://www.neo-planete.com/wp-content/uploads/2011/03/Palmes-Vertes-22-mars-Water-Makes-Money.mp3|titles=Palmes Vertes du 22 mars – Water makes money de Leslie Franke et Herdolor Lorenz]

Au cas où cela aurait échappé à certains particulièrement distraits ou tout entier occupés à chercher des traces de vie sur Mars, les usagers de l’eau sont des vaches à lait qui permettent à d’oligarchiques sociétés de transformer non pas l’eau en vin, mais en or. C’est à dire en argent liquide.

Foin de blagues finaudes, le sujet est sérieux. Tragique même. Car depuis la reprise par des régies municipales de la concession de l’eau dite potable, on en apprend de belles. Notamment grâce à Jean-Luc Touly, un ex de Véolia (réintégré depuis), qui a écrit en 2006 un livre incendiaire sur le sujet. Il aurait tout aussi bien pu être un ancien de Suez, société commensale, jumelle et concurrente. Et les infos tombent comme à Gravelotte…

Allez, quelques exemples pour la bonne bouche. (Je n’ai pas dit de la plus belle eau.) Le chlore, dont on sent bien le goût pas seulement dans l’eau des piscines, est une substance cancérigène, mais évite un entretien des tuyaux trop fréquent.

S’il y a des fuites dans lesdits tuyaux, cela chaud peu aux sociétés puisqu’au final, c’est le client qui raque, donc pas la peine de s’épuiser à les regarder de trop près. En revanche, quand la régie est municipale, l’entretien est assuré pour éviter ce genre de gaspillage qu’elle paye de sa poche. (Le gaspillage, il serait temps d’y penser, société privée ou pas.)

Que trouve-t-on dans l’eau ? Tout. Et le reste. Pas encore de raton-laveur, mais la liste fiche une sacrée trouille. De quoi avoir envie de devenir chameau. Que paye-t-on en même temps que l’eau ? Des pots de vin par exemple. Des cadeaux, des faveurs, des voyages, des enveloppes. Souvenons-nous du procès Carignon à Grenoble. Rien n’est trop beau pour que l’une ou l’autre des sociétés rivales emporte le morceau.

Autrement dit, l’eau arrose. Surtout en France, où contrairement au reste du monde, l’eau est à 80 % déléguée à des services privés (alors qu’elle est à 80 % aussi, publique, ailleurs). C’est ce qui a motivé les deux réalisateurs à venir voir comment cela se passait chez nous où enfin, les municipalités, comme Paris, remettent la main sur le robinet.

Parfois, l’eau (arrangée de nitrates, au hasard) arrose tant et plus qu’il pousse des choses étranges, mais c’est mal d’en parler, cela fait de la peine aux agriculteurs. Donc chuuuuuut, on ne dira pas un mot des algues vertes. (Mais le film s’en charge.)

L’eau est/devrait être un bien commun de l’humanité, et ce n’est pas chose aisée que de l’obtenir, dans les faits. En Amérique du Sud, Bolivie, Argentine, Chili, les états reprennent la main sur l’eau, pas toujours sans luttes. Le récent film (de fiction) d’Icíar Bollaín « Même la pluie » (sous-entendu « ne nous appartient plus »)en parlait vivement. Vendre de l’eau, c’est comme vendre du vent les jours de brise. Et pourtant…

Alors, en ce 22 mars, journée de l’eau, souvenons-nous que 1,5 milliard d’humains n’ont pas accès à l’eau potable et près du double ne sont pas raccordé à une station d’assainissement.

« Water makes Money » a été financé par souscription, par des militants. Pour en savoir plus, pour acheter le film ou organiser des projections, une seule adresse : www.lamare.org/water-makes-money

Lire l’entretien avec les réalisateurs

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"Polyglotte et multimédia, curieuse de tout, avare de rien, en chapeau sur son vélo ou en lunettes en salles obscures, Monique Neubourg aime le cinéma, les livres, les parfums, les jardins, les séries américaines, les relations humaines, l'air du temps et le bruit de l'eau. Elle fait même ses shampoings bio elle-même !