Pollution de l’air : quelles solutions ?

Après plusieurs épisodes majeurs de pollution à Paris, des mises en demeure de la Cour européenne de justice, divers plans d’urgence,… où en est-on sur la pollution de l’air ? Sebastien Vray, fondateur et porte-parole de l’association Respire, fait le point pour la fondation GoodPlanet.

Pixabay Licence: CC0 Public Domain
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Pollution de l’air en France : où en est-on ?

D’une manière générale, la pollution de l’air baisse parce que les émissions industrielles reculent et parce que les motorisations s’améliorent, avec les essences sans plomb, les pots catalytiques et les filtres à particules pour les véhicules, avec les carburants sans soufre pour les avions

Mais dire que c’est mieux, ce n’est pas dire que c’est bien. Et surtout, on ne peut pas s’arrêter à ces considérations générales, car ce qui importe, ce ne sont pas les niveaux absolus, mais l’exposition des personnes au quotidien.

Or, les associations agrées de surveillance de qualité de l’air (AASQA) nous alertent sur le nombre élevé de personnes qui respirent un air non conforme à la réglementation. Selon AIRPARIF, il y en aurait 3 millions sur la seule région parisienne ! Et selon un rapport récent, il y aurait 14 agglomérations françaises qui n’auraient pas pris les mesures nécessaires pour lutter contre la pollution de l’air.

La situation reste préoccupante pour ceux qui habitent près des sources de pollution ou dans des cuvettes, ceux qui résident près des zones industrielles, près des aéroports, dans les villes de manière générale (pollution liés aux transports, à la combustion de bois ou au chauffage au fioul) ou près des voies de circulation automobile. Dans certains petits villages situés sur des axes routiers, il y des bouchons en permanence.

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Quel est le rôle du diesel dans cette pollution ?

Pixabay Licence: CC0 Public Domain
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Les moteurs diesel émettent davantage de molécules toxiques. Et notamment des particules fines.

Pour les particules fines (le nuage noir que l’on voit derrière certains pots d’échappements), plus elles sont fines plus elles rentrent dans les poumons et plus elles sont dangereuses. Car elles pénètrent plus profondément. De plus, elles agrègent les polluants qu’elles emmènent donc jusque dans nos poumons.

Déjà en 1984, un rapport parlementaire commandité par les ministères de la santé et de l’environnement avait alerté sur les dangers du diesel. Le problème n’a rien de nouveau et les constructeurs (et Peugeot en particulier) ont mis au point technique pour y remédier, les filtres à particules (FAP). Mais il y a deux problèmes.

Le premier est que nous doutons de leur efficacité. En effet, les FAP éliminent effectivement l’essentiel de la masse des particules. Mais ils ciblent davantage les grosses particules que les petites : celles qui font moins de 1 um, qu’on appelle parfois ultrafines. Or ce sont ces dernières qui sont les plus dangereuses. Donc l’efficacité sanitaire des filtres est douteuse.

Le second est que les FAP rejettent d’avantage d’une autre molécule toxique : les NO2. C’est donc une fuite en avant, puisque s’agit désormais d’atténuer les émissions de NO2. Pour nous, au final, le diesel est donc une impasse technologique.

A cela s’ajoute que ces filtres à particules ne sont obligatoires pour les diesels que depuis 2011. Ainsi, l’âge moyen du parc automobile et sa vitesse de renouvellement sont deux paramètres fondamentaux de santé publique. Et on sait qu’avec la crise, les automobilistes renouvellent moins leurs véhicules.

Quelles solutions préconisez-vous ?

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Il y a de multiples moyens d’action. Mettre en place des ZAPA Zones d’Actions Prioritaires sur l’Air, faire appliquer la réglementation avec plus de contrôle sur les rejets automobiles, réduire le différentiel de taxe entre l’essence et le diesel, lancer une grande campagne pour l’incitation au vélo, ou de manière radicale interdire les diesels.

Mais il ne faut pas oublier qu’il existe de nombreuses autres sources d’émission : il y a encore trop d’usines qui ne sont pas conformes – et il n’y a pas assez de moyens pour la police de l’environnement.

Le problème des feux de cheminées est réel, mais le chauffage résidentiel et tertiaire avec les chaudières collectives au fioul) sont tout encore plus nocifs. Il faut isoler les logements pour réduire les émissions ; bref, pour citer Jeremy Rifkin : il faut réapprendre à faire du feu.

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Globalement, on va dans la bonne direction mais la transition se fait au niveau des villes plus qu’aux niveau des États.

Et sur ce point, il existe une innovation non seulement technique mais aussi politique. Les collectivités tout autour de la planète portent des solutions qui bénéficient à tous et les échangent leurs bonnes pratiques en matière de développement durable.

Propos recueillis par Olivier Blond, également membre du CA de Respire.

Retrouvez toute l’interview sur le site de la fondation Goodplanet

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