Tryo sème aux quatre vents

Après s’être attaqués à la Mondialisation avec leur précédent  album, le quatuor du reggae et de la world musique français a dégainé un dernier opus tout aussi engagé : « Ce que l’on sème ». Un album super écolo avec pour toile de fond les problèmes climatiques. Le groupe, qui prépare un nouvel album, reviendra à Paris en concert à l’Olympia les 17 et 19 novembre 2012.

Rencontre avec Guizmo et Christophe, deux des 4 membres du groupe Tryo.

Propos recueillis par Sam Bobino

Photo : Tryo - © Benant
Photo : Tryo - © Benant

Tryo, c’est tout d’abord 14 ans de carrière. A quoi attribuez-vous cette longévité ?

Le groupe, c’est avant tout une histoire d’amitié. On s’est rencontré dans une vraie MJC de quartier autour d’une passion commune : la musique.  Et chez nous, pas de leader, tous le monde compose, c’est un sens commun artistique. C’est ça aussi qui fait la force de Tryo : chacun est à sa place. C’est comme un puzzle qui ne serait pas complet s’il manquait l’une des pièces. On fait aussi souvent des pauses. On se laisse respirer comme dans un couple (sourire). Ça permet de préserver l’envie de se retrouver. L’envie et le plaisir, c’est ça aussi le secret de Tryo.

Si ça continue vous allez avoir une carrière aussi longue que celle des Stones (sourires)…

On est déjà « stone »  avec tout ce qu’on fait en ce moment, ça ne se voit pas? (rires) De toute façon on verra bien où tout ça nous menera. Pour le moment on prend un maximum de plaisir tous les quatre. On verra de quoi demain sera fait mais il n’y a pas de raison pour que ça ne dure pas.

Vous avez une image de groupe écolo. Est-ce que vous revendiquez cette étiquette, aujourd’hui plus que jamais ?

Forcément, puisque l’état de la planète est tellement alarmant, aux dires de toutes les ONG. L’état d’urgence fait désormais partie de notre quotidien et nous influence beaucoup dans l’écriture de nos chansons. Aujourd’hui, avec Copenhague qui arrive à grands pas et l’échec de Kyoto, on se sent plus concernés que jamais.

Justement, l’application du protocole de Kyoto en est à mi-chemin, quel est votre sentiment sur son bilan aujourd’hui ?

Il n’est pas brillant, c’est le moins qu’on puisse dire. Les forêts primaires sont toujours autant saccagées ; on consomme de plus en plus de pétrole en épuisant les sols, en détruisant notre écosystème ; la famine ne cesse d’augmenter et touche un milliard de personnes. C’est plus déprimant que jamais. Et en même temps, il y a un magnifique élan d’optimisme, un sursaut collectif manifesté par toutes ces associations qui proposent des solutions et font évoluer nos mentalités.

Photo : Tryo - © Benant
Photo : Tryo - © Benant

Où se situe l’urgence selon vous ?

Si l’on écoute Greenpeace et la plupart des climatologues, il nous faudra sept ans pour diminuer de 50 % les émissions de CO2. Si on attend cette échéance sans bouger, la température sur l’ensemble de la planète augmentera de deux degrés, avec tous les dérèglements que cela implique : inondations, sécheresses accentuées…

Sept ans, c’est justement la durée d’application d’un protocole comme Copenhague…

Oui, c’est pour ça que le sommet de Copenhague est bien plus important que Kyoto et qu’il faut se mobiliser pour faire pression sur les dirigeants du monde. Jamais une mobilisation citoyenne n’aura été aussi nécessaire et primordiale pour la sauvegarde de la planète.

On se souvient tous du flop du protocole de Kyoto avec les Etats Unis, l’un des plus gros pollueur de la planète qui, sous l’administration Bush, avait refusé de ratifier le traité. Aujourd’hui avec Barack Obama, êtes-vous plus optimiste concernant Copenhague ?

Ce qui est sûr, c’est qu’à coté de Bush, Obama fait figure de Saint (rires). C’est évident que  la position des USA est en passe de changer notamment sur le nucléaire. Obama propose même aujourd’hui  plus de choses que notre gouvernement. Et il va sûrement beaucoup plus loin que notre président qui hormis la taxe carbone n’est pas force de proposition dans ce domaine.

