« Sueurs froides et accords tièdes à Durban »

Cette phrase de la Fondation pour la Nature et l’Homme (FNH), que nous avons reprise en titre de notre article, résume à elle seule le bilan que l’on peut tirer de la 17ème Conférence des parties (COP 17) sur le climat. Au bout de deux semaines de pourparlers et de 36 heures dignes d’un marathon de la dernière chance, les délégations des 193 pays présents ont fini par conclure un accord dimanche dernier en Afrique du Sud.


La partition climatique reste à écrire

A Durban, une « feuille de route » pour entériner le protocole de Kyoto a été adoptée. Ce traité international sur le climat, entré en vigueur en 2005, est pour le moment le seul à imposer à une quarantaine de pays industrialisés la réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre. Alors qu’il prend fin en 2012, les Etats signataires de la première période d’engagement ont accepté de renouveler leurs efforts pour le climat. Seul bémol : le Canada, la Russie et le Japon ont refusé de reprendre part au jeu. Les nouveaux engagements ne concerneront donc que 15% des émissions mondiales.

Leader des négociations climatiques, l’Union Européenne a toutefois réussi à arracher la perspective d’un accord mondial. Un accord global qui aura force de légale devra être conclu d’ici 2015 et entrer en vigueur au plus tard à compter de 2020.


Ces degrés qui nous guettent

Suite à ces accords, les ONG de tous bords agitent le spectre des 4°C. Réseau Action Climat estime que « les négociateurs […] se sont séparés sur un accord gravement déconnecté de la réalité climatique. » Pour Céline Charveriat, directrice des campagnes et plaidoyer d’Oxfam, « nous pourrions en avoir pour encore une décennie perdue dans la course pour rester en dessous des 2 degrés », seuil en dessous duquel le monde ne sera pas trop chamboulé.


Grande menace sur l’agriculture

Une hausse de température de 4 degrés pourrait contribuer à la dévastation totale des agriculteurs les plus pauvres qui souffrent déjà de la faim. Certaines régions d’Afrique pourraient être affectées par des baisses de rendements de l’ordre de 50% dès cette génération ou celle de leurs enfants, et les prix alimentaires mondiaux pourraient doubler d’ici 2030. « Le changement climatique en serait responsable pour moitié » estime Oxfam.


Faire pousser les dollars

Une autre mesure phare ressort de Durban, la création d’un Fond vert pour le climat. Mais les ONG et certains partis politiques estiment qu’il nécessiterait d’être un peu mieux arrosé pour qu’y poussent les dollars. Les Amis de la Terre expliquent que « les pays industrialisés se sont engagés à payer 100 milliards de dollars, mais pour l’instant le vert reste la couleur de l’espoir et pas encore celle des dollars. » Les Jeunes Ecologistes parlent quant à eux de « coquille vide ». De son côté, le Ministère de l’Ecologie, du Développement durable, des Transports et du Logement est optimiste quand il affirme que « des contributions volontaires, dont plusieurs ont déjà été annoncées à Durban, permettront de couvrir les frais de fonctionnement du Fond vert sur les deux années à venir », sans toutefois préciser qui s’y est oralement engagé et pour quel montant…


L’éternelle question politique

Durban reste avant tout un espace de négociations politiques où chaque pays essaye de tirer son épingle du jeu, quitte à faire obstruction aux menaces qui pèsent sur nous. Pour Samantha Smith, en charge de l’initiative mondiale « Climat & Energie » du WWF, « il apparaît clairement que les intérêts politiques de quelques-uns ont pesé plus lourd dans la balance que les intérêts de centaines de millions d’individus. » Le représentant des Amis de la Terre d’Afrique du Sud, Bobby Peek, fait quant à lui une lecture plus noire des sommets climatiques. Il estime que « de plus en plus de pays viennent à ces négociations sur le climat avec un seul objectif en tête : défendre et promouvoir les intérêts de leurs industries polluantes et de leurs multinationales. » Selon lui, même les marchés carbone ne seraient que « de fausses solutions dangereuses ».


Notre climat quotidien

Le prochain rendez-vous sur le climat aura lieu en décembre 2012 à Doha au Quatar. En attendant, on ne répètera jamais assez que chacun peut avoir un impact sur le thermomètre planétaire, aussi minime soit-il. Prendre les transports en commun, chauffer raisonnablement son logement ou manger local sont autant d’éco-gestes qui prouvent que l’avenir du climat ne reste pas suspendu aux décisions politiques mondiales.

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