Près de 90 espèces d’oiseaux menacées en France

Sur les 568 espèces d’oiseaux recensées en France, 73 espèces de nicheurs et 15 espèces migratrices sont actuellement menacées. C’est le bilan alarmant que dressent le Comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et le Muséum national d’Histoire naturelle avec la Liste rouge nationale des espèces menacées.

Depuis 2007, l’UICN et le Muséum national d’Histoire naturelle élaborent ensemble la Liste rouge des espèces menacées en France, une liste qui présente les risques de disparition des espèces végétales et animales qui se reproduisent sur notre territoire.

Cette année, le bilan est alarmant : 26% des espèces d’oiseaux nicheurs sont menacées, soit 73 espèces qui viennent s’ajouter aux 42 « vulnérables », aux 20 « en danger » et aux 11 « en danger critique ». Les organisations rappellent ainsi que la population de Râle des genêts, classée « en danger », a diminué de 50 % en dix ans, notamment à cause de la disparition des prairies alluviales. Autre exemple cité : la Pie-grièche à poitrine rose, classée « en danger critique », qui ne compte plus que 30 à 40 couples aujourd’hui sur le territoire.

« La baisse globale des effectifs, y compris chez des espèces non menacées, s’explique principalement par l’intensification des pratiques agricoles, avec la régression des prairies naturelles et l’utilisation de pesticides qui affectent les insectes dont se nourrissent les oiseaux », souligne Florian Kirchner, chargé de programme espèces au comité français de l’UICN.

Le constat n’est pas meilleur du côté des oiseaux migrateurs : 15 espèces sont menacées. En cause : la dégradation des milieux humides qui perturbe les haltes migratoires d’oiseaux comme le Phragmite aquatique (« vulnérable ») ou le glissement des aires d’hivernage de certaines espèces vers le Nord comme la Macreuse brune et le Cygne de Bewick (« en danger »), désormais observés en très faibles effectifs.

L’UICN et le Muséum national d’Histoire naturelle ajoutent que « les pollutions dues aux hydrocarbures et la réduction des ressources alimentaires liée au changement climatique affectent les oiseaux marins, comme le Pingouin torda et le Macareux moine. Les tirs au fusil et l’empoisonnement par des appâts toxiques menacent les rapaces, pourtant protégés, comme le Milan royal. »

Au-delà de ce constat inquiétant, les organisations rappellent que les efforts de conservation portent leurs fruits, notamment pour la protection des rapaces, des hérons et des oiseaux coloniaux ou pour certaines espèces d’oiseaux d’eau dans les zones humides protégées.

Préserver les oiseaux nicheurs, c’est conserver leurs milieux en achetant des terrains ou en demandant aux agriculteurs de maintenir les parcelles en prairies. C’est aussi réintroduire des espèces comme le Vautour fauve, réapparu dans les Cévennes dans les années 1990 et désormais implanté dans 3 ou 4 sites. Enfin, c’est favoriser l’abandon des pesticides, comme le DDT (dichlorodiphényltrichloroéthane), produit qui amincissait les coquilles d’œuf des Faucons pèlerin et les rendaient fragiles.

Pour les oiseaux migrateurs, les organisations instaurent une coopération internationale pour la protection des sites de migration via un baguage de l’oiseau. Le Phragmite aquatique fait par exemple l’objet d’un suivi : il se reproduit en Pologne, survole certains fleuves français et part hiverner en Afrique tropicale.

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