Ralentir, il y a urgence !

Comment se déformater d’une société du « toujours plus, toujours plus vite » pour rejoindre les réseaux qui prônent un rythme social plus lent ? Voici quelques pistes pour un quotidien plus cool.

Par Pascale d’Erm, avec Françoise Latour et Yolaine de la Bigne

1) Faire des choix
La lenteur est d’abord une stratégie de déconditionnement. Pour Carl Honoré, auteur de L’Éloge de la lenteur (Ed.Marabout), l’enjeu est de s’exercer au « changement de vitesse » par paliers. Concrètement, il s’agit de faire un tri dans sa vie. en rusant avec les contraintes « mangeuses » de temps : acheter sur Internet, se faire livrer, proposer un apéritif dînatoire plutôt qu’un dîner,  congeler les repas de la semaine en cuisinant le dimanche et ne sortir toute qu’un soir par semaine… À chacun ses priorités : ralentir, c’est choisir !

2) Dé-bran-cher !
La technologie a poussé la vitesse à son comble, jusqu’à l’instantanéité, presque l’ubiquité. Les nouveaux outils de communication (smartphones, mails, ordinateurs portables, etc.) nous ont rendu « multitâches ». Pas moins de 46 % des salariés français doivent régulièrement abandonner ce qu’ils font pour une tâche encore plus urgente (1) alors que les cadres doivent interrompre leur travail environ toutes les 10 minutes pour répondre à un appel, un courriel ou un fax (2). Un morcellement du travail qui nuit à la concentration.

Quelles solutions ? Débrancher le téléphone une heure par jour pour traiter les priorités et accepter de déléguer permettent de gagner un temps précieux. A découvrir aussi : le PDA (assistant personnel numérique regroupant courrier électronique, agenda, navigateur Web,) que l’on fermera une fois les tâches accomplies. Chez soi, on pourra renoncer à la TV pendant les repas, à l’ordinateur pendant les congés et réduire ses échanges sur Facebook. Jusqu’à s’accorder des journées sans montre en prenant le temps de lire, flâner, rêver….
(1) Étude SUMER du ministère du Travail sur les nuisances au travail.
(2) Enquête de la société d’études Gallup en G-B, USA, Allemagne.

3) Maîtriser sa mobilité
Un salarié parcourait trois kilomètres par jour en moyenne dans les années 1960, contre une trentaine aujourd’hui. Évitez la voiture et les embouteillages puis valorisez votre temps dans les transports pour lire, écrire, envoyer des SMS, ou écouter de la musique. Vous pouvez aussi demander à votre employeur une journée de télétravail à domicile. Enfin, pensez à lister les lieux proches de chez vous où vous pourrez vous rendre à vélo ou à pied.

4) Fuir les stressés


Dans votre entourage, éviter les angoissés dont le stress est communicatif, en expliquant que vous sortirez un peu moins, rentrerez plus tôt, etc. Pensez aussi à vous rapprocher du mouvement « Slow » (3) qui essaime dans tous les domaines (cuisine, design…) et divulgue témoignages, conseils et échanges pour retrouver le plaisir de la lenteur.
(3) www.slowfood.fr, www.slowmovement.com, www.slowdownlondon.co.uk

5) « Laisser vivre » nos enfants…
Les multiples cours de piano, foot et rattrapage scolaire entraînent les familles dans une spirale infernale. Cette hyperactivité nuit au développement personnel des enfants, démontre Carl Honoré dans son Manifeste pour une enfance heureuse (Éd.Marabout, 2009). Les psychiatres le répètent : les enfants ont besoin de temps libre pour développer leur imaginaire. À Harvard, les critères de sélection intègrent désormais l’évaluation du potentiel créatif !

6) Lâcher prise
Lutter contre le perfectionnisme culpabilisateur (maison impeccable, repassage hebdomadaire impératif,…) et se demander toujours si tel geste ou telle résolution sont vraiment essentiels. Adopter toutes activités (jardinage, marche, cuisine, escalade,…) qui font expérimenter une conception du temps, plus fluide. Accessibles à tous, les techniques du « lâcher prise » facilitent aussi la décélération : yoga, sophrologie, marche dans la nature, chi gong (gymnastique chinoise qualifiée de « méditation en mouvement »), méditation, etc.

7) Opter pour des sejours « Slow »
À quoi sert de ralentir si le temps des vacances redevient trépidant ? Randonnée, balades à vélo, équitation… tous les moyens sont bons pour casser le rythme jusqu’au « Slow Travel » (4), des séjours privilégiant contemplation, découverte des paysages et des hommes et art de vivre.
(4) www.klikango.com, www.voyageons-autrement.com/slow-travel.html

8) Visiter les « villes lentes »
Lancé en 1999, le réseau des Città Slow (5) est né dans la foulée de Slow Food. Il compte une centaine de villes moyennes dans le monde (Suisse, Canada, Allemagne, Corée, Italie,…) engagées dans les transports alternatifs, favorisant le commerce local, l’agriculture biologique et le tourisme alternatif. En France, la première à s’être portée candidate est Segonzac, dans le Sud-Ouest. En attendant de les découvrir, on peut aussi décider de vivre la ville autrement : marcher pour aller au bureau, opter pour des loisirs plus faciles (nocturnes de musée, piscines ouvertes le soir…).
(5) www.cittaslow.net

9) Consommer moins
La prise de conscience de notre fébrilité consumériste sera l’un des aspects positifs de la crise économique ! Se poser la question : « J’en ai vraiment besoin ? » et l’expliquer aux enfants. Eviter les week-ends dans les magasins pour lutter les tentations inutiles, faire des listes de courses plutôt que de flâner entre les rayons, privilégier les petits magasins aux immenses centres commerciaux… Bref, redonner du sens à nos achats qui doivent rester utiles et non devenir un loisir.

10) Faire sa « grande pause »
Textes de lois votés à tour de bras, décrets qui ne suivent pas, débats citoyens sur des sujets majeurs (OGM, environnement…) qui passent à la trappe… la vitesse nuit à la démocratie ; loin du rythme des Sioux qui envisageaient l’incidence de leurs décisions sur sept générations ! Pour Patrick Viveret (6), philosophe et conseiller à la Cour des comptes, il est temps de lancer la « Grande Pause » pour  refuser le culte de l’urgence, évaluer notre impact sur la planète et changer de direction. Particuliers, entreprises, administrations peuvent tous s’approprier le concept – proposé en « logiciel libre » – et rejoindre le réseau pour diffuser l’idée et organiser des manifestations avec d’autres réseaux écolos et sociaux, à l’exemple de « l’Earth Hour (7) » en 2010.
(6) www.lagrandepause.net
(7) www.earthhour.fr

 

Pour en savoir plus :
Vivre (plus) lentement, Pascale d’Erm, éditions Ulmer
La Dictature de l’immédiateté,Stéphen Kerckhove, éditions Yves Michel.
Le Futurisme de l’instant, Paul Virilio, Galilée.
Accélération, une critique sociale du temps, Hartmut Rosa, La Découverte
Trop vite, pourquoi nous sommes prisonniers du court terme. Jean-Louis Servan-Schreiber, Albin Michel.

Article extrait du numéro 15 de Néoplanète

 

Tweet about this on TwitterShare on FacebookShare on Google+Pin on PinterestEmail this to someone