Ticking Barents : l’art témoin et trublion de la ruée vers l’Arctique

6817889684_1be94389c1_mLe festival culturel « Barents Spektakel » a lieu depuis 2003 chaque hiver à Kirkeness, au Nord-Est de la Norvège, sur la mer des Barents. « Ticking Barents », thématique de la dixième édition de ce festival qui vient de se dérouler du 5 au 10 février, est un clin d’œil au tic-tac d’une échéance qui approche, celle d’une nouvelle manne pétrolière et maritime dans la région, mais aussi celle des conséquences du réchauffement climatique. Par Alice Audouin

 

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Kirkeness est la « capitale des Barents ». Cette petite ville de 5000 habitants occupe une position géographique désormais stratégique : pile sur la nouvelle route permise par la fonte de la banquise (passage du Nord-est ) et seulement à quelques kilomètres de la Russie, voisin indispensable pour coopérer dans la conquête de l’Arctique. Cette localité a le plus faible taux de chômage de Norvège, c’est-à-dire nul, et se développe très rapidement autour de ses pêcheries, ses perspectives pétrolières et maritimes, ses activités portuaires, son administration et sa mine de fer à ciel ouvert.

Un laboratoire révolutionnaire conduit par des artistes

Les « femmes sur le pont », Pikene på Broen, est le groupe féminin fondateur et organisateur du festival. Leur objectif est de développer une conscience environnementale et sociale, et de construire une communauté locale capable d’autodéterminer son avenir. Pour elles, la révolution est un processus de construction communautaire. La directrice artistique du festival Luba Kuzovnikova est russe et vit à Kirkeness. Par sa double culture, elle est la garante de la dimension transfrontalière fondatrice du festival. Les créations et opinions politiques des artistes deux pays phares des Barents, la Russie et la Norvège sont au coeur de l’événement, affichant ensemble le désir d’une gouvernance qui tienne compte du long terme et qui résiste à la logique prédatrice immédiate. Luba stimule un incessant va-et-vient entre les échelles locales et globales et décrit son festival comme un « cocktail culturel et politique, que chacun peut assaisonner à son gout en termes d’alcool et d’épices ». Dans la catégorie cocktail, Barents Spektakel serait un cocktail Vodka Martini passé au shaker avec de la neige fraîche. Le festival mélange des expériences interculturelles inattendues, des artistes engagés dans l’environnement, des débats politiques, le tout dans un revival underground des années 80 et un néo-folklore branché.

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Comme un fait exprès, Barents Spektakel se déroule en même temps que la Conférence annuelle de la mer des Barents qui réunit tous ceux qui sont dans les starting-blocks de la course vers le Nord, compagnies pétrolières et gazières en tête. Les chinois y sont également présents. Ils multiplient actuellement les initiatives dans la région : expéditions, construction d’une station de recherche, traversée de l’océan Arctique par la mer de Barents en août dernier, etc. Cette conférence très officielle aborde exactement le même sujet que le festival artistique, la course vers l’Arctique : pêche, pétrole, gaz, minerais, trafic maritime, et leurs éventuelles conséquences environnementales et sociales. Si pendant cette conférence l’euphorie est de mise, mise à part la minute consacrée au développement durable où chaque orateur prend un air sérieux pour dire qu’il faut « saisir les opportunités tout en préservant l’environnement » et que « les évaluations et études nécessaires sont en cours et seront développées », les festivaliers sont à l’inverse très inquiets face à ce discours qu’ils considèrent être du greenwashing. Leur conférence off « Visonary Arctic » rassemble à l’inverse les intérêts non financiers : climatologues, chercheurs et artistes alarmés par les conséquences actuelles du réchauffement climatique et par l’absence de principe de précaution dans la course vers le Nord. Si le réchauffement de 2° à la fin du siècle est perçu comme quasi-indolore par l’opinion publique, du côté des festivaliers ce chiffre est non seulement caduque, mais suffit à entraîner des effets dramatiques. Les bouleversements s’abordent aussi avec humour, surtout quand il s’agit d’imaginer la réaction de peuples jusqu’ici pauvres, très isolés et peu nombreux face à leur enrichissement subit. Que fait un insulaire, un inuit, avec des millions ? Un comportement de « nouveaux riches » émergera-t-il? A Murmansk, un nouveau jeu consiste à compter les voitures de luxe les plus chères, dans une ville plus que jamais marquée par les inégalités sociales. En Norvège, l’excès de richesse est épargnée au travers du fonds souverain. Quels choix feront-ils ?

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