Quelle époque éthique ! de Yolaine de la Bigne : sur la bonne voix

Pendant 13 ans, Yolaine a signé la chronique « Quelle Epoque Epique » tous les jours sur France Info. Aujourd’hui, elle s’adapte à l’ère du temps et revient avec « Quelle Epoque Ethique », tous les lundis sur Néoplanète !

 

pixabay

Version écrite de la chronique

Prendre des médicaments pour tout et n’importe quoi commence enfin à être remis en question en France et personne ne s’en plaindra à part les lobbies du médicament. Surtout s’il s’agit de soigner d’étranges maladies comme celle des « entendeurs ». Qu’ouïs-je ? Qu’est-ce que ça veut dire ?

Les « entendeurs », nous explique Libération, entendent des voix, et si les anglais, les américains, ou les norvégiens font des recherches pour les comprendre, en France ils sont considérés depuis des années comme des malades mentaux, généralement schizophréniques, que l’on abrutie de pilules avec les effets secondaires habituels: prise de poids, dépression, paranoïa, etc… Bref, dans ces cas précis, le médoc c’est du toc !

Pourtant le phénomène n’est pas marginal, oyé braves gens, selon de nombreuses études, 10% de la population française serait concernés. Bigre, ça fait beaucoup de gens qui bavassent sans qu’on les entende ! D’où l’intérêt des travaux de Yann Derobert, neuroscientifique et fondateur du Réseau français sur l’entente de voix et de cette expérience menée actuellement à l’Unité de psychologie de Lunéville, en Meurthe-et-Moseille. Une petite structure y écoute Anne qui a entendu des voix durant 40 ans depuis la mort brutale de son père, ou Marie-Pierre qui obéit à des voix sourdes lui ordonnant de faire n’importe quoi : tourner en rond, manger, boire… et lui pourrissant la vie, surtout la nuit. Elles viennent d’où ces voix ? On ne sait pas, mais l’imagerie cérébrale révèle qu’elles activent les zones du cerveau dévolues à l’audition. Ces voix existent donc réellement, même si les autres ne les entendent pas.

Un espoir : on réussit à en guérir ! « La parole est indispensable, explique Yann Derobert, puisque dans la majorité des cas, les voix trouvent leur origine dans un vécu traumatique. Les entendeurs ont subi un traumatisme aigu. » Et en effet, quand l’équipe soignante écoute ces voix et en parle avec les malades, en général elles finissent pas se taire et disparaissent à tout jamais.

Une preuve de plus qu’il faut nous donner voix au chapitre. Parler est essentiel, crier même ! Et si c’était même un défoulement qui évite la violence ? C’est l’idée du ministère de l’éducation argentin qui vient de lancer une plateforme interactive où l’on peut enregistrer son cri. Sur Primal, on peut voir des vidéos de cris de toutes sortes et des témoignages de gens qui expliquent ce qui leur donnent envie de hurler. Un guide est distribué aux enseignants pour qu’ils puissent utiliser cette expérience dans leurs salles de classe et une cabine itinérante va bientôt parcourir le pays pour permettre à ceux qui ne sont pas à l’aise sur internet d’enregistrer aussi leur cri, l’idée est si étonnante qu’on a envie d’en crier de joie ! www.primal.encuentro.gob.ar

Retrouvez chaque lundi la chronique « Quelle époque éthique » de Yolaine de la Bigne sur Néoplanète.

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Yolaine De La Bigne

Femme en or de l’environnement en 2007, journaliste de presse écrite et radio, auteur de plusieurs livres, elle a été une des premières « rurbaines » à habiter entre Paris et la campagne. De sa collaboration avec Nicolas Hulot pour Ushuaia et Allain Bougrain Dubourg, en passant par le prix Terre de Femme de la Fondation Yves Rocher, la création de Fêt Nat’ en 2006 ( fête de la nature et de l’écologie ), Yolaine renforce son engagement personnel à travers le lancement de l’agence de presse Kel Epok Epik et de Néoplanète.