Vous semblez avoir confiance en ce sommet…

Nous pensons que les choses vont aller dans le bon sens, que le rôle et l’audace d’Obama vont beaucoup compter lors de ce sommet. Mais il ne faut pas oublier qu’il y a aussi de nouveaux pays, comme la Chine et le Brésil, qui comptent énormément désormais et qui ont un rôle important à jouer, même si on ignore encore tout de leur position.

Vous donnerez un grand concert à Paris-Bercy le 16 décembre prochain en clôture de votre grande tournée française pour la promo de votre dernier album  « Ce que l’on sème » qui vient de sortir. Pourquoi avoir attendu 5 ans avant de faire un nouvel album ?

Comme on le disait on conçoit notre travail avant tout comme un plaisir, donc on prend le temps de se séparer pour mieux se retrouver. Durant ces cinq dernières années, il y a eu beaucoup de projets personnels. Christophe a sorti son album solo, Guizmo est parti au Niger avec un réalisateur François Bergeron, pour rencontrer des touaregs-musiciens là bas. Bref de belles expériences et rencontres. Entre temps il y a eu aussi un film, des concerts. Manu est parti au Mali participer à un festival de musique et travailler avec un des fils de Touré Koundé. Daniel a aussi fait beaucoup d’images et en a profité pour retrouver ses racines chiliennes. Bref, on s’est pas mal ressourcé…

Qui a des enfants dans le groupe ?

Ca ne te regarde pas (rires) ! On a des enfants collectifs, on partage (rires) ! Guizmo à deux enfants dont l’un qui vient de fêter ses 10 ans.

Vous essayer de le sensibiliser à la cause écologique, car lorsqu’on se mobilise comme vous c’est aussi pour les générations futures ?

Oui bien sur, mais il est déjà très impliqué avec son école. Il a visité l’année dernière un centre de tri des déchets, on a eu des discussions sur le recyclage et puis on (Guizmo et son fils; ndlr) habite à la campagne en Bretagne aussi ou il y a pas mal de problèmes là bas, donc on en parle aussi de temps en temps. Aujourd’hui le problème écolo fait partie du quotidien des enfants.  L’écologie aujourd’hui est partout présente, à la télé, dans les publicités, au cinéma…

Photo : Tryo – © Benant
Photo : Tryo – © Benant

Au quotidien, comment se manifeste votre engagement écologique ? Guizmo, vous avez par exemple posé des volets pour capter l’énergie solaire chez vous…

Chez moi, c’est « total look » écolo, il y a de tout : ossature en bois, récupération d’eau de pluie, technologie solaire, géothermie… C’est vraiment une éco-construction totale avec uniquement des matériaux sains. J’ai récupéré il y a dix ans cette vieille ferme de caractère en Bretagne. Comme elle était d’époque, il a fallu tout refaire. Mais la volonté ne suffit pas, encore faut-il pouvoir se le permettre. J’ai cette chance, mais les prix sont aujourd’hui encore tellement contraignants quand on veut installer chez soi ce genre de matériel, que c’est malheureusement encore un frein à beaucoup de bonnes intentions. On espère que ça changera dans les années à venir.

Mais même sans construire de maison entièrement écolo, il y a des gestes simples à suivre au quotidien…

Oui moi en Bretagne comme j’habite à 20 km d’une grande ville, je suis obligé de prendre ma voiture mais je privilégie le co-voiturage. On peut tous faire attention à ne pas faire couler l’eau bêtement en se brossant les dents ou en se rasant. Ce sont des choses anodines mais si tout le monde s’y met, ce sont des milliers d’hecto-litres d’eau qui seront économisés. Mais les plus grands changements passeront d’abord par des lois et relèvent de la politique.

Ceux qui font pression sur les politiques, ce sont les ONG qui representent un réel contre-pouvoir. Pourquoi avoir choisi Greenpeace comme principal partenaire de votre nouvel album et de votre tournée ?

