Quelle époque éthique !

Location de moine : la nouvelle manne céleste ?

Au Japon on peut faire venir un moine à domicile sur un simple coup de fil. A l’heure où les religions drainent de moins en moins de fidèles et où les lieux de culte se vident, est ce bien cela l’avenir spirituel ?

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Écoutez Yolaine de la Bigne derrière le micro de Sud Radio ! Retrouvez-la chaque matin à 6h10 et 7h22 du lundi au vendredi, dans « Quelle époque éthique », une chronique à télécharger :

Version audio :

Version écrite, collaboration Nathalie Cayzac :

Au Japon, on peut désormais louer, sur un simple coup de fil, les services d’un moine à domicile pour toutes sortes de cérémonies religieuses, on n’arrête pas le progrès !

La location de moines est en effet un nouveau marché juteux d’autant plus étonnant que les temples se vident, eux qui jouaient un rôle essentiel auprès de la population autrefois. Pour beaucoup de Japonais, nous dit l’AFP reprise par Libération, la religion, shintoïsme ou bouddhisme, est devenue une formalité saisonnière, on va au sanctuaire ou au temple pour les grandes occasions de la vie et les festivités traditionnelles. Un peu comme chez nous où les catholiques ne se rendent plus à l’église que pour Noël, les mariages et les enterrements.

Mais la location de moines, c’est quand même très radical, non ?

C’est japonais, disons ! Au Japon, on loue bien des chats pour un week-end ou des fiancées pour une soirée chez papa-maman ! La formule du moine a été inaugurée en 2010 par le groupe de grande distribution Aeon qui avait fait scandale. Puis en 2013, la société Minrevi a repris le concept. Elle revendique aujourd’hui une « écurie » de 700 moines sur « catalogue ». Et que Dieu lui pardonne mais ça marche ! Elle a reçu 12 000 demandes en 2016, soit 20% de plus qu’en 2015. Une santé éclatante pour cette entreprise qui se vante d’afficher ses tarifs en toute loyauté, contrairement au système de donation des fidèles qui a toujours permis de faire vivre les temples dans un système assez opaque.

Chez nous aussi on ne sait jamais combien rapporte la quête à la messe

Oui mais il ne s’agit que de quelques euros alors que, par tradition, les japonais doivent faire plusieurs donations pendant plus d’une décennie. Cet argent permet aux temples de s’offrir de coûteuses rénovations et les fidèles déplorent qu’on leur réclame beaucoup d’argent pour ces travaux au détriment de l’accompagnement spirituel. Ce nouveau marché de la location de moines est très critiqué mais les temples se vident et les zones rurales se dépeuplent : environ un tiers des 75 000 temples actuels devraient fermer d’ici 2040, faute de fidèles. Donc, le moine en free-lance, est-ce la solution divine ?

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Yolaine De La Bigne

Femme en or de l’environnement en 2007, journaliste de presse écrite et radio, auteur de plusieurs livres, elle a été une des premières « rurbaines » à habiter entre Paris et la campagne. De sa collaboration avec Nicolas Hulot pour Ushuaia et Allain Bougrain Dubourg, en passant par le prix Terre de Femme de la Fondation Yves Rocher, la création de Fêt Nat’ en 2006 ( fête de la nature et de l’écologie ), Yolaine renforce son engagement personnel à travers le lancement de l’agence de presse Kel Epok Epik et de Néoplanète.