Un festival de cinéma pour la condition féminine

A l’occasion de la 34ème édition du Festival International de Films de Femmes de Créteil, nous avons interviewé Jackie Buet, Directrice et co-fondatrice du festival. Elle nous parle de l’importance d’un tel événement pour l’amélioration de la condition des femmes en France et dans le monde.

1) Qui est à l’initiative du Festival International de Films de Femmes de Créteil ?

Nous avons créé avec Elisabeth Tréhard le Festival International de Films de Femmes en 1979 à Sceaux. Puis nous avons déménagé à la Maison des Arts de Créteil en 1985. Nous étions féministes comme toutes les femmes de ma génération. Personnellement, je faisais partie du MLAC (Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception, ndlr). J’ai même accompagné des femmes en Angleterre pour les aider à avorter.

Notre but à l’origine était de répercuter la lutte des mouvements féministes des années 1970, comme par exemple l’IVG, la contraception ou le droit de disposer d’un chéquier. Nous voulions rendre visibles les femmes en créant un événement important, de qualité et pérenne.

2) Quelles sont aujourd’hui les thématiques phares du festival ?

Pour cette 34ème édition, nous revenons sur l’histoire contemporaine à travers le regard des femmes. Nous avons par exemple un film sur l’IVG, « Le procès de Bobigny », et un autre sur la place des femmes dans l’indépendance algérienne, « Pour Djamila ».

3) Le festival a-t-il contribué à certaines avancées pour les femmes ?

Le festival a libéré les femmes réalisatrices. Il leur a permis de parler de tous les sujets. L’auto-censure est quelque chose qui bloque les femmes. C’est terrible. Mais oui, les femmes sont capables ! Tony Marshall, Agnès Varda ou Nicole Garcia ont montré l’exemple. Ce sont des modèles encourageants. Le festival a aussi contribué à lutter contre la lesbophobie. Il est important qu’il y ait des lieux où ces femmes sentent qu’elles ne sont pas interdites de séjour.

4) Y a-t-il eu des freins à la mise en place de votre festival ?

Oui. Par exemple lors des commissions d’attribution des budgets en Île-de-France, un parti politique nous a bloqué. Idem lorsque nous avons fait un hommage aux réalisatrices africaines, cela n’a pas plu. Mais nous avons été soutenues par les divers gouvernements. Roselyne Bachelot (actuellement Ministre des Solidarités et de la Cohésion sociale, ndlr) s’est fortement engagée pour la cause des femmes.

5) Quelles sont les combats qu’il reste à mener aujourd’hui ?

Il faut que les femmes puissent accéder aux mêmes salaires que les hommes. C’est incontournable. Il faut également aider davantage les femmes à organiser le temps où elles veulent faire des enfants. La loi (sur le congé maternité et parental, ndlr) existe mais les mentalités doivent encore changer. Le combat sur la liberté sexuelle des femmes est lui aussi à continuer. Dans les années 1970-1980, les femmes ne protestaient pas parce qu’elles étaient mal baisées. Elles voulaient juste avoir la liberté de leur désir.

6) Existe-t-il d’autres festivals de la sorte dans le monde ?

Il y en a assez peu dans le monde. Il en existe un à Bruxelles, un en Allemagne, deux en Italie, et un en Corée que nous avons aidé à monter. Nous avons créé un réseau entre ces divers festivals. Nous avons aussi présenté certains des films du Festival des Films de Femmes dans des villes telles que Ramallah (Cisjordanie), Le Caire (Egypte) ou Rabat (Maroc). Cette année nous allons à Jérusalem (Etat d’Israël). Les femmes de ces pays ont envie de voir les films. Cela les amène à réfléchir sur leur condition pour arriver à plus d’émancipation. Le festival est aussi une pépinière pour les jeunes réalisatrices de ces pays.

Le Festival International de Films de Femmes

La 34ème édition du Festival International de Films de Femmes a lieu à Créteil du 30 mars au 8 avril 2012. Une centaine de films sont présentés au total. Parmi eux, une cinquantaine sont en compétition. Il s’agit aussi bien de courts métrages que de longs métrages de fiction ou documentaires. www.filmsdefemmes.com

Lisez d’autres articles sur cette thématique dans notre rubrique Femmes.

Tweet about this on TwitterShare on FacebookShare on Google+Pin on PinterestEmail this to someone