TOM HANKS : STARONAUTE À LA CONQUÊTE DES ÉTOILES

Il y a quarante ans, un sémillant gaillard à la mèche blonde et au sourire ravageur,  le commandant Neil Armstrong de la Mission Apollo 11, foulait le sol lunaire. « The First man on the moon ! », titrait à l’époque la presse yankee avec une fierté bien légitime. Le Belge Tintin et le Français Jules Verne en rêvaient mais c’est finalement un jeune Américain qui plantera sous l’œil d’un objectif Hasselblad le drapeau figé par l’apesanteur d’une bannière encore plus étoilée…

Le moment est historique. En ce 21 juillet 1969 – à 3H56 et 20 secondes GMT -,  la plus vieille chimère de l’humanité était enfin à portée de main ou plutôt à portée de pied (puisque c’est cette partie de notre anatomie -et plus précisément le peton gauche-  qui s’enfonça en premier sur le satellite naturel de la Terre).
Là haut, tout là haut, à 400 000 km de chez nous, au milieu de cratères grisâtres et poussiéreux, des (sur)hommes équipés de drôles de scaphandres allaient nous faire partager les prémices du plus insensé des projets, du plus fou des objectifs : la conquête spatiale.

Tom Hanks, .. a marché sur la lune ! - (c) Franck ROUSSEAU / KEL EPOK EPIKTrois mots qui n’étaient même pas encore entrés dans notre vocabulaire quotidien. Nul doute qu’une révolution était en marche. « Le monde ne serait plus comme avant », pouvait-on lire dans les journaux.  Lorsque ce n’était pas carrément en gros et en gras « Bientôt votre maison secondaire et votre golf sur la Lune ! » dans des revues de science-fiction qui ne tournaient vraiment pas rond. Depuis, de l’eau à coulé sous les ponts, mais toujours pas sur l’astre sélène.
Quant à nos ambitions de colonisation inter-galactique, elles ont dû sérieusement être revues à la baisse alors que, parallèlement, notre champ de vision s’est quant à lui considérablement élargi.

Grâce à des télescopes scruteurs d’univers, nous avons découvert d’autres étoiles, fouiné dans d’autres systèmes solaires, écouté « battre » le  « cœur » de planètes éloignées à plusieurs millions d’années-lumière. Conséquence : l’espace s’est banalisé. Réduit comme une peau de chagrin…
A l’évidence, les fusées, qui, comme les TGV, partent généralement à l’heure n’intéressent plus le Terrien moyen. Et si soudain on se soucie des quelques pékins qui gravitent au-dessus de nos têtes, c’est parce qu’il y a un risque, un danger, un drame, un frisson peut-être à la clé. Notre côté : jouisseurs-destructeurs probablement !

Contraint par les distances et le manque d’argent de restreindre ses allers-retours dans l’espace, l’homme des années 2000 se contente donc désormais d’envoyer des myriades de satellites dans des cieux déjà bien encombrés.
Les ultra-positifs nous rétorqueront qu’il reste toujours ces sondes et ces robots palpeurs partis explorer la voie lactée et qui nous permettent – un peu par procuration – d’avoir encore le melon dans les étoiles.
C’est bien beau tous ça…. mais où sont les glorieux héros de notre enfance ? Ces braves militaires que l’on envoyait naguère juchés au sommet de pétards géants pour décrocher la Lune ? Cette mythique époque où, recroquevillés comme des foetus dans des capsules minuscules, nos pauvres bougres nous revenaient, évanouis sur la Terre, en tombant comme des pierres ?

C’est justement pour nous faire revivre la plus palpitante des aventures du XXème siècle et retracé le destin de ces pionniers à la trempe d’acier que l’acteur américain Tom Hanks s’était décidé, il y a une décennie de cela, à produire sous le couvert de la chaine américaine HBO, une série de 12 épisodes sur la Conquête Spatiale. Titre: « From the Earth to the Moon ». Un grand moment de télévision.
Dix ans après cette magistrale saga, c’est l’interview du multi-oscarisé Monsieur Tom que nous sommes allés décrocher au pays  d’Obama. Et force est de constater que la star est toujours aussi « attractive » que l’astre sélène !

