Une start-up française experte des biocarburants

Crédit photo G. GaesslerCréé en 2008, Global Bioenergies produit de l’essence à partir de déchets agricoles et forestiers. L’entreprise s’intéresse aussi aux plastiques, au plexiglas, aux caoutchoucs ou encore aux lubrifiants.

Produire de l’essence tout à fait normale à partir de déchets agricoles et forestiers peut paraître fou, voire impossible, mais c’est bel et bien le défi qu’est en train de relever GlobalBioenergies, la start-up française lancée il y a six ans et qui joue désormais dans la cour des grands, notamment grâce à la récente signature d’un accord avec le géant allemand de l’automobile Audi. « Au cœur de ce partenariat se situe la production d’une essence identique à celle extraite du pétrole, mais avec une faible empreinte carbone », explique Marc Delcourt, le président et cofondateur de Global Bioenergies.

« L’utilisation de pétrole est à sens unique : on l’extrait du sous-sol, puis il brûle dans nos moteurs et devient du CO2 atmosphérique. Avec notre technique, un cycle est créé : les plantes captent du CO2, que l’on transforme en carburant. Celui-ci est ensuite brûlé, libérant du CO2 qui est de nouveau capté (en partie) par les plantes », ajoute-t-il.

Cette méthode est ainsi 50 à 80% moins polluante que la filière fossile. Autre avantage : ce carburant, appelé « drop in », peut être mélangé aux carburants fossiles sans limite de proportion, contrairement à l’éthanol, pour  l’instant limité à 10% du volume total.

L’essence est obtenue en détournant des enzymes de leur activité naturelle et en les intégrant à une bactérie capable de convertir in vivo du sucre contenu par exemple dans les déchets agricoles en isobutène, une molécule de laquelle est ensuite dérivé l’isooctane, considéré comme un des meilleurs carburants.

Des accords avec les industriels
Mais la start-up ne se limite pas à la production d’hydrocarbures. Contrairement à d’autres acteurs de la chimie verte qui visent un marché restreint, Global Bioenergies s’intéresse aux grandes molécules de la pétrochimie, c’est-à-dire aux « briques » élémentaires dont sont faits les matériaux qui nous entourent. « La molécule d’isobutène a bien d’autres applications : on en fait des plastiques, du plexiglas, des caoutchoucs ou encore des lubrifiants », explique l’entrepreneur.

Côté finances, la start-up, entrée en Bourse en 2011, a notamment reçu une aide de 5,2 millions d’euros du gouvernement français à travers le programme « Investissements d’Avenir » géré par l’Ademe, ainsi qu’un apport de 5,7 millions d’euros de la part du ministère allemand de la Recherche.

A l’avenir, Marc Delcourt envisage de multiplier le nombre et l’ampleur des accords passés avec des industriels. « Nous en avons déjà un pour faire du butadiène, la grande molécule des pneus, mais dont on fait aussi du nylon et certains plastiques. Un autre de nos programmes porte sur le propylène, dont on dérive le polypropylène, l’un des plastiques les plus répandus, surtout dans l’automobile : les pare-chocs, les tableaux de bord et l’intérieur des portes en sont faits, par exemple. Ce sujet fera, on l’espère, l’objet dans les mois et les années à venir d’alliance avec d’autres constructeurs automobiles ou d’autres acteurs de matériaux. »

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Eddy Delcher

Après un séjour de sept ans en Angleterre et en Afrique du Sud au cours duquel il obtient un diplôme en journalisme, Eddy revient en France afin de poursuivre ses études. En 2014, il rejoint l'équipe de Néoplanète et contribue régulièrement au CNRS International Magazine ainsi qu'au journal du CNRS depuis 2012.