Viande de brousse : la chasse au trafic

Gorilles, éléphants, antilopes, potamochères, petits singes… les espèces ciblées par la chasse de viande de brousse en Afrique sont tristement connues. Pourquoi le trafic existe-t-il ? A qui est-il destiné ? NEOPLANETE fait le point.

Les bonobos. Ces singes d’Afrique, qui ont fait l’objet d’un récent film d’Alain Tixier, sont menacés, chassés entre autres pour leur viande. Claudine André, Présidente et fondatrice de l’association les Amis des animaux au Congo, lutte depuis des années en République Démocratique du Congo pour les protéger. « Tous les chiffres qu’on a entendu sur les bonobos – 100 000 en 1980, 10 000 aujourd’hui – sont fantaisistes, expliquait-elle à NEOPLANETE en avril 2011. Avec 20 ans de guerres difficiles, nous avons vu apparaitre beaucoup d’orphelins victimes du trafic de la viande de brousse. Trafic dont nous obligeons le gouvernement congolais et le ministère de l’Environnement à se saisir au nom de la loi. »

Le problème, c’est que cette viande joue un rôle majeur dans la vie économique et sociale du pays. Trafiquants, transporteurs, vendeurs de marchés… ce commerce informel profite à tout un réseau qui verrait ses faibles revenus diminuer si une loi prohibitive était adoptée. Et pour les consommateurs africains, la viande de brousse est bien souvent une des rares sources de protéines animales.

En Afrique, la volonté politique des pays concernés n’est souvent pas assez forte pour mettre fin à la chasse. Sur certaines portions de routes contrôlées, les autorités peuvent même s’approprier les butins pour quelques dollars. Manger de la viande de brousse, c’est asseoir un certain statut social, même si cela se fait au détriment des écosystèmes et des espèces animales.

Arrivées de l’autre côté de la Méditerranée, ces viandes ne sont pas sans risque pour la santé. Virus Ebola, variole ou grippe, de nombreuses maladies infectieuses peuvent découler des conditions douteuses dans lesquelles ces viandes sont transportées. « Elles ne sont ni congelées ni même mises sous vide, expliquait Serge Audoynaud, directeur des douanes en charge du contrôle des voyageurs à Roissy, sur lepoint.fr le 27 mai dernier. Elles sont juste emballées dans du papier kraft. » A Thierry Bourret, chef de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique, de préciser : « Il s’agit de viandes fumées, souvent cuites en surface et crues à l’intérieur, ce qui entraîne l’apparition de bactéries. Nous avons déjà saisi des produits qui contenaient des asticots. » Une fois en France, à qui est-elle destinée ? A une partie de la communauté africaine « Beaucoup ramènent de la viande de leur pays d’origine pour la partager en famille. Ce sont en quelque sorte les produits du terroir africain, rappelle Serge Audoynaud. Parfois, les passagers transportent des quantités qui dépassent le périmètre de l’usage familial. Nous avons arrêté un homme qui possédait par exemple 36 kilos de viande. »

C’était le 20 mai dernier. Pour avoir transporté 21 kilos de viande de porc-épic et 15 kilos de viande de pangolin, cet homme a été condamné à 20 000 euros d’amende et huit mois de prison avec sursis. Et les contrôles ne sont pas isolés. Du 17 au 26 mai, la Direction interrégionale des douanes de Roissy a ainsi mené une vaste opération interministérielle de contrôle. Objectif : lutter contre les trafics de viande de brousse. Ces contrôles ont permis de saisir 518 kg de viande -dont 126 portant sur des espèces protégées- et 540 kg de poisson. Sur la centaine d’infractions relevées, les plus graves ont abouti à l’arrestation de neuf personnes. Au menu : viande fraîche de varan, de python, de crocodile, d’éléphant, d’antilope, de porc-épic, de pangolin, de singe ou de lièvre, mais aussi du miel de brousse, du bœuf, du mouton, des chenilles, une importante quantité de poisson séché et de la peau de léopard.

Si les services de l’État en France se mobilisent contre le trafic de viande de brousse, comment agir en Afrique, sur le terrain de chasse ? Comment sauver les 260 tonnes de carcasses de singes, de crocodiles, de pangolins ou encore de porcs-épics qui seraient dissimulées chaque année dans les bagages des touristes sur notre territoire ?

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