Propos recueillis à Los Angeles par Frank ROUSSEAU.
Photos : Franck ROUSSEAU / KEL EPOK EPIK, tous droits réservés.

Franck Rousseau en compagnie de Tom Hanks, (c) Franck Rousseau, KEL EPOK EPIK Que faisiez-vous le 21 juillet 1969 ?

Comme toute ma famille et le reste du monde, nous étions devant la télé. Les yeux écarquillés et la bouche gobant les mouches en train de suivre l’alunissage en quasi-direct du module Eagle. L’image était pourrie, sautillante, et le son franchement “dégueu”, mais quelle émotion ! J’entends encore résonner dans ma tête la voix un peu lointaine d’Armstrong et son fameux « Un petit pas pour l’homme, un pas de géant pour l’humanité ». Un événement majeur : la science-fiction venait de rejoindre la réalité !
Si on m’avait prédit que j’allais, vingt-cinq ans plus tard, ressentir les mêmes sensations que mes héros, je ne l’aurais pas cru !

Vous voulez parler du tournage d’Apollo XIII de Ron Howard, dans lequel vous incarniez l’astronaute Jim Lovell?

Oui ! Un tournage inoubliable. Lorsque j’ai enfilé mon scaphandre pressurisé et que la capsule recréé par Ron a commencé à vibrer, très honnêtement, ce fût un pur moment de jouissance. Je m’y croyais. Je m’y voyais. Ron, qui est comme moi un perfectionniste, nous avait même demandé de suivre une infime partie de l’entraînement des vrais astronautes. Comme le passage obligé dans un Boeing KC 135. Rien de mieux pour nous faire connaître les “délices” de l’apesanteur…

C’était comment ?

Un peu comme les montagnes russes, mais à 6000 mètres d’altitude et à 800 km à l’heure ! Au sommet de chaque arc de cercle réalisé par le Boeing, nous nous retrouvions pendant 28 secondes en apesanteur. Dans le vide quoi ! Un matin, j’ai voulu jouer au petit malin en ne prenant pas mes comprimés anti-vomitifs.  Bonjour les dégâts. Ce jour-là, j’ai rebaptisé le zingue “Vomi Express” !

De toutes les missions spatiales que vous avez suivies, quelles sont celles qui vous ont le plus marqué ?

Apollo XIII bien évidemment ! Les images de ces trois astronautes survivants, barbus , faméliques, lessivés, qui pendant quatre jours ont fait trembler la planète entière. Et puis, plus tard, la mort des sept astronautes de la mission Challenger. Lorsque j’ai pris connaissance de ce drame, j ai chialé comme un môme !

Il y a dix ans, vous produisiez pour la chaîne payante américaine HBO, une saga intitulée « From the earth to the Moon » («De la Terre à la lune»). Une série qui, en son temps, fut qualifiée par la presse d’utilité publique tant elle était didactique et riche d’enseignement. Pourquoi ne vous étiez-vous  intéressé qu’au programme Apollo et non pas aux missions «Gemini» ou «Mercury» ?

