Raoni : « Mémoires d’un chef indien »

Il y a vingt ans, il avait fait parler de lui en débarquant à Paris en costume traditionnel, coiffé de plumes, le corps peint et un plateau de bois inséré dans la lèvre inférieure. Dans « Mémoires d’un chef indien », son dernier livre sorti le 30 avril dernier, il raconte son combat pour la défense de la forêt amazonienne, et les nouveaux dangers qui la menacent. En exclusivité sur Néoplanète, regardez vite l’interview filmée du grand chef indien Raoni.

Il y a vingt ans, Raoni a fait sensation en entreprenant un tour du monde inédit aux côtés du cinéaste Jean-Pierre Dutilleux et de Corbeau Rouge, le chef sioux nord-américain. Au cours de ce voyage, Raoni a notamment rencontré Jacques Chirac, François Mitterrand alors président, et le pape Jean-Paul II, afin de les alerter des dangers qui pèsent sur la forêt amazonienne et ses habitants, notamment les chercheurs d’or (les « garimpeiros ») qui chassent les indiens de leur propre territoire. Résultat : une victoire pour le grand chef indien qui a obtenu la délimitation du territoire du Xingu abritant la tribu des Kayapos, une zone grande comme six fois la Belgique.

Aujourd’hui, Raoni lance à nouveau un appel dans son dernier livre, « Mémoires d’un chef indien ». La forêt amazonienne est en effet menacée par le barrage hydrolique de Belo Monte sur le fleuve Rio Xingu. « Neuf millions d’hectares de forêt seront affectés », selon l’ONG Survival. En 2015, date prévue de son inauguration, il sera le troisième barrage le plus important au monde. Raoni a déjà reçu le soutien de plusieurs personnalités, comme le chanteur Sting, le cinéaste James Cameron ou encore l’actrice Sigourney Weaver. Autre source d’inquiétude pour Raoni : la déperdition culturelle. Le chef des Indiens Kapayos d’Amazonie, âgé d’environ 75 ans, exprime la difficulté de léguer les valeurs ancestrales aux jeunes générations des Xingus, attirées par les faubourgs de Brasilia.

Référence : Mémoires d’un chef indien, de Raoni avec la contribution de Jean-Pierre Dutilleux. Éditions du Rocher. 19€.

Pour comprendre les dangers qui menacent la forêt amazonienne et les tribus Xingus, découvrez quelques extraits des Mémoires d’un chef indien

Populations indigènes (p224-225) : Plus de 1000 tribus vivent dans les forêts vierges tropicales. La majeure partie d’entre elles est en voie d’extinction, luttant contre les envahisseurs qui pénètrent sur leurs terres illéga- lement. Leur disparition provoquerait la perte de tout leur patrimoine culturel mais aussi d’un savoir-faire dont le monde moderne a encore besoin aujourd’hui.

(…) Les Indiens subsistent principalement grâce à la chasse, la pêche et la cueillette (…). Les défrichements massifs voués aux plantations et aux pâturages ne permettent pas à la forêt de se régénérer. La Fondation nationale de l’Indien, la Funai, prétend que les intérêts des Indiens passent par leur intégration socioculturelle dans la société moderne. La population non indienne établie en Amazonie a augmenté de 1000 % entre le milieu des années 1950 et aujourd’hui.

Toutes les activités qui font venir des hommes en Amazonie apportent aussi des maladies contre lesquelles les Indiens ne sont pas immunisés, et l’alcool, qu’ils ne supportent pas. Malgré les promesses d’action, le gouvernement tarde à expulser les chercheurs d’or, mineurs et autres occupants illégaux des territoires indiens.

Déboisement de la forêt amazonienne (p228-229) : Le déboisement de la jungle au profit des cultures s’effectue aujourd’hui à une allure dévastatrice sous les tropiques. Pratiqué essentiellement par de pauvres paysans, il est aujourd’hui la principale cause de destruction de la forêt au Brésil. Environ 52 000 km2 de forêt vierge disparaissent ainsi chaque année.

