Quelle époque éthique !

Violence conjugale : les médias accusés de « mots qui tuent »

Aujourd’hui, Jacqueline Sauvage devrait être fixée sur sa demande de libération conditionnelle. Demain, c’est la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. Focus sur le traitement des violences conjugales dans les médias.

Écoutez Yolaine de la Bigne derrière le micro de Sud Radio ! Retrouvez-la chaque matin à 6h10 et 7h22 du lundi au vendredi, dans « Quelle époque éthique », une chronique à télécharger :

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C’est aujourd’hui que Jacqueline Sauvage devrait être fixée sur sa demande de libération conditionnelle. Or demain, le 25 novembre, c’est la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes.

Hasard du calendrier sans doute mais cela tombe très bien. Jacqueline Sauvage est en effet devenue en France le symbole de la lutte contre les violences conjugales. Petit rappel : elle a tué son mari violent à coups de fusil le 10 septembre 2012. En 1ère instance en octobre 2014 comme en appel en décembre 2015, elle a été condamnée à 10 ans de réclusion. Un procès qui a suscité de nombreuses protestations et pétitions pour demander la grâce présidentielle, accordée par François Hollande en Janvier ce qui permet à la condamnée de demander une libération conditionnelle immédiate. Que, nouveau rebondissement, le Tribunal d’applications des peines a rejetée en août. Jacqueline Sauvage a fait appel et on attend la décision aujourd’hui.

Les réactions viennent de l’ampleur du problème de la violence conjugale !

220 000 femmes par an en moyenne selon le Ministère de l’intérieur et en 2015, 122 femmes décédées sous les coups de leurs conjoints. Des faits divers souvent qualifiés par la presse de « crimes passionnels », expression qui ne correspond à aucun crime pris en compte par le code pénal comme le dénonçait, entre autres, le collectif « Prenons la Une » lors d’un colloque la semaine dernière auquel participait Laurence Rossignol, Ministre des droits de la femme. Ce collectif écrivait dans Libération : « La passion, c’est ce qui nous dépasse. Le drame évoque l’accident et occulte la violence. A chaque fois qu’un ou une journaliste utilise ces termes, c’est l’argumentaire du meurtrier qui est retenu. La version de la victime ? Elle n’est plus là pour raconter ». Sophie Gourion, journaliste et blogueuse, parle « des mots qui tuent » et commente dans les Inrocks que cela «  romantise l’horreur du crime. Le meurtrier n’est plus un homme violent mais presque un héros de roman… ». De quoi nous faire réfléchir avant de tremper nos plumes dans l’encre des lieux communs.

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Emilie Villeneuve

Sa licence de journalisme en poche, elle s’envole pour la Réunion où elle arpente l’île en tant que journaliste radio au sein de RFO. Une fois revenue en métropole, Emilie se consacre à l’environnement et au bio avec Bioaddict.fr et pige également en tant que journaliste web avec DDMagazine.com. Elle intègre la rédaction de Néoplanète en avril 2011 dont elle est aujourd'hui la rédactrice en chef adjointe du site et de la webradio. Elle fait également partie de l'équipe de "Bougez Vert", émission diffusée sur Ushuaïa TV.