Rockez green ce week-end !

rockenseinefesival2013Rendez-vous musical incontournable des Parisiens férus de musique, le festival éco-responsable Rock en Seine fête cette année ses 10 ans. 60 artistes et près de 100 000 spectateurs se retrouveront les 23, 24 et 25 août dans le Domaine national de Saint-Cloud. Le site, conçu par André Le Nôtre, paysagiste de Louis XIV au XVIIe siècle, est classé monument historique pour sa végétation. Pour connaître les moyens déployés par le festival pour préserver le Domaine et notre planète, Néoplanète a rencontré son créateur, François Missonier.

 

Rock en Seine sonne le glas de l’été, sur fond de rock (Temples, The Computers), de minimale (Les frères Kalkbrenner), d’électro (Kid Noize), de pop (In the Valley Below, The Pastels), de hip-hop (Chance The Rapper) ou encore avec Fauve, collectif made in France, qui a su monter en puissance ces six mois.

Plus de pass trois jours disponible, plus de place de camping non plus, ni d’entrée journalière pour samedi ou dimanche, le festival est l’un des plus grands évènements musicaux français. « Nous défendons depuis dix ans des valeurs fortes telles que la promotion de nouveaux talents, l’ouverture artistique, l’éducation, la mise en valeur et la conservation du patrimoine, le développement durable… », peut-on lire sur leur site internet. Rock en Seine se veut donc éthique et éco-responsable. Le défit est de taille pour un festival qui accueille en moyenne 100 000 amateurs de concerts en plein air qui risquent de dégrader l’environnement qui les accueille.

Entretien avec le créateur de Rock en Seine, François Missonier

Vous attendez entre 35 000 et 40 000 festivaliers par jour. Comment gérez-vous le site ?

Missonnier-Gassian6304_MDPlus qu’un site, le Domaine se transforme en une ville le temps d’un week-end. Une ville éphémère de 40 000 habitants qui se posent pendant trois jours dans un lieu qui n’est, à l’origine, pas destinée à cela. La spécificité du Domaine national de Saint-Cloud est propre au monument. Il est impensable de ne pas le respecter. Nous avons un mois pour construire cette petite cité et notre tâche est qu’elle puisse vivre pendant trois jours. Le problème est que nous n’avons ni les moyens humains, ni financiers, de gérer une ville de 40 000 habitants. Les questions de développement durable s’appliquent à nous de manière encore plus aiguë. 

Trouvez-vous que les festivals français sont globalement bons en matière d’écologie et de développement durable ?

La démarche s’est faite progressivement mais cela fait longtemps que les festivals sont en avance.  La volonté de préservation et de respect du terrain reste la clé de voûte de nos préoccupations environnementales. Pour Rock en Seine, c’est encore différent car le lieu est chargé d’histoire. Notre première problématique est le bilan carbone. Le transport des artistes et des festivaliers joue beaucoup. Notre réel avantage, c’est d’être dans un lieu vert mais urbain, très bien desservi par les transports en commun. Je ne voulais surtout pas voir une marée de voiture arriver sur un champ vert. Nous avons misé sur un accès facile et même si notre règle d’or surprend souvent, les horaires de fin des concerts coïncident avec ceux des derniers bus, métros ou RER. Depuis dix ans, 85% des festivaliers utilisent des moyens de circulation écologiques.

Qu’est-ce qui est concrètement mis en place au niveau de l’éco-responsabilité, du développement durable et de l’éveil de la conscience écologique ?

flashandtrash Les quatre scènes consomment beaucoup et la plus grande encore plus. Il a été question de faire du solaire, mais avec la logique de spectacle que nécessite le festival, c’était trop compliqué. Des panneaux à LED sont maintenant présents sur l’une des scènes, ce qui réduit sa consommation. Nous sommes obligés de se raccorder à des sources externes amenées exprès pour le festival. Tout ça est assez lourd, il y a des travaux à faire mais nous n’avons pas vraiment le choix si l’on veut un bon rendu. Je suis prêt à investir pour pouvoir nous raccorder au réseau local, mais pour l’instant ce n’est malheureusement pas possible. Nous sommes une toute petite structure, à l’année six personnes s’occupent du festival. Nous avons essayés plusieurs solutions, mais elles se sont révélées très coûteuses ou trop techniques à mettre en œuvre.  C’est un sujet complexe et malgré notre bonne volonté on ne peut pas tout faire en même temps.

En ce qui concerne les déchets, vous gérez comment les détritus générés sur le week-end ?

