Polémique de Roland-Garros : le vrai du faux

La Fédération Française de Tennis (FFT) va-t-elle détruire les serres d’Auteuil pour son projet d’agrandissement ? Entre les mensonges des uns et les affirmations inexactes des autres, ceux qui enjolivent le tout, ceux qui vous raccrochent au nez si la question est trop gênante, et les autres qui n’acceptent de parler qu’anonymement… on comprend à quel point l’enjeu est devenu politique.

Court Philippe Chatrier - 1er tour de Roland Garros 2010 - tennis french open

Quatre ans après le lancement du projet d’agrandissement de Roland-Garros par la FFT, celui-ci vient d’être accepté par l’Etat, au nom de Manuel Valls. Il vise à annexer une partie du jardin botanique des serres d’Auteuil, classé Monument Naturel. Ce projet soulève donc la colère de certains comme Europe Écologie Les Verts, des amoureux du patrimoine et de nombreux français touchés par ce lieu à la fois grandiose et vulnérable. Une pétition « Sauvons les serres d’Auteuil », lancée en octobre 2010, rassemble près de 76 600 personnes.

Pourquoi faire le choix d’annexer une partie des Serres d’Auteuil ?

Un projet alternatif pour l’agrandissement de Roland-Garros existe : la couverture de l’autoroute A13. Une étude conforte sa faisabilité mais « ce projet ne répond pas au cahier des charges de la FFT, l’investissement est aussi plus élevé, mais ce n’est pas la première raison », nous explique Jean-François Martins, adjoint au sport et au tourisme de Paris. Le principal problème avec ce projet est qu’il ne permet pas d’accueillir plus de spectateurs dans de meilleures conditions, alors que c’est la priorité numéro un du projet de la FFT.

À la place des serres techniques, un nouveau court de 5000 places semi-enterré et bordé de nouvelles serres va donc être construit, tandis que l’habituel court numéro un sera détruit, afin d’améliorer la circulation des spectateurs sur le site.

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Les grande serres ne seront pas détruites

Edifiées en 1898 par Jean-Camille Formigé, les grandes serres ne risquent rien. De même pour le jardin orné d’une fontaine de Jules Dalou et de mascarons d’Auguste Rodin. Seules les petites serres techniques non classées seront détruites pour être remplacées par une grande serre en verre.

Une partie de la collection horticole sera détruite

« On va détruire des collections botaniques qui sont exceptionnelles et uniques au monde », accuse Yves Contassot, conseiller de Paris et membre d’EELV. Les serres prévues à la destruction abritent en effet une vaste collection horticole. EELV craint que la collection soit altérée pendant la durée des travaux, « surtout que chaque déplacement les fragilise beaucoup ».

Pourtant, la Direction des Espaces Verts et de l’Environnement de Paris (DEVE) se montre optimiste : le projet, impliquant le stockage des plantes durant la durée des travaux et leur réaménagement ensuite, a été approuvé sans bémol par une expertise extérieure du Museum National d’Histoire Naturelle. L’un des botanistes au cœur du projet, surpris par les propos d’EELV, semble même vexé : « Ce qu’ils disent c’est comme s’ils me disaient que nous n’étions pas professionnels, je ne comprends vraiment pas ! Tout ce que nous voulons c’est enrichir nos collections… ». Dans le cadre de ces changements, une mise en valeur des collections sera aussi mise en place pour permettre au public de mieux voir les plantes et de mieux comprendre le monde végétal.

Enfin, alors que certains arguent le fait que la nouvelle serre ne répondra pas aux conditions bioclimatiques nécessaires à la préservation des collections horticoles, l’architecte du bâtiment est clair : « nous aurons les meilleures conditions possibles dans la nouvelle serre, et la gestion des températures et de l’hydrométrie sera bien supérieure à celle d’aujourd’hui ».

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L’espace publique va devenir un lieu privatisé

Le second point noir selon EELV est la privatisation du jardin : « On ne voit pas pourquoi un jardin public serait privatisé pour des joueurs qui sont là 15 jours par an, il vaut mieux que ce soit ouvert au public toute l’année ». À cela, Alain Riou, directeur général adjoint de la FFT, nous explique qu’une seule partie du Jardin est concernée et ce, « pendant la durée du tournoi et la durée de montage et de démontage, soit six semaines ». Quant au reste de l’année, « le jardin restera complètement ouvert au public. Seules la surface du court construit dans les serres et la surface des bâtiments en meulières seront privatisées par la fédération. Mais ces espaces seront tout de même ouverts au public dans le cadre de manifestations culturelles et pédagogiques », assure M.Riou.

Un dialogue de sourds semble s’être installé entre opposants et défenseurs. L’histoire est manifestement empreinte d’émotion du côté de certains opposants, déjà nostalgiques d’un lieu qui leur est cher. Après le barrage de Sivens et l’aéroport de Notre-Dame des Landes, serait-ce au tour des jardins des serres d’Auteuil de devenir une nouvelle ZAD, ou plutôt JAD (Jardin à Défendre) ?

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Passionnée par le cinéma documentaire et l'environnement, Alexandra a choisi le journalisme par vocation. En grande optimiste et végétarienne convaincue, elle espère un avenir meilleur pour le monde. Chaque petite voix compte... la sienne aidera peut-être à améliorer les choses en donnant les informations nécessaires à la réflexion !