Vik Muniz: « Waste Land a changé la façon dont les trieurs sont regardés »

Le documentaire « Waste Land » de Lucy Walker sort aujourd’hui en salle. On y suit l’artiste brésilien Vik Muniz, parti de Brooklyn pour se rendre dans la plus grande décharge à ciel ouvert du monde près de Rio, au Brésil.

Son but ? Réaliser des portraits de catadores, les trieurs de déchets, à partir de matériaux recyclables. Une aventure humaine et artistique exceptionnelle.

Écoutez ci-dessous l’interview de Vik Muniz.


Avant « Waste Land« , Vik Muniz a réalisé des oeuvres d’art à partir de sucre ou encore de sirop de chocolat. Pourquoi a-t-il choisi ensuite de travailler avec des déchets ? (2.15′)

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« Waste Land » met en lumière les milliers de catadores qui travaillent dans la décharge de Jardim Gramacho. Ce documentaire a changé la vie de ces travailleurs de l’ombre. (4.05′)

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Ce travail artistique a également transformé la vie de Vik Muniz, mais aussi notre regard sur nos poubelles… (3.05′)

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L’avenir : que vont devenir les catadores à la fermeture de la décharge ? Quels sont les projets de Vik Muniz ? (5.30′)

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Version écrite de l’interview (extraits)

Pourquoi avoir choisi de créer des œuvres d’art à partir de déchets ?
Les déchets, c’était une idée intéressante parce que la poubelle, les ordures, c’est tout ce que l’on ne veut pas regarder. C’est la partie de notre histoire que l’on ne veut pas faire figurer dans l’album de famille. C’est une matière invisible, on a toujours tendance à la cacher. On dit comme excuse que c’est à cause des odeurs, de l’hygiène, mais ce n’est pas seulement ça : on ne veut pas voir nos déchets. Comme artiste, faire des œuvres visuelles avec un matériel que l’on ne veut pas regarder c’est une proposition très intéressante.

Qu’est ce qui vous a le plus étonné en arrivant à la décharge de Jardim Gramacho ?
Pour commencer c’est l’odeur épouvantable du gaz qui est omniprésente, et après les bruits des ordures qui sont déposées par les camions, les voix des gens, les cris des oiseaux. On n’arrive pas à poser son regard, mais, petit à petit, on commence à voir quelque chose qui bouge dans ce paysage. Ce sont les formidables Catadores qui sont habillés avec des vestes de couleurs très vives. Ils portent 200 tonnes de matériaux recyclables par jour… Ces gens-là font des journées de 16 heures, c’est dur. Mais ils sont fiers de ce qu’ils font, ils sont dignes. Ils ont une force de caractère pour résister à ce travail dur, ça a cassé tous les préjugés que j’avais avant d’arriver.

« Waste Land » a permis la reconnaissance des Catadores en les faisant sortir de l’ombre…
Au Brésil en ce moment, on dit que l’économie va très bien, mais c’est justement dans ces moments-là qu’il faut être attentif aux choses qui ne vont pas. C’est difficile pour les Brésiliens d’imaginer qu’il y a des enfants de cinq ans qui trient les poubelles pour aider leurs parents à tenir leurs comptes. En montrant ce film aux spectateurs brésiliens, il y  des gens qui ont été offensés, pensant que c’était de la fiction. Mais ce qui les gênait, c’était l’ignorance de ce qu’il se passe tout près de chez eux. Ce que le film a changé, c’est la façon dont les trieurs sont regardés par la société brésilienne. Avant ils n’avaient pas de visage et pas de voix, maintenant, ils sont vraiment perçus comme une classe de travailleurs qui font un travail dur avec beaucoup de dignité. « Waste Land » leur a permis de s’organiser d’une façon plus efficace, de faire valoir leurs droits et d’intégrer un réseau international. Ils peuvent même maintenant contrôler même les prix des matériaux recyclables dans certaines régions du pays.

Avec « Waste Land », on ne peut s’empêcher de penser à nos propres habitudes de tri. Une chose est sûre, on ne regarde plus nos poubelles de la même manière.
J’ai toujours dit que toutes les écoles de Rio devraient faire un tour à Gramacho. Il suffit d’y aller une fois pour ne jamais plus regarder la poubelle de la même façon. C’est drôle, on imagine qu’en jetant quelque chose dans la poubelle ça va aller à un point précis et disparaître. Mais en vrai, c’est l’inverse. Avec ce film, on commence à regarder tout un groupe d’individus qui vit de l’autre côté du système de consommation, qui donne de la valeur à ce qui n’en a plus, qui transforme ça en une richesse. Ce n’est pas très différent de mon activité, je suis toujours en train de regarder des choses que les gens ne regardent pas, pour les faire remarquer et leur donner de la valeur. Il y ainsi un parallèle entre l’activité des trieurs et l’activité de l’artiste.

Que vont devenir les Catadores après la fermeture de la décharge en 2012 ?
La décharge doit fermer pour éviter un accident environnemental. Elle a déjà atteint sa capacité maximale. J’ai averti le préfet de Rio parce que j’ai survolé à nouveau Gramacho il y a quelques mois pour faire des photos pour un livre et j’ai remarqué beaucoup de décharges clandestines. Il faut créer un projet social autour de cette fermeture pour maintenir l’économie locale. La fermeture de Gramacho va affecter 25 000 personnes indirectement. Et c’est difficile de changer les habitudes des gens à une telle échelle. Tiao (le responsable de l’association des Catadores) travaille beaucoup sur ces sujets là, il se démène pour faire employer les Catadores dans le nouveau système de tri : il a déjà réussi à en reclasser 400, sur 3 000. Au Brésil, on a 20 ans de retard en matière de recyclage. On ne fait pas de tri sélectif comme en France ou aux Etats-Unis. Heureusement, Lula a fait une loi pour mieux gérer les déchets solides. Ca va révolutionner l’industrie du recyclage au Brésil. On veut profiter de ces changements pour faire passer une législation qui oblige les compagnies de recyclage à employer les Catadores. Ce sont les personnes les plus qualifiées. Ils arrivent à différencier cinq genres de plastiques, seulement en les touchant ou au bruit.

Plus d’informations sur le site officiel de Waste Land

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