Thon rouge : des quotas encore légitimes ?

La nouvelle saison de pêche du thon rouge a débuté le 15 mai dernier. L’espèce n’étant plus en voie de disparition, certains se demandent si les quotas, très bas, sont encore nécessaires. D’autant que ces mesures de restrictions s’avèrent compliquées.

Des quotas réduits à minimum ! Pendant un mois, les prises autorisées de thon rouge ont été réduites au minimum selon les recommandations de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (Cicta). « Les quotas n’ont jamais été aussi bas », précise Julien Pfyffer, auteur d’une enquête sur la pêche du thon rouge en Méditerranée (« Trésor Rouge » aux Editions Dialogues.fr).

Bien que les premiers quotas soient apparus dans les années 90, les  thoniers sous-déclaraient leurs prises jusqu’en 2007. « Il y a eu des abus clairs, même certains pêcheurs le pensaient ! Plus de la moitié d’entre eux pêchaient sans autorisation en Méditerranée. Près de 700 bateaux avaient compris que le Japon était friand de thon », poursuit-il. Résultat : l’espèce a manqué de disparaître.

L’espèce sauvée par la Cicta
Mais la rigidité des quotas est-elle légitime cette année ? En effet, la science estime que l’espèce n’est plus en voie de disparition. Beaucoup de jeunes thons ont été comptabilisés, particulièrement dans l’Adriatique ou le Golf du Lion, véritables « nurseries ».

Ces résultats ont pu être obtenus grâce au rôle impliqué qu’a tenu la Cicta dans cette affaire. Dans le cadre d’un plan de reconstitution de 2007 recensant plus d’une cinquantaine de mesures, l’organisation a interdit la capture des spécimens de moins de 30 kg, instauré une période de fermeture de pêche de six mois, et mis en place un document de suivi des captures. « En ce qui concerne les stocks de poissons, les signaux sont positifs. L’espèce est surpêchée mais elle ne décline plus », précise l’auteur.

Des mesures compliquées
L’année dernière, la Cicta renforçait déjà les contrôles. « Ses mesures, bonnes en théorie, étaient irréalisables. Selon elle, une fiche de suivie de la chaîne industrielle devait être mise en place ; une fiche à remplir à la main, qui devait passer entre plus de cinq protagonistes, dont la douane japonaise ou la préfecture française. Ce processus ne prenait absolument pas en compte les contraintes de la mer », démêle Julien Pfyffer. « Plusieurs pêcheurs estiment que les contrôles sont nécessaires, mais qu’ils ont besoin de cohérence. »

Les restrictions actuelles posent par ailleurs un véritable problème économique. Entre 2000 et 2008, des subventions ont été accordées à la modernisation des flottes par l’Union européenne. « Les pêcheurs ont compris qu’ils pouvaient obtenir des bateaux plus grands, donc plus sécurisés, avec une capacité de pêche supérieure. » Or ces investissements coûtent cher, donc nécessitent une rentabilité qui s’avère être freinée par les quotas. Du coup, plusieurs bateaux ont filé à la casse. Un processus vivement dénoncé par les ONG, qui pointent du doigt ces dépenses inutiles.

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