Yolaine sur LCI :

Faut-il encore manger du poisson ?

Selon le WWF, depuis le 30 mai la France mange à « crédit » sur les autres pays, c’est-à-dire que la France a épuisé ses ressources de poissons dans ses zones de pêches territoriales et qu’elle reporte les impacts de sa consommation de produits de la mer sur les autres pays. On se pose donc la question : peut-on encore manger du poisson en France ?

Version écrite de la chronique : 

Pour répondre à cette question, nous allons voir dans un premier temps le point de vue environnemental que souligne WWF, puis celui de notre santé.

-La planète nous fournit suffisamment de poissons pour en consommer 10kg par an et par personne.

-Or en France la consommation est en moyenne à 35 kg/an/personne (sources FAO).

-la France est le 5ème pays européen consommant le plus de poissons, derrière le Portugal (57 kg), la Lituanie, l’Espagne et la Finlande.

-Sauf que la Finlande par exemple est un pays considéré comme autonome, parce qu’elle produit autant, voire plus que ce qu’elle ne consomme (idem pour Danemark, Estonie et Irlande).

-Cela pose des problèmes d’équité, donc depuis 7 ans, l’organisation New Economics Foundation calcule le niveau de dépendance en produits de la mer, de chaque pays européen. Chaque année, elle indique le « Fish Dependence Day » de chacun, c’est-à-dire le jour où il a épuisé son quota. Et à partir duquel il joue les pique-assiettes !
Seuls la Grèce, les Pays-Bas et la Lettonie arrivent à tenir un an uniquement avec leur pêche.

Cela permet de mieux comprendre le problème de la surpêche et ses conséquences sur notre assiette. Où  est-on sur ce problème ?

48 % des stocks de la façade atlantique de l’Europe sont trop exploités ainsi que 93 % des espèces méditerranéennes.
-Près de la moitié des poissons consommés en Europe proviennent de zones tropicales. Ce qui provoque l’injustice profonde entre les pays du nord qui mangent les ressources des pays du sud ! En Afrique, le manque de poissons se fait sentir et celui qu’on pêche part en avion chez les riches.

Avec aussi le problème du chalutage en eaux profondes dont nous avons déjà parlé à propos de lors de la loi biodiversité…

C’est la pêche dans les océans profonds, au-delà de 200 mètres de profondeur, soit 98% de l’espace dans lequel la vie peut se développer sur Terre. Une industrie extrêmement ravageuse avec d’énormes bateaux, des filets gigantesques. D’une façon générale l’industrie de la pêche en gâche beaucoup : environ 70% de ce que l’on pêche est rejeté car il est mauvais à la consommation.
Sans oublier la pêche illégale (20% du marché selon Greenpeace), qui ne respecte pas les dates de reproduction pour laisser aux populations le temps de se refaire une santé, qui va dans des lieux protégés, etc.

Si on continue sur cette voie, certains scientifiques prévoient une pénurie de poissons pour 2050.
Actuellement on a :
-1 espèce de poissons sur 3 qui est menacée d’extinction ;
-La moitié qui parvient tout juste à se renouveler. (Source Consoblog ici)

Heureusement, il commence à y avoir une prise de conscience : le WWF affirme que la consommation de poissons en Europe n’a « pas augmenté autant qu’attendu depuis quelques années et certains stocks de poissons de l’Union européenne ont cessé de s’effondrer. »

Et, rassurez-nous, les politiques bougent un peu en la matière ! Notamment la réglementation qui oblige maintenant à mentionner la provenance et la technique de pêche utilisée. On peut donc acheter en toute conscience des poissons « français » et pêchés à proximité !

C’est une grande avancée pour nous permettre de comprendre ce que l’on mange. Et il y a d’autres bonnes avancées :
-Les politiques de quotas et d’interdiction temporaire de pêche permettent de restaurer certaines populations.
Greenpeace a conclu fin mai un accord « historique » avec les pêcheurs qui va geler certaines zones à la pêche au chalut dans l’océan Arctique. Ces zones étaient auparavant recouvertes par la banquise. Elles sont devenues praticables par les grandes embarcations à cause du réchauffement climatique, ce qui fait craindre à l’organisation une ruée vers ces sites encore protégés. Accord capital.

-Autre victoire de cet accord : il oblige à faire une cartographie des fonds marins avant toute ouverture de nouvelles zones, afin de connaître leur fragilité et ainsi gérer les lieux au lieu de les vider !