On a une longue histoire avec Greenpeace. Il y a dix ans, on les avait déjà contactés pour nous accompagner sur une tournée. Avec un public jeune comme le nôtre, leurs actions pouvaient avoir une portée. Aujourd’hui, avec la sortie de ce nouvel album à vocation écologique, on a voulu pousser le partenariat encore plus loin. On a donc sorti le CD avec le label FSC (FSC est un écolabel qui assure que la production d’un produit à base de bois a respecté des procédures censées garantir la gestion durable des forêts – ndlr). Tout l’emballage et le merchandising ont été pensés pour être aux normes écolo.

Quelles sont les autres causes pour lesquelles vous militez ?

La lutte anti-OGM, la protection de l’environnement marin où on s’est associés à une grande campagne internationale contre la pêche au thon en Méditerranée, etc. Et puis il y a toujours ce combat contre la déforestation, notamment en Indonésie et au Congo. Il faut savoir que lorsqu’on coupe les arbres, on lâche des tonnes de carbone dans notre atmosphère, sans parler de la face du globe qu’on défigure. On est en train de tuer la dernière diversité de la planète. Voilà toutes les causes que l’on défend comme de vieux sages que nous sommes (rires).

A propos de sagesse, on a le sentiment que vous êtes aujourd’hui moins « rentre dedans », plus « politiquement correct », il n’y a par exemple aucune allusion à la légalisation du cannabis comme par le passé. …

Ah oui, on fume des pailles à présent nous aussi (rires). Non mais on a déjà écrit une chanson là dessus on ne va pas non plus en écrire dix. Dans notre nouvel album on avait envie de se tourner plus vers l’humain, de rendre hommage à  des grande figures du militantisme comme Amanda Tiroy qui s’est battue pour les droits de la femme en Inde et pour l’écologie ou encore Abdala qui est allé chanter dans tous les camps de réfugiés au Niger pendant les révoltes des  années 90. Par rapport au cannabis, on a toujours dit, et on le dit encore, qu’on préfère le dialogue au côté répressif de la chose. C’est mieux d’en parler avec ses enfants que de leur interdire ou de cacher ça. De toute façon un jour ou l’autre, eux ou leurs copains en consommeront alors autant en parler avant.

Photo : Tryo – © Benant
Photo : Tryo – © Benant

Vous venez de terminer une grande tournée en France. Cela sous-entend  forcement beaucoup de camions, d’éclairages, une logistique qui consomme et pollue beaucoup. Comment avez vous géré cela d’un point de vue écologique ?

Sur les trois premiers mois de notre tour, nous avons demandé à un organisme indépendant de réaliser notre « bilan carbone » sur l’ensemble de nos déplacements et de constater tout ce qui peut polluer sur une tournée : les transports, les détritus jetés par le public, etc. Cela nous a permis de prendre un certain nombre de mesures : privilégier un éclairage à basse consommation, adopter le co-voiturage pour les membres de l’équipe, sensibiliser notre public à ce mode de transport via les sites de réservation de nos spectacles comme la Fnac, les radios partenaires de nos concerts, etc.

Ça a porté ses fruits puisqu’au-delà de Tryo, certaines de ces radios vont relayer ces opérations de co-voiturage pour d’autres concerts d’artistes. Ça a eu un effet boule de neige. Nous avons aussi privilégié les billets informatiques et mis en place un tri sélectif sur la tournée : utilisation de gobelets recyclables et réutilisables, consignés, lavables, qu’on a emmenés avec nous sur toute la tournée. Un questionnaire, sur papier recyclable bien sûr, a aussi été distribué au public.

Êtes-vous optimistes quant à l’avenir ?

Oui, nous le sommes ! Mais avant toute chose nous sommes des chansonniers : le but est de donner du bonheur aux gens. Les temps sont durs, raison de plus pour apporter de la gaieté et du rêve. Ça paraît très basique comme ça, mais c’est hyper important. Il ne faut pas non plus plomber l’ambiance et voir tout en noir… Si c’est la fin du monde autant baisser les bras et ce n’est pas dans notre tempérament. L’intérêt d’associations comme Greenpeace, c’est qu’elles t’expliquent par exemple qu’il y a des alternatives à la consommation qui ne sont pas forcément synonymes d’éclairage à la bougie, etc. Qu’on peut changer les choses si on le veut vraiment. C’est un message d’espoir auquel nous adhérons totalement.

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