Quel est l’impact psychologique du spectacle de la corrida sur les enfants ?

A l’heure où la tauromachie a été déclarée conforme à la constitution dans les régions où elle fait l’objet d’une tradition ininterrompue, il est légitime de s’interroger sur l’impact psychologique d’un tel spectacle sur les plus jeunes.

Rafael "Rafita" Mirabal, le plus jeune Torero du monde. corrida enfant
Rafael « Rafita » Mirabal, le plus jeune Torero du monde.

Voici l’analyse du psychiatre Daniel Zagury, suivi d’un texte du professeur Hubert Montagner, spécialiste du comportement des enfants, et membre du Comité d’honneur de la Fédération des luttes pour l’abolition des corridas (Flac).

EXTRAIT DE « L’EXPRESS« 

Le psychiatre Daniel Zagury, expert auprès de la Cour d’appel de Paris, a travaillé lors des procès de Guy Georges, Patrice Allègre ou encore Michel Fourniret. Il analyse pour L’Express le profil de Luka Rocco Magnotta, le tueur canadien qui a tué et démembré des êtres humains.

A la lumière de votre expérience, qu’est-ce qui a pu déclencher, chez Luka Rocco Magnotta, une telle cruauté ?

« Je note qu’on retrouve dans son passé une donnée assez fréquente chez les tueurs en série : la violence à l’égard des animaux. C’est ce que j’appelle le travail psychique du crime. C’est la façon dont le sujet en question va s’entrainer à devenir un « monstre », c’est-à-dire une personne totalement indifférente aux sentiments, une sorte d’endurcissement.

Si je parviens à tuer des animaux, je passerai ensuite à l’homme. Mais il y a une dimension supplémentaire chez lui car il a pris à témoin le monde entier en lui disant: « Je suis insensible à la souffrance, aux sentiments, aux émotions et je vous le montre. Vous souffrez quand vous regardez ces images, moi non, car je suis sorti du cadre humain commun. »

Si on montre aux enfants un spectacle cruel où un animal souffre comme le spectacle de la corrida, l’enfant peut se construire en éliminant l’empathie ou la pitié envers l’animal, il restera insensible à la vue du sang et de la souffrance, ce qui est malsain, car il pourra alors transférer ce sentiment sur les êtres humains au courant de sa vie.

L’apologie de la chasse faite par la visite des chasseurs dans les écoles contribue à faire de nos enfants des êtres sans pitié, et ensuite on aura beau dire que notre société devient violente, on aura contribué largement par de telles pratiques à former une jeunesse sans cœur. L’image d’un homme armé d’un fusil parcourant la campagne à la recherche d’animaux innocents fait penser à la guerre, et là où un enfant devrait apprendre à aimer toute vie, il apprend à faire mal…Tous les psys sont unanimes, c’est extrêmement préjudiciable.

La non violence s’apprend dès le plus jeune âge. Nous avons donc la société que nous méritons. »

 

En page suivante, le professeur Hubert Montagner estime que la corrida « est une forme de violence néfaste pour l’enfant ».

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