Quelle époque éthique !

Lanceur d’alerte : délation ou dénonciation ?

La cour d’appel de Paris reconnait à un ancien salarié de la banque Natixis le statut de lanceur d’alerