Sandra Bessudo : De la mer… au ministère !

Après une longue lutte pour sauver les océans, la célèbre biologiste franco-colombienne Sandra Bessudo prend la tête du ministère de l’Environnement en Colombie. Pionnière de la défense de biodiversité, amie de Jean-Louis Borloo, elle pourrait être le « cadeau » que la planète attendait… Par Françoise Latour.

Vous avez mis votre vie en danger pendant vingt ans pour protéger l’île de Malpelo, un « bout de rocher » au milieu du Pacifique. Pourquoi cet acharnement ?

Malpelo est un site naturel prioritaire pour la Colombie et pour la planète entière ! Comme les Galápagos, par exemple, les eaux de cette île volcanique – située à 500 km des côtes colombiennes – sont l’un des joyaux de la biodiversité. Là, se reproduisent de très nombreuses espèces dont les petits iront peupler d’autres zones de l’océan. Quand j’ai découvert Malpelo, j’ai décidé d’y consacrer ma vie et de créer la Fondation Malpelo. En 2006, l’UNESCO a classé le site au Patrimoine mondial de l’humanité. Une grande victoire !

Vous êtes devenue le « poil à gratter » des pêcheurs de requins… La survie des squales est-elle si importante ?

Leur rôle est vital ! Pour la mer, comme pour les hommes… Au sommet de la pyramide alimentaire, les requins participent à la bonne santé des océans et à celle des poissons. Or, les bancs de Malpelo (requins-marteaux, soyeux…) sont parmi les plus importants de la planète. Le site est donc convoité par les pêcheurs d’ailerons (shark finning) du monde entier. Je me suis battue contre cette pêche meurtrière, tout en essayant d’éduquer les pêcheurs et de faire connaître les requins à tous.

 Inspiré du pacte écologique de Nicolas Hulot, vous avez été le fer de lance du Pacte colombien pour l’environnement, l’un des premiers textes officiels pour la préservation de l’environnement en Amérique du Sud. Un grand pas pour la Colombie et pour la planète ?

La Colombie est une capitale de la biodiversité. Comme l’a rappelé Juan Manuel Santos, notre nouveau Président, « nous devons assumer ce leadership mondial ». L’Alliance pour le Pacte colombien sur l’environnement est destinée à y contribuer, à tous les niveaux.

On raconte que vous ne transigez pas avec les règlements, au point d’avoir un jour chassé un chef d’État d’une plage protégée…

C’est vrai ! Mon père dit qu’il est parfois plus facile de négocier avec la Guérilla qu’avec moi ! Un jour, il se promenait avec le Président Gaviria dans les îles du Rosaire, au nord de la Colombie, sur une plage interdite au public. Je les ai fait partir.

Vous êtes ministre de l’Environnement depuis août dernier. Personne ne conteste votre connaissance du terrain, de la biodiversité et du développement durable, mais on s’inquiète de votre inexpérience du « métier de ministre »…

Quelle est l’expérience d’un ministre ? L’important est de tracer une direction et d’être en mesure d’écouter les parties prenantes pour prendre la meilleure décision pour le pays. L’essentiel est d’œuvrer de manière éthique et dans un esprit de travail bien fait. Pour cela, il faut d’abord du bon sens, et rien de plus !

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