Pourquoi les chevaux disparaissent en Roumanie ?

cod_gabrielLa motorisation de l’agriculture et une loi interdisant les attelages sur les routes nationales expliqueraient la disparition progressive du cheval dans les campagnes roumaines mais pas forcément de sa transformation sous forme de lasagnes.

 

 

Il y avait encore 834.000 chevaux en Roumanie en 2006 mais il n’y en avait plus que 610.000 en 2011, selon la FAO, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). En 2013, ce chiffre serait tombé sous la barre des 500.000. La loi interdisant la circulation des attelages sur les routes principales  a été adoptée en 2008 sous prétexte que les attelages auraient été responsables de 10% des accidents de la route. A l’époque, la BBC avait évoqué un « coup de poing dans le plexus solaire du monde paysan » roumain. Mais les routes secondaires sont restées praticables pour les charrettes. Un tel changement du code de la route n’est certes pas applicable du jour au lendemain mais ses effets sont maintenant tangibles quoique la motorisation de l’agriculture soit également considérée comme responsable de cette disparition progressive des équidés. Le partage des responsabilités est difficile entre les tracteurs et le code de la route mais cela n’explique en aucune manière le trafic de viande via des traders chypriotes et néerlandais pour aboutir dans plusieurs pays européens dont la France, les Pays-Bas, la Grande-Bretagne, l’Irlande et la Suède. D’autant que les prix de la viande ne diffèrent pas beaucoup selon les pays européens. Jusque dans les années 70/80, il y avait de très nombreux chevaux de trait dans les pays d’Europe orientale, en particulier la Pologne. Aujourd’hui, et depuis l’entrée de ces pays dans l’Union européenne, le niveau de vie s’est élevé et les agriculteurs ont peu à peu abandonné leurs chevaux sauf quelques passionnés.

PilOutre son goût et la question culturelle, la seule différence entre la viande de cheval et de bœuf tient à la qualité de l’élevage et à la nourriture sauf bien sûr s’il s’agit d’animaux ayant subi des traitements comme la phénylbutazone, un anti-inflammatoire parfois utilisé pour soigner des chevaux mais qui ne doit pas entrer dans la chaîne alimentaire humaine. Or des traces de phénylbutazone ont été décelées dans des carcasses de chevaux (anglais et non roumains) abattus au Royaume-Uni dont plusieurs sont entrées en France. Mais il ne s’agissait pas de chevaux d’origine roumaine.

À l’échelle mondiale, l’hippophagie est en augmentation et 4,7 millions de chevaux par an sont destinés aux pays les plus consommateurs – dont plus de 300.000 en France. Elle est souvent interdite dans les pays anglo-saxons, ce qui n’empêche pas ces pays, en particulier les Etats-Unis, d’exporter en Europe de grandes quantités de chevaux de réforme.

 

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Yves Leers

Journaliste spécialisé dans les questions d’environnement (AFP), conseil en développement durable (L’Atelier du climat), ex responsable de la communication et de l’information de l’ADEME.