Robert Redford, l’homme des bois au coeur tendre

Robert RedfordLe comédien est actuellement à l’affiche de All is lost, un film dans lequel il interprète un marin solitaire qui affronte les éléments… L’occasion de vous faire redécouvrir notre interview du réalisateur écolo de Au Milieu coule une rivière et de L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux. Entre le cinéma et la défense de ses thèmes favoris  –  la déforestation, les dangers de l’hyper-urbanisation, les Indiens – ce monstre sacré de 77 ans nous avait fait ressentir, plus que jamais, cette sève humano-environnementale monter en lui ! Extrait de Néoplanète n°18

Dans votre joli ranch, entre les feux de bois qui crépitent et l’odeur du foin fraîchement coupé, vous donnez un peu l’image – stéréotypée – de la star qui veut se couper du monde ?

Elle est un peu caricaturale à mon goût ! À vous écouter, je vivrais comme Jeremiah Johnson. Un ermite quoi !  Avec une barbe de six mois, des haillons sur le dos et me nourrissant exclusivement de lait de chèvre ! Je suis, certes, un ardent défenseur de l’écologie et je préfère humer l’odeur du foin aux pots d’échappement, mais je dispose de l’eau courante chez moi, de l’électricité, de la télé et même du téléphone ! (rires). Et je vais à New York ou à Los Angeles, non pas sur le dos d’un mulet, mais en avion comme tous le monde. Je me méfie des intégristes qui refusent le progrès en bloc. Autant essayer de stopper un rouleau compresseur avec le petit doigt ! Il ne faut pas aller à l’encontre du progrès, il faut l’accompagner !

Pourquoi avoir choisi de vivre dans un ranch en Utah ?

Parce que la densité de supermarchés et de parkings au mètre carré est y moins élevée qu’à Los Angeles. Le risque d’être assailli par la foule est donc moins important ! (rires) Plus sérieusement, je n’ai jamais été un inconditionnel d’Hollywood.  Même quand j’étais gosse, ce monde-là ne me fascinait pas. Je songeais déjà à quitter les États-Unis. Je voulais découvrir de nouveaux horizons car je n’étais pas trop heureux à San Fernando Valley (Los Angeles), cette mer de boue culturelle où je stagnais mais où je suis né et où j’ai grandi. Dans cette oligopole, j’avais la désagréable impression d’avoir une couverture sur la tête, d’étouffer, d’être entravé. En 1956, étudiant en art et après quelques temps passé dans une université du Colorado, j’ai décidé de venir à Paris afin de suivre l’enseignement des Beaux-Arts. Je rêvais de devenir un Manet ou un Miro bis ! Ce voyage fût un véritable électrochoc socio-politico-culturel. Pour la première fois, j’ai découvert mon propre pays sous un nouvel éclairage. C’est à cette époque en effet que je me suis rendu compte que certains de mes compatriotes affichaient déjà des prétentions hégémoniques. Les prémices de la mondialisation…

Vous avez déclaré un jour, je suis comme les arbres, ma peau est aussi râpeuse qu’un tronc. En revanche, à l’intérieur, je suis encore très vert…

J’ai toujours eu un amour immense pour ces « êtres » majestueux. Certains nous contemplent de là-haut, nous les hommes, depuis des centaines et des centaines d’années. Ils sont les témoins de notre évolution et de notre décadence. Malheureusement, les arbres sont aussi devenus des victimes de notre incapacité à gérer nos forêts. Aujourd’hui, je pense notamment aux pays du tiers-monde et en voie de développement qui continuent de couper, tailler, arracher ce patrimoine écologique. On pourrait se dire, nous les Occidentaux, que nous ne sommes pas concernés !  Mais nous savons que les déforestations massives et notamment celles des forêts tropicales sont responsables d’au moins 20 % des émissions de dioxyde de carbone. Cela touche donc toute la planète.

Qu’est-ce qui vous donne le plus l’envie de vous taper la tête contre les arbres ?

Je suis consterné de voir qu’un pays comme l’Indonésie, coupe ses arbres, pour planter des palmiers qui fourniront de l’huile de palme aux grands groupes agro-alimentaires ! Personne n’ignore que cette monoculture, en plus d’être nuisible pour l’écosystème, produit une huile qui est nocive pour la santé ! Les pays industrialisés sont les artisans de ces destructions massives. Nous voulons tous, par exemple, notre terrasse en teck, mais combien d’entre nous se soucient d’en connaître les origines ? Combien seraient prêt à payer 30 % de plus pour des meubles fabriqués par une société qui travaille dans le respect de la nature ?

Suite de l’interview page 2…

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Frank ROUSSEAU, grand reporter et pur produit de la mondialisation ! Elevé en partie en Afrique, au Canada, en Nouvelle Calédonie. Eduqué en France puis dans les Universités américaines, il se passionne ensuite pour l’histoire de l’art et celles de civilisations avant d’intégrer le Figaro Quotidien. Journaliste freelance, il partage désormais son temps entre l’oligopole de Los Angeles et un petit village des Yvelines…