UE : omerta sur les alertes sanitaires liées à l’environnement

L’Agence européenne de l’environnement (AEE) publie un rapport réquisitoire dans lequel elle accuse les autorités européennes d’étouffer les alertes sanitaires liées à l’environnement et d’ignorer le principe de précaution.

©rockcohenDans ce rapport de 750 pages, intitulé « Signaux précoces et leçons tardives », l’AEE dénonce le mutisme des instances européennes face aux alertes sur des risques pour la santé ou l’environnement comme les pesticides, le perchloréthylène, le bisphénol A, le plomb dans l’essence, Tchernobyl. Ces alertes lancées par des scientifiques, des organisations ou des salariés, quelques fois au péril de leur carrière sont fréquemment occultées ou prise en compte très (trop) tardivement. Les nouvelles technologies ont eu parfois des effets extrêmement nocifs, alors que leur préjudice avait été identifié, et que les avertissements s’étaient multipliés. Dans certains cas, les entreprises ont privilégié les profits à court terme au détriment de la santé publique, dissimulant l’existence de risques potentiels. Dans d’autres cas, les scientifiques ont minimisé les risques, sous la pression de groupes d’intérêts.

Paradoxe

Nous entrons dans une une société du risque technologique et scientifique alors même que la crise de confiance entre la population d’une part, les pouvoirs publics et l’expertise scientifique d’autre part s’aggrave. Vingt cinq ans après la publication de l’ouvrage d’Ulrich Beck, La société du risque, ce concept est plus que jamais d’actualité. Traiter sérieusement les alertes sanitaires grâce à une procédure efficace permettrait  d’éviter que se reproduisent des scandales du type vache folle, amiante ou plus récemment Médiator.

Cette procédure efficace existe déjà mais n’est pas suffisamment prise en compte par les dirigeants européens. Le « principe de précaution » précise que « l’absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et technique du moment, ne doit pas retarder l’adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l’environnement à un coût économiquement acceptable », selon la loi Barnier 1995. Directement inspiré du Principe Responsabilité du philosophe allemand Hans Jonas, le principe de précaution doit servir de rempart contre des risques liés à de produits insuffisamment testés.  Responsabiliser les instances européennes face à des risques trop souvent méconnus. Et pour cause, jusqu’ici, seulement 1% du financement public pour la recherche était destiné à analyser les dangers potentiels des nouveaux produits, dans les domaines des nanotechnologies, de la biotechnologie et des technologies de le la communication.

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Yves Leers

Journaliste spécialisé dans les questions d’environnement (AFP), conseil en développement durable (L’Atelier du climat), ex responsable de la communication et de l’information de l’ADEME.