Taxe carbone et justice sociale

ValinkeoL’édito d’Alexis du Fontenioux du blog Valinkeo

Le débat sur la taxe carbone est donc lancé. Le mérite en revient incontestablement à Nicolas Hulot et à ses complices qui ont su porter un sujet dont les principes ont été testés dans d’autres pays (Suède et Danemark notamment).

Le débat est posé et déjà les gens s’inquiètent. Les discussions s’articulent aujourd’hui autour de l’acceptabilité sociale d’une mesure perçue comme une pression fiscale supplémentaire. Selon Daniel Ruiz, «Le pari écologique ne peut se gagner en pénalisant les familles les plus modestes». L’association UFC-Que choisir n’en démord pas et s’oppose « fermement aux projets de taxe carbone qui vise à accroître le prix du carburant pour essayer de diminuer la consommation».

La concentration de CO2 dans la basse atmosphère doit être gérée, contrôlée et diminuée dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique. Ainsi, Il en va des émissions de CO2 comme de la gestion des matières premières, c’est un stock comme un autre.

Hors, il n’y a que deux leviers pour gérer un stock de ressources finies : les prix ou les quotas. Chacune de ces options a ses vices et ses vertus, la gestion par les prix est injuste socialement, la gestion par les quotas est liberticide. Nous employons un « mix » de ces deux leviers : les quotas par l’intermédiaire des PNAQ (Plan National d’ Affectation des Quotas) et aujourd’hui par les prix via la taxe carbone. Si le signal prix a démontré son efficacité (bonus écologique), au final,  les foyers aux revenus les plus modestes se trouveront inévitablement pénalisés pour se déplacer, pour se chauffer, et ce malgré tous les « chèques verts » à l’étude.

Value
Creative Commons License photo credit: Roscoe Van Damme

Plus généralement, la gestion par les prix, c’est-à-dire le marché, de l’ensemble des ressources et des stocks de matières premières est aujourd’hui la règle. Et les injustices sociales sont d’autant plus douloureuses dans les pays les plus pauvres où les besoins en énergie et en produits alimentaires sont une question de survie. La taxe carbone nous permet de donner une réalité à plus petite échelle de ce phénomène.  A l’inverse, un système de gestion de stocks « juste » socialement s’orienterait vers un système de quotas, un retour aux tickets de rationnement en quelque sorte. Si nous refusons l’idée d’une augmentation des prix, sommes-nous davantage prêts à cette seconde option ?

Le développement durable est créateur d’emplois, de nouvelles sources de croissance, de nouvelles perspectives de marchés ; certes. Mais le respect de l’environnement a aussi un coût. Que celui-ci se traduise en termes financiers (les prix) ou en termes de contraintes et de libertés individuelles (les quotas), c’est une réalité qu’il faudra aborder, ce sont des arbitrages qu’il faudra porter en connaissance de cause.

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Emilie Villeneuve

Sa licence de journalisme en poche, elle s’envole pour la Réunion où elle arpente l’île en tant que journaliste radio au sein de RFO. Une fois revenue en métropole, Emilie se consacre à l’environnement et au bio avec Bioaddict.fr et pige également en tant que journaliste web avec DDMagazine.com. Elle intègre la rédaction de Néoplanète en avril 2011 dont elle est aujourd'hui la rédactrice en chef adjointe du site et de la webradio. Elle fait également partie de l'équipe de "Bougez Vert", émission diffusée sur Ushuaïa TV.