Rencontre avec les loups

Les temps sont durs pour le loup des Alpes. Depuis son retour en France en 1992,  les meutes ont pris leurs aises, certes. Mais, dans le Parc National du Mercantour, les débats se sont enflammés autour de l’animal sauvage, au point que le loup serait parfois la proie de certains bergers. Pourtant, sa préservation est vitale pour la régulation des espèces.

Après cinquante ans d’absence, voilà un vingtaine d’années que le loup montre le bout de sa truffe sur les terres du Mercantour. Pour mieux comprendre ce retour et les enjeux liés, direction le Parc National du Mercantour, versant italien, à l’endroit même où le loup démarra la conquête de notre territoire. Dans le Piémont, la commune d’Entracque abrite le « Centro Faunistico Uomini e Lupi ». Le but ? Comprendre le loup, et non l’exposer comme dans un zoo. A l’intérieur, un musée, un point d’observation pour les touristes, situé au milieu du parc, et un centre de recherche. Le tout construit en bois, impeccablement intégré dans le paysage environnant. Ce centre innovant, qui s’étend sur près de 9 hectares, dispose des dernières avancées technologiques et permet l’observation de l’intimidant canidé, comme nous l’explique l’un des responsables du parc.

PNM – Le Loup PAD

Depuis 1992, le loup se sent bien en France. Sa population a augmenté très rapidement. Il y a 20 ans, on comptait quelques individus sporadiques éparpillés dans les vallées et massif des alpes Maritimes. On estime aujourd’hui qu’ils sont près de 180 soit 30 meutes réparties sur huit départements (Ain, Alpes-de-Haute-Provence, Hautes-Alpes, Alpes-Maritimes, Drôme, Isère, Savoie, Haute-Savoie et Var). De quoi inquiéter les bergers dans une région de tradition pastorale. Car il est vrai que les troupeaux ont payé un lourd tribu depuis le retour du carnassier. Chaque année, environ 1000 moutons disparaissent et les bergers de ce territoire restreint doivent assumer, seuls, la totalité des dégâts.

Cependant, tous les pays confrontés à l’expansion du loup n’ont pas la même politique en réponse. En Italie et en Espagne, où les populations de ce canidé sont bien plus importantes (respectivement 500 et 2000 loups), la cohabitation avec les éleveurs est réussie. Il faut dire que là-bas, on ne parle plus du coût du loup depuis que son image positive en a fait une attraction touristique très rentable. Voilà peut-être une piste à explorer….

Les loups et l’environnement

L’exemple du parc de Yellowstone aux Etat-Unis est particulièrement parlant. Depuis plus de 10 ans, des études sont réalisées. Elles commencent à livrer leurs premiers résultats. En 1995, après plus de cinquante ans de disparition, le loup est réintroduit dans le parc. Cette date correspond avec une baisse importante des effectifs de cerfs dans ce secteur. Jusqu’en 2005, un consensus arguait que les loups étaient les principaux responsables de cette disparition. Mais depuis, une étude de l’américain John Vucetich, montre qu’à cette époque les cerfs étaient plus sujets à des conditions météorologiques déplorables et victimes d’une recrudescence des chasseurs que soumis aux aléas des prédateurs. Cette étude nous montre qu’il faut prendre des précautions lorsque l’on étudie la prédation. Encore plus quand le loup est considéré comme un compétiteur de l’homme (le cas présent dans les Alpes). Il n’est pas évident que les prédateurs aient un effet tangible sur la dynamique de reproduction des proies. Pour deux raisons : la sélectivité du loup et limitation du phénomène « densité-dépendance ». Cette sélectivité du prédateur joue un rôle majeur dans l’impact sur la dynamique des populations. En effet, le loup sélectionne avec soins ses proies et s’attaque majoritairement aux éléments âgés, blessés ou malades. Des études de la moelle épinière d’une population de rennes en 2003 ont permis de dégager qu’une majorité d’individus morts avaient des pathologies et seraient morts sans l’aide de prédateurs. En chassant les malades, ils permettent aux troupeaux d’être en meilleure santé et évite les contaminations. De plus, alors que les chasses diminuent dans un premier temps l’effectif de la population, elles ont tendance à avoir un effet positif sur le taux de multiplication de certaines espèces. Cela réduit toujours plus cet effet négatif de « densité-dépendance », qui poussent certaines espèces (comme la biche et l’élan) à une primiparité (le fait d’accoucher pour la première fois) plus précoce et engendre plus de dégénérations, mentales ou physique. Les espèces sont donc en meilleure santé, plus fortes. Par ailleurs, cela à un effet positif  sur la flore de la zone géographique, c’est le cas du peuplier de Yellowstone, menacé à l’époque de l’omniprésence d’un herbivore comme le cerf.

En France, un programme de recherche « Prédateurs-Proies » a été lancé en 2004 par l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS), le Centre National de Recherches Scientifiques (CNRS), la Fédération Départementale des Chasseurs des Alpes-Maritimes (FDC 06) et le Parc national du Mercantour (PNM). Son objectif est d’étudier l’incidence de la prédation du loup sur la dynamique, le comportement et la répartition spatiale des populations de quatre espèces d’ongulés sauvages connues pour être des proies du prédateur : cerf, chevreuil, chamois et mouflon. Une louve à été capturé en juillet 2009. Les premiers résultats sont attendus en 2012…

Pour plus d’information, visitez le site du parc Uomini e Lupi

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