Innovation :

Cultiver des fraises au fond de l’océan

La « ferme de Némo » est un projet innovant venu d’Italie qui permet de cultiver des plantes au fond de l’océan ou de la mer. Basilic, champignons, tomates, fraises et salades peuvent ainsi pousser à plusieurs mètres de profondeur dans des cloches d’airs autosuffisantes.

ITALY-ECOLOGY-RESEARCH-NEMO

Le projet farfelu de cultiver des fruits et légumes dans les fonds océaniques vient de Sergio Gamberini, président d’une entreprise italienne d’équipements de communication sous-marine. « L’idée m’est venue parce que je voulais créer plus d’interactions entre la surface et la plongée », explique-t-il au Washington Post. Après quatre ans d’expérimentation, les cultures mises au point par Ocean Reef sont viables.

Un jardin sous l’eau autosuffisant

Imaginez des cloches d’air déposées à huit mètres au fond de la mer Méditerranée dans lesquelles des jardinières composées de fruits et légumes prospèrent : vous êtes dans la « ferme de Némo ».

Ces cloches d’air sont transparentes afin de laisser passer la lumière nécessaire pour la poussée des plantes : 60% des rayons lumineux atteignent les cultures à cette profondeur. Pour l’irrigation rien de plus simple : l’eau de mer présente au bas des cloches se condense, rendant l’atmosphère de la bulle à 83% humide et offrant l’eau douce nécessaire aux cultures. L’air est quant à lui renouvelé grâce à la photosynthèse1 des plantes et une plateforme présente sous chaque cloche permet aux plongeurs de jardiner debout sans masque.

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De meilleurs rendements que sur la terre ferme

Cette culture est, à bien des égards, prometteuse. Elle apporte une grande stabilité thermique : la mer conserve la température sans grosse différence entre le jour et la nuit aux alentours de 29°. Il n’y a aucun risque de sécheresse, de pluies torrentielles ou de gel.

L’autre atout de ce jardin ? Il ne nécessite aucun produit chimique ou pesticide : les plantes sont protégées des insectes nuisibles et ne souffrent pas des relents de pollution.

Enfin, la « ferme de Némo » utilise très peu d’énergie, et les premiers résultats montrent que les rendements sont meilleurs que pour les cultures en surface. Le basilic pousserait étonnamment mieux sous l’eau, avec un feuillage plus volumineux.

Nourrir les populations en difficulté

L’équipe d’Ocean Reef souhaite propager cette technique d’horticulture dans le monde : « Je vois des possibilités pour les pays en développement où les environnements hostiles entravent la croissance des cultures », affirme Luca Gamberini. Des populations vivant dans les zones littorales arides, où les terres sont difficiles à exploiter, pourraient ainsi être nourries.

Le projet attend encore des financements pour être économiquement viable. Le petit jardin au large de Noli sera enlevé d’ici la fin du mois de septembre, afin de « laisser les fonds marins en paix » (selon les dires du gouvernement local), même si d’après les premières informations, les poulpes aiment beaucoup s’y réfugier.

Pour les amateurs, des versions plus petites verront bientôt le jour pour cultiver chez soi dans son propre aquarium !


1Ce processus permet aux plantes de créer des glucides nécessaires à leur développement par absorption du dioxyde de carbone grâce à l’énergie solaire et rejet d’oxygène.

Et si vous vous demandez pourquoi l’eau n’entre pas directement dans la bulle… faisons un petit point de physique !

Chaque type de matière possède une masse volumique. Elle permet de caractériser la masse que prend un matériau par rapport à l’espace qu’il occupe. On peut ainsi comprendre les interactions entre différents milieux et matières. C’est par exemple à cause de cela que la vinaigrette se transforme en plusieurs couches d’huile, de vinaigre et d’eau quand nous la laissons reposer. Ici c’est pareil ! L’air présent dans la bulle (qui est ici injectée à l’aide de bonbonnes) prend la place de l’eau dans le haut des cloches. Or, comme l’air a une masse volumique plus faible que l’eau, elle reste emprisonnée dans la bulle sans que l’eau ne puisse prendre sa place : même si l’air ne se voit pas, la place qu’il prend est bien physique et ne laisse donc pas d’espace disponible. La seule façon de faire pénétrer l’eau dans ces bulles serait de faire basculer les serres sur le côté afin de laisser l’air s’échapper vers la surface !

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Passionnée par le cinéma documentaire et l'environnement, Alexandra a choisi le journalisme par vocation. En grande optimiste et végétarienne convaincue, elle espère un avenir meilleur pour le monde. Chaque petite voix compte... la sienne aidera peut-être à améliorer les choses en donnant les informations nécessaires à la réflexion !