Nous sommes les premiers a avoir créé le système des gobelets consignés en 2006. C’est une économie de quatre à cinq tonnes de plastique par an ! C’est maintenant une évidence en France, mais, pourtant, ça a été une révolution dans certains pays européens comme le Royaume-Unis. Des cendriers de poche sont également offerts aux fumeurs et évidemment, nous pratiquons le tri sélectif . Notre tonnage de tri est bien supérieur à celui de nombreuses villes. L’équipe de médiateurs sensibilise les festivaliers et la centaine de personnes qui travaillent à la collecte couvrent tout le site.

Vous facilitez également l’accès au festival aux personnes en situation de handicap. Comment ces initiatives se traduisent-elles ?

7898975072_ced394ea67Il est encore possible de s’améliorer. Notre politique s’axera davantage sur ce sujet cette année. Mobile en ville, une association qui tente de favoriser l’accessibilité aux roulettes (fauteuils roulants, trottinettes, poussettes…) travaille avec nous, sur le festival. Nous proposons des solutions concrètes. Nous pourrions bientôt utiliser un système de cartographies qui s’inspire des pistes de ski pour montrer les parcours à suivre sur le festival pour les personnes à mobilité réduite. Nous pensons aussi aux mal-voyants et mal-entendants : l’an prochain des boucles magnétiques seront misent en place afin de permettre aux individus appareillés d’entendre les concerts de manière optimale.

Lors de la sélection des artistes ou des groupes, est-ce que vous accordez de l’importance à leurs valeurs, leurs opinions ou leurs idéaux ?

Oui, la politique du festival valorise autant l’aspect musical que l’aspect culturel. La proposition d’une programmation, prend également en compte ce genre de choses. Et bien qu’il s’agisse de Rock en Seine, on tente d’avoir une diversité musicale. Il y a évidemment du rock mais aussi des artistes pop, hip-hop et même de l’électro. L’idée est de tenter d’enlever les œillères.

Le prix du billet jour est de 49 euros et celui du pass trois jours de 109 euros. C’est un budget conséquent pour un festival qui s’étale sur trois jours, non ?

Effectivement, c’est un point sur lequel nous réfléchissons beaucoup. Nous avons d’ailleurs des débats assez « vifs » sur le sujet. Mais je trouve que ce sont des tarifs raisonnables. Il y a quand même 5000 places disponibles à 39 euros au lieu de 49 pour les chômeurs, les étudiants ou les moins de 18 ans. 

 

Vous accueillez en moyenne 30 à 35 restaurants différents pour le festival. L’origine des produits et les modes de productions sont-ils importants pour vous ?

Les stands sont soumis à des vérifications strictes en ce qui concerne les déchets et l’hygiène. La première choses que nous avons mis en place, c’est la diversité. Nos trente à trente cinq restaurants vont du burger classique aux cuisines du monde. De plus en plus de stands labellisés bio voient le jour et c’est tant mieux puisque la demande est en hausse. Le bar à vin reste le stand pour lequel j’ai fait le plus de résistance ! Tous les vins sont bios et naturels.

Vous êtes aussi les premiers à avoir mis en place un « mini festival » pour les enfants. Qu’est-ce qui différencie le Mini Rock en Seine de la simple garderie ?

Justement, je n’avais pas envie d’une simple garde d’enfants. Je voulais proposer aux petits de six à dix ans, de découvrir leur propre festival, dans un espace cloisonné, encadré et évidemment sécurisé. C’est une sorte de festival dans le festival. Il y a une quinzaine d’ateliers. Ils peuvent se déguiser en rock star, faire de la radio et animer une émission. Certains groupes viennent aussi et les gamins s’amusent à interviewer les artistes. Il ne faut pas oublier la « boumette » qui clôture le festival. Cette initiative de « coin enfants » au sein du festival a beaucoup été reprise, on en est très contents. 

Qu’est-ce que vous espérez ou prévoyez pour l’avenir en terme d’écologie pour Rock en Seine ?

La grande nouveauté, qui est encore un peu secrète, est que nous allons travailler avec deux autres festivals français. Les Vieilles Charrues, les Eurockéennes et Rock en Seine partagent la même vision et la même passion. Mais surtout, nous avons tous les mêmes difficultés et les mêmes problèmes quant au développement durable. En 2014, nous nous pencherons tous ensemble sur ces nouveaux défis. Il est fondamental de recycler les idées. Nous avons aussi besoin de l’aide de partenaires. Au total, les trois festivals concernent trois régions et près de 500 000 festivaliers. Nous nous appelons The green alliance et je suis sûr que l’on pourra faire de grandes choses tous ensemble.

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Barbara Krief

Journaliste pour Le Plus de L'Obs, Barbara Krief continue d'écumer les festivals engagés pour Néoplanète. Retrouvez-la sur Twitter @KriefB.