Sète : larguez les amarres !

Une ville à part, hors du temps. Prisée des artistes, Sète la Méditerranéenne livre une partition joyeuse, de couleurs et de rires, de tablées à l’italienne, de bateaux bleus et de barques blanches. Car avant d’être ville, elle est d’abord un port.

Vue aérienne Canaux - Crédit photo Olivier Maynard

 

Paul Valéry, poète sétois, la surnommait « l’île singulière ». Cernée par l’étang de Thau et la mare nostrum, la ville aux origines mêlées vibre et s’enhardit sur tous les fronts : gastronomie, tourisme, culture… Premier port de pêche de Méditerranée, son cœur bat aux rythmes des allers-retours de ses bateaux, se nourrit du ballet des petites embarcations sur ses canaux vénitiens, tandis que ses marchés exhalent et débordent de dorades, de seiches, d’anchois, de sardines… Ici, tout est spectacle, des Halles à la criée, du Musée à ciel ouvert (MaCO) au Théâtre de la mer, jusqu’à même son cimetière marin, immortalisé par Brassens dans sa fameuse Supplique pour être enterré sur la plage de Sète.

Le cimetière marin, face à la Méditerranée © JM Véry
Le cimetière marin, face à la Méditerranée © JM Véry

L’autre patrimoine sétois, de juin à septembre, ce sont ses fameuses joutes sur le canal royal, avec, tradition oblige, une tenue blanche conseillée pour admirer les jouteurs qui ferraillent depuis leurs barques rouges et bleues, aux couleurs de la ville. Côté environnement, fidèle à son engagement en faveur du développement durable, la ville a signé la convention des maires européens, avec pour objectif de réduire de 20% la consommation énergétique d’ici à 2020. 

« Fermé pour cause de fermeture »

Mais, ici, ce qui affole le visiteur, c’est d’abord la bonne humeur. « Une ville de rires », s’amuse Jean-Loup Gautreau. Cet ex-journaliste à l’AFP, photographe et écrivain, a posé ses valises à Sète voilà dix ans. Il est l’auteur de deux ouvrages qui donnent à voir cette atmosphère si particulière, ces ambiances, ces personnages et la diversité des quartiers de la ville (1).

Qu’on en juge. D’abord sur les hauteurs du Mont Saint-Clair, le quartier chic de la cité portuaire. Perchée à 183 mètres, « la montagne sétoise », plantée de pins et de cèdres, campe un panoramique qui file à 360 °, de l’étang de Thau au port. Au loin, se distingue parfois la silhouette verticale du Canigou. S’impose ensuite une immersion du côté de la Pointe courte, quartier mythique qui inspirait déjà Agnès Varda en 1955, dans son film éponyme, interprété notamment par le sémillant Philippe Noiret. Un monde à part, sans commerces, une île dans l’île, bariolée de linge, de tables et de chaises qui bordent ses ruelles, habitée par « les Pointus », du nom donné aux pêcheurs qui s’emploient sur l’étang. Ici, s’alignent les cabanes colorées de bric et de broc, habillées de filets de pêche, des chats impassibles, sûrs de leur gamelle de sardines à venir, des échoppes placardées d’un « fermé pour cause de fermeture » ou de « non buveur, non fumeur, vivez bio, comme nous ! ». Entre gouaille et « flan » (un pastis en sétois), tout se passe comme si le temps n’avait pas de prise sur ce quartier enchâssé entre pont amovible, chemin de fer et canaux.

Jazz à la mer

Et la couleur s’enlumine partout dans la ville. En tuk-tuk, à la thaïlandaise, mais électrique (2), le Musée à ciel ouvert, à même les murs de la cité, s’enorgueillit d’œuvres des plus grands artistes du street art (3). Gratuits et accessibles à tous, les lieux affichent une poésie urbaine au long des rues sétoises, à la découverte des performances de Seth, Kaskink ou encore C215. Entre les murs, lui, le Musée international des arts modestes (Miam), initié par le peintre sétois Hervé Di Rosa, collectionne les objets de notre quotidien depuis un demi-siècle, additionnant jouets, gadgets, ustensiles de cuisine… Pêle-mêlant des œuvres d’artistes reconnus ou en devenir, scrutant tous les champs de la création, du coquillage peint au graffiti, en passant par la broderie. Kitchissime. A voir également les expositions du musée Paul-Valéry, dans un espace moderne, rénové et lumineux, propice à la contemplation. Et bien sûr l’émouvant Espace Brassens, qui se visite casque à l’oreille, livrant un peu des secrets de l’intimité du poète et chanteur sétois.

Couverture Street art. Hugo-Desinge éd.
Couverture Street art. Hugo-Desinge éd.

Enfin, l’incontournable de la scène culturelle et patrimoniale locale, posé entre le môle Saint-Louis et le cap de Sète, le Théâtre de la mer déroule ses fortifications Vauban. A la cadence des festivals qui s’enchaînent, à l’identique d’un théâtre romain, ses gradins découvrent un spectacle irréel, empli de l’immensité marine et d’un horizon hors ligne. En juillet, le festival de jazz y accueille 1500 personnes par soir, et, lors des concerts, il n’est pas rare que des bateaux jettent l’ancre tout près du théâtre, pour un point d’« écoute » comme diraient les gens de mer…

Sète la Vénitienne, « jardin de Montpellier », est un festin de vie, une tielle de soleil qui offre à ses habitants et aux visiteurs un opus d’opulence et de truculence, une grammaire de mots métissés, mâtinée d’indolence, une aquarelle d’azur lovée entre deux eaux.

Plus d’infos sur www.tourisme-sete.com et www.herault-tourisme.com
(1) Sète, la Pointe courte, préface d’Agnès Varda et d’Hervé Di Rosa, éditions Dans la boîte (2012). Sète-Les halles. Recettes de commerçants, préface de Guy Savoy, éditions Dans la boîte (2014).
(2) www.setetuktuk.com
(3) A lire : Planète street art, les 30 plus grands artistes du monde, Garry Hunter, éditions Hugo-Dessinge, 128 p., octobre 2014. 
Y aller, se régaler, à faire, aux alentours… Toutes les bonnes adresses de Néoplanète pour faire le break à Sète sont inscrites page 57 de notre magazine online n°41 !  
 
 
 

Tweet about this on TwitterShare on FacebookShare on Google+Pin on PinterestEmail this to someone

Jean-Michel Véry

Guitariste, compositeur, après dix ans de bons et loyaux services auprès de musiciens comme Andy Chase, Laszlo de Trèbes ou Vivien Savage, il débranche pour le journalisme et collabore avec L’Optimum, Le Figaro, Politis… Un père anglais et une mère égyptienne, aux ascendances touaregs, lui confèrent génétiquement le goût du voyage. Il signe régulièrement la rubrique « tourisme » pour Néoplanète.