L’association Bloom créée il y a 10 ans par une ex journaliste de FR2 Claire Nouvian est très active.
Elle a réussi à convaincre des hôtels de luxe de Hong-Kong de ne plus servir de soupe d’ailerons de requins, plat très chic qui est une des causes de l’extinction des requins.
Après une grosse campagne en 2013-2014, elle a également obtenu du groupe Intermarché et de sa société de pêche Scarpêche d’arrêter dès 2015 la pêche au-delà de 800 mètres. Le chalutage profond continue quand même à un niveau supérieur mais le groupe souhaite y mettre fin d’ici à 2025.

La bonne nouvelle : c’est sous la pression des consommateurs qui se tournent de plus en plus vers des produits responsables.
La pétition de Bloom pour mettre fin au chalutage profond a d’ailleurs reçu presque 900 000 signatures ! (objectif à 1 million).

Ca bouge, même si manger du poisson commence à poser des problèmes de santé et c’est ma deuxième réponse à votre question…

Pourtant le poisson avec tous ses oméga-3 est bien meilleur que la viande pour la santé cardiovasculaire ! On nous incite beaucoup à manger du poisson !

Sauf s’il est pollué !
Etude de 60 millions de consommateurs mi-avril « Tout n’est pas bon dans le poisson » : résultats inquiétant sur 130 produits à base de poissons :

-du mercure et de l’arsenic dans les boîtes de thon,
-des additifs dans les surimis et les rillettes, etc.

-On retrouve du mercure surtout dans le thon et le saumon car ce sont deux gros poissons qui mangent les petits contaminés. Or 5% du mercure de l’industrie arrive dans la mer où il est mangé par ces petits poissons. C’est un métal lourd toxique à haute dose pour le cerveau et le système nerveux (peut engendrer des maladies comme Parkinson et Alzheimer).

-Femmes enceintes : une étude publiée le 15 février aux Etats-Unis conclue que manger du poisson plus de 3 fois par semaine pendant une grossesse augmenterait le risque d’obésité pour l’enfant, à cause du mercure. L’étude ne dit pas si cela concerne plutôt certains poissons que d’autres.

-On retrouve aussi des produits chimiques industriels comme les PCB, les dioxines ou encore des pesticides.

Mais alors que faire ? On ne sait plus que manger ?

-Le 2 juin, l’association de consommateurs CLCV vous a répondu : éviter les plats cuisinés à base de poissons : les brandades et parmentiers, les soupes, le surimi, les panés et les rillettes : très peu de poissons mais comme quasiment tous les produits industriels beaucoup de graisse, de sel, de sucre.

-du poisson 2 fois par semaine maximum
-varier les espèces
-consommer plutôt des petits poissons (maquereaux, sardines, anchois) qui résistent mieux à la pollution
-le saumon : mieux vaut alterner entre celui d’élevage qui contient moins de mercure et celui sauvage qui contient plus d’oméga-3.
-les poissons de mer sont moins contaminés que les poissons des rivières au mercure.

-privilégier les stocks de poissons en bonne santé comme la daurade grise, le merlan, la sardine, le tacaud…

Se faire aider : application gratuite « Planet Ocean » a été mise au point par l’ONG SeaWeb Europe et la Fondation Goodplanet, les conso-guides de Greenpeace sur internet…

Ça c’était pour l’assiette, et pour la planète, on ne peut plus continuer à manger du poisson ?

Si mais d’une façon responsable, en se posant des questions :

-Une pêche de proximité, du poisson français ?
-L’espèce est-elle en voie de disparition ?
-Ce poisson respecte-t-il la taille légale de pêche ? (éviter la pêche des poissons pas encore adultes)
-Comment a-t-il été pêché ?
-S’agit-il d’un poisson d’élevage ? Si oui, les conditions d’exploitation d’aquaculture sont-elles convenables ?

On peut aussi se faire aider par les labels c’est leur rôle !

Oui même s’ils ne sont pas parfaits :

Le label « pêche responsable » (utilisé par Intermarché par exemple) se limite en général à des bonnes pratiques au niveau des navires ou des entreprises.
La certification MSC, l’association à but non lucratif Marine Stewardship Council en pêcheries durables, mais aussi critiquée : une étude de Bloom a montré que ses critères étaient parfois trop laxistes.

Mais préférer les labels va pousser à les rendre plus sévères, donc c’est un acte citoyen. C’est un début !
Les mentalités évoluent, continuons !

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Passionnée par le cinéma documentaire et l'environnement, Alexandra a choisi le journalisme par vocation. En grande optimiste et végétarienne convaincue, elle espère un avenir meilleur pour le monde. Chaque petite voix compte... la sienne aidera peut-être à améliorer les choses en donnant les informations nécessaires à la réflexion !