Haïdar El Ali : sauver les arbres sans palabres

« La protection de l’environnement au Sénégal, comme dans tous les pays pauvres est une question de survie ». Par Julie Chaleil.

Physique de lutteur, regard pétillant et sourire permanent, Haïdar El Ali est entré en résistance. Le déclic est venu de la mer. Plongeur averti, il est consterné par la dégradation des fonds sous-marins. En 1985, il rejoint Océanium, association de protection de l’environnement qu’il dirige aujourd’hui, et étend son champ d’action à toute la nature menacée. En particulier, les arbres.

« Le monde entier parle trop, alors qu’il faut agir », s’impatiente Haïdar. Chaque jour, il sillonne les routes pour projeter ses films, expliquer, dénoncer et convaincre. La recette fonctionne. Pour empêcher la disparition de la mangrove, cette forêt tropicale entre mer et terre, il a planté 65 millions de palétuviers depuis 2006, avec l’aide de plusieurs centaines de villages et grâce au financement d’industriels français. Il espère en replanter 100 millions l’an prochain et empêcher ainsi la disparition des poissons et des champs de riz gagnés par le sel.

Haïdar lutte aussi contre le désert qui grignote son pays, mais le combat est rude. Le Sénégal perd chaque année 45 000 hectares de forêt. « Ceux qui coupent vont plus vite que ceux qui plantent ». Haïdar veut sauver le rônier, un palmier indispensable aux Sénégalais. Son exploitation, pourtant interdite depuis 1974, est largement pratiquée. Depuis trois ans, il a mis en terre 2 millions de plants. Il tente également d’empêcher l’exportation chaque année de 150 000 djembés, tam-tams africains très en vogue en Europe, qui ravage les forêts de dimbs (cordilia pinata) sans être rentable pour celui qui les coupe.

Pour reboiser l’Afrique de l’Ouest, il a créé ALINIHA, une banque de microcrédit environnemental, avec un Malien et une Burkinabé. L’écologiste sénégalais continue de semer la bonne graine.

« Haïdar El Ali. Itinéraire d’un écologiste au Sénégal ». Bernadette Gilbertas. Éditions Terre Vivante.

* Photo extraite du livre « Itinéraire d’un écologiste au Sénégal« 

Article extrait de Néoplanète n°18.

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