On dit souvent que c’est la surpopulation qui est la cause première de ces implantations agricoles dans les forêts vierges du tiers-monde, alors qu’elles s’expliquent bien davantage par la répartition inéquitable des terres cultivables – un très faible pourcentage de la population possède une très forte proportion des terres (…). L’exploitation du bois à des fins commerciales est la seconde explication du déboisement de la forêt tropicale. La majeure partie de ce bois est utilisée pour du bois de chauffage ou la production de charbon de bois car l’exploitation est plus rentable en forêt vierge qu’elle ne l’est dans une forêt de type secondaire.

Les conséquences de la déforestation (p232) : Les espèces végétales disparaissent lors de déforestations. Cela pose un réel problème pour la biodiversité végétale car les espèces ne se reproduisent plus (…). Depuis quelques années, les conditions climatiques de la forêt vierge amazonienne se modifient: un phénomène de sécheresse a été observé au-dessus de la forêt et les précipitations sont plus violentes qu’avant.

Soja (p230) : (…) Si les terres indigènes ne sont pas délimitées, les cultivateurs de soja tentent de se les approprier illégalement. Les géants agroalimentaires amadouent le cultivateur en lui offrant tout ce dont il a besoin – crédits bon marché, semences, pesticides – et lui garantissent l’achat de sa production (…)

Elevage bovin (p227) : L’élevage est devenu avec le soja, le principal moteur de la déforestation. Il est responsable de près de 80 % de la déforestation et à l’origine de 14 % de la déforestation annuelle de la planète. Le Brésil est plus grand exportateur de bœuf au monde. En dix ans, le volume des exportations de bœuf et de veau du Brésil a été multiplié par six (…).

 

Petit dictionnaire Xingu

Kritako : « l’homme au nez en lame de couteau », nom donné à Jean-Pierre Dutilleux par les Indiens kayapos.

Xingu : groupe de seize tribus indiennes, qui vivent sur le cours supérieur du rio Xingu, affluent de l’Amazone, dans l’État fédéral brésilien du Mato Grosso. Durant des siècles depuis la pénétration en Amérique du Sud par les Européens, ils ont fui les différentes régions où ils étaient établis pour échapper à la modernisation et la désassimilation culturelle. Jusqu’au milieu du XXe siècle, ils ont été décimés par différentes maladies telles que la grippe, la rougeole, la variole et la malaria. Le nombre d’Indiens du Xingu réparti dans trente-deux villages a augmenté récemment, pour atteindre plus de 3000 habitants, dont la moitié est âgée de moins de quinze ans.

Labret : plateau de bois léger que les Kayapos insèrent dans leur lèvre inférieure depuis la nuit des temps. Ce plateau labial en bois de balsa, pouvant mesurer jusqu’à vingt-cinq centimètres de diamètre, élargit la taille de la lèvre inférieure. Chez les Indiens, cet ornement signifie que celui qui le porte est prêt à mourir pour sa terre. Il est ainsi symbole de courage et de force invincible.

Urucum (ou rocouyer) : plante endémique d’Amazonie traditionnellement utilisée par les Indiens pour faire des peintures corporelles mais aussi se protéger du soleil et des moustiques. La couleur de la plante leur a valu le nom de « peaux-rouges ».

Kuarup : rituel ancestral des peuples indigènes du Brésil. La cérémonie vise à rappeler la vie des ancêtres au travers de la danse, de la lutte et de la musique. Sa représentation est symbo- lisée par un tronc d’arbre d’environ 1,50 m, orné de plumes et d’autres éléments appartenant au défunt. Elle consiste en une nuit de pleurs et d’incantations pour libérer l’esprit des morts avant de les honorer avec des joutes de lutte huka-huka, à la suite desquelles les esprits des morts partent enfin pour le village dans l’au-delà.


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