Parce que Apollo était à mes yeux le programme le plus extraordinaire, le plus fascinant, le plus “glamour”, le plus symbolique de l’Histoire de la conquête spatiale.   L’un des plus dangereux aussi.  Le plan des missions Apollo prévoyait en effet l’aller-retour Terre-Lune avec une descente sur la surface de notre satellite, et comportait la mise en orbite terrestre, à une altitude de 160 kilomètres, d’un ensemble de modules pesant au total 45 tonnes !
Chacun de ces éléments était un astronef à lui tout seul, avec ses fonctions propres. Technologiquement, c’était tout simplement incroyable. Des merveilles de précision mécanique et électronique. Quant à la fusée Saturne, ce fût l’engin probablement le plus puissant et le plus sophistiqué qui ait jamais été construit. J’entends…à l’époque ! Une cathédrale de métal monumentale signée Wernher von Braun, ingénieur allemand (père des VI et V2 nazis) travaillant pour le compte de la Nasa.
Rappelons au passage que Saturne 1, prototype de la série, mesurait 37 mètres de hauteur, pesait 419 tonnes au décollage. L’aboutissement suprême fût atteint avec Saturne 5. Haute de 86 mètres – 111 si l’on inclut le vaisseau Appolo .
Composée de plus de trois millions de pièces, elle dépassait de 18 mètres la Statue de la Liberté !!! Quant à ses moteurs, ils développaient au décollage une poussée totale de 4016 tonnes !
Le montage de l’ensemble des trois éléments constituant la fusée Saturne 5 s’effectuait dans un hangar aux dimensions encore plus titanesques. Jugez plutôt:  218 mètres de long, 160 mètres de large et 158 mètres de haut. Soit un volume correspondant à quatre fois celui d’un gratte-ciel comme l’Empire State building ou deux fois celui du Pentagone. Un dernier chiffre, pour réaliser l’ampleur de ce programme : rien que pour la rampe de lancement, on coula un million de tonnes d’acier et 17 millions de tonnes de béton ! Qui dit mieux ?

Tom Hanks, accro à NEO ! - (c) Franck Rousseau, KEL EPOK EPIK On vous sent passionné …

Et comment ! Grâce à de telles machines, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, des êtres humains s’affranchissaient de la gravitation terrestre et se soumettaient à celle d’un autre corps du système solaire. Pour la première fois également, des hommes pilotaient un vaisseau dans l’espace interplanétaire, et pour la première fois leur regard se posait sur la face cachée de la Lune dont nous ne savions rien ! Mais la plus grande découverte et la plus merveilleuse fût finalement la Terre vue d’un autre angle. Avec le recul, on s’est aperçu qu’elle était plutôt petite et visiblement fragile ! Ce que je regrette, c’est qu’après avoir pris conscience que notre boule bleue était à ce point précieuse, nous n’ayons pas investi dès la fin des années 60 dans un programme de protection de l’environnement digne de ce nom. La tête dans les étoiles, c’était bien, c’était beau, mais nous aurions peut-être dû aussi redescendre un peu sur terre. Histoire de nous focaliser sur notre faune et notre flore menacées par nos activités humaines. Seulement, à l’époque, ce n’était pas notre priorité. A nous les Américains…

Quelle était cette priorité Tom ?

Il est en effet bon de rappeler que la course aux étoiles est née d’une humiliation. Une colossale humiliation. Le 4 octobre 1957, un « bip-bip » triomphant annonçait au monde que l’URSS avait mis sur orbite un engin automatique. Pour les Américains en pleine guerre froide, ce fût un énorme coup de poing dans le visage. Une peur effroyable également, car le lanceur de Spoutnik était une version peu modifiée de la fusée intercontinentale ICBM SS-6, porteuse de charges nucléaires. Autrement dit, les Rouges s’appropriaient l’espace et démontraient d’une insolente manière leur suprématie militaire dans ce domaine.
Cette première baffe fut suivie le 3 novembre par la mise en orbite de la chienne Laïka, puis en janvier 1959 du premier tir vers la Lune. Enfin, le coup de grâce pour mon peuple fut évidemment donné le 12 avril 1961 par Youri Gagarine. Premier homme à se balader dans l’espace.
Humiliés, il fallait coûte que coûte que nous relevions le défi. Le 25 mai 1961, JFK annonçait devant les membres du Congrès: “ Nous devons faire atterrir un homme sur la Lune – un Américain- et le ramener sain et sauf sur la Terre avant la fin de la décennie “. C’est à dire en 1970.
L’idée était folle, mais vitale pour nous ! Il fallait en effet “réveiller” les consciences et montrer aux Russes que nous étions sérieusement décidés à nous battre ! Trente quatre milliards de dollars plus tard et après avoir mobilisé 400 000 personnes, le 21 juillet 1969, Armstrong réussissait l’impossible. Kennedy nous avait promis la lune et il nous l’avait décrochée !

Certes, mais à quel prix ! La note fût plutôt salée pour le contribuable américain. Cet argent, le gouvernement de votre pays aurait pu le dépenser, vous le disiez vous-même, dans la préservation de notre planète…

Je ne suis pas d’accord quand vous dites que la note fut salée ! N’oubliez pas que chaque kilo de pierre lunaire rapportée valait à l’époque 63 millions de dollars.
En plus de cette manne des plus rares, il faut savoir que les progrès réalisés en astronomie, cosmologie, géophysique, électronique, électro-mécanique, science des matériaux, biologie, médecine, etc. ont alors fait un bond prodigieux. Si je me souviens bien, je crois qu’on avait atteint en « retombées utiles » plus de 160 000 brevets, perfectionnements et techniques nouvelles ! Et puis, il y a une chose qui n’a pas prix: c’est le sentiment d’appartenir au pays le plus puissant de la planète. A ma connaissance, le peuple américain n’a jamais été aussi fier que pendant le développement du programme Apollo !

Vous souvenez-vous très précisément de l’allocution de JFK ?

Vaguement. J’avais cinq ans à l’époque, des cheveux bouclés, les doigts dans le nez et les yeux plutôt fixés sur ma batte de base-ball ! Les étoiles, la Lune et le système solaire, pour être honnête avec vous, c’est venu plus tard !  J’avais alors deux passions : les Beatles et les missions spatiales. Pour moi, il n’y avait rien de plus important au monde que McCartney et mémoriser le noms des astronautes, leurs backgrounds, les objectifs à atteindre.
A chaque fois qu’on parlait de Lovell, Aldrin, Swigert, Collins, etc. à la télé, j’avais littéralement le cul cloué dans le canapé et la tête dans les étoiles. Cela s’est aggravé avec la diffusion en boucle de séries comme “Star Trek” ou “Lost in the Space”. Bref ! J’étais devenu un cas désespéré.
Je me revois encore lire dans un illustré que la capsule Gemini n’était pas plus grande que la Volkswagen de mon père. Si bien que les jours et les semaines suivantes, j’ai commencé à faire une sorte de transfert. Je m’imaginais que “my daddy” était un astronaute et que sa bagnole allait nous propulser je ne sais où ! Résultat, je ne voulais plus ouvrir la porte de l’auto familiale. Je redoutais trop la dépressurisation !!!

Timothy Leary, icône barbichue de la culture hippie et pape du LSD, avait demandé avant de mourir que ses cendres (renfermées dans une fiole) soient larguées dans l’espace. Est-ce une perspective qui vous tentera le moment venu ?

(rires). Non ! Je n’ai pas envie de contribuer un peu plus à la pollution de l’espace. Il y a déjà tellement de débris là-haut. Un vrai dépotoire. En outre, nul n’est en mesure de me garantir que ma fiole funéraire ne finira pas, un jour, par s’écraser sur votre tête ou dans les sushis d’un Japonais  ! Dans le doute, je m’abstiendrais donc…

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Frank ROUSSEAU, grand reporter et pur produit de la mondialisation ! Elevé en partie en Afrique, au Canada, en Nouvelle Calédonie. Eduqué en France puis dans les Universités américaines, il se passionne ensuite pour l’histoire de l’art et celles de civilisations avant d’intégrer le Figaro Quotidien. Journaliste freelance, il partage désormais son temps entre l’oligopole de Los Angeles et un petit village des Yvelines…