Protéger les tortues marines : lentement mais sûrement

Saviez-vous qu’il est possible d’observer, chaque année, sur les plages de Guadeloupe et de Guyane, les tortues marines qui viennent pondre ? Or, pour survivre, ces animaux doivent braver de nombreuses menaces. Zoom sur les actions les associations qui se mobilisent pour leur préservation.

1) L’emblématique tortue luth

Il s’agit de la tortue marine la plus grosse du monde. En effet, elle pèse environ 400 kg (certaines peuvent même atteindre 800 kg !) et mesure jusqu’à 1,60 m. Elle pond tous les deux ou trois ans et, pour l’occasion, peut venir douze fois sur les plages. Dans l’eau, elle se nourrit essentiellement de méduses, qu’elle confond parfois avec des sacs plastique. Sans parler de la récolte illégale de ses œufs et des attaques de chiens errants qui menacent également la survie de cette espèce, malheureusement classée en danger critique d’extinction (CR) sur la liste rouge de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature). Bonne nouvelle, toutefois: la tortue luth de Guyane apparaît comme l’une des populations les mieux préservées au monde, grâce aux efforts conjoints du Parc naturel régional de Guyane et du bureau local du WWF, depuis 1998. En effet, chaque année, environ 10 000 pontes de tortues luth sont enregistrées en Guyane française.

2) Baguage d’une tortue verte

Son poids est d’environ 180 kg et elle mesure jusqu’à 1 m. Particularité : sa tête est plus petite que le reste de son corps. Une fois adulte, elle ne mange que des algues. Sa plus grande saison de ponte se déroule entre février et juin, tandis que la tortue luth, elle, pond d’avril à juillet. Tous les ans, un grand nombre de bénévoles se mobilisent pour compter les tra- ces de tortues sur les plages, les baguer et sensibiliser les habitants et les touristes à leur protection. Ce travail est coordonné par l’association Kap’Natirel, en Guadeloupe, et par l’association Kwata, en Guyane.

3) Pose d’une balise Argos

Les balises Argos permettent de suivre le parcours des tortues marines dans les océans du globe. Elles renseignent sur le temps et la profondeur de leur plongée, ainsi que sur la température de l’eau. Mais la pose d’une balise Argos coûte cher, 5 000 euros pour une durée de vie limitée à quelques mois. C’est pourquoi les bagues métalliques sont plus courantes. À 80 centimes d’euro l’unité, leur prix est imbattable ! Malheureusement, elles ne permettent pas d’obtenir des informations aussi précises. Le contrôle des bagues sur les sites de ponte informe sur la fidélité des tortues marines à ces lieux et la fréquence de leur cycle de ponte.

4) Menace mortelle au fond de l’eau

Bien que les tortues marines de Guadeloupe soient des espèces protégées depuis 1991, les filets de pêche installés au fond de l’eau constituent toujours pour elles un sérieux danger. Sur la photo ci-contre, une tortue a été accidentellement capturée dans une folle, un filet à larges mailles servant à attraper de gros poissons de mer, le matériel de pêche le plus problématique aux Antilles. Posés en toute légalité, ils peuvent entraîner la mort de l’animal. « Une tortue marine tient quinze à vingt minutes en apnée quand elle s’alimente. Mais, emprisonnée dans un filet, elle s’affole, et il faut intervenir très rapidement, avant qu’elle ne s’évanouisse », explique Guilhem Santelli, chargé de mission au sein de l’association Kap’Natirel. Celles prises au piège dans les filets réussissent parfois à s’en échapper, mais, bien souvent, avec un hameçon dans la bouche.

5) Les pêcheurs au secours des tortues marines

En Guyane, les tortues marines sont souvent victimes des filets des chalutiers de pêche à la crevette dans lesquels elles restent prisonnières. Depuis 2009, une collaboration fructueuse entre le Comité des pêches de Guyane, le bureau local du WWF et l’Ifremer a permis de doter les bateaux d’un nouveau type de filet, le TED (Turtle Excluder Device). Celui-ci permet de diminuer de 25 à 40 % les prises accessoires dans le total des prises globales. Tortues, requins et raies sont ainsi épargnés. Et le travail de tri des pêcheurs est moins pénible. En 2010, ce dispositif a été rendu obligatoire.

Article extrait du magazine Néoplanète n°29 de mai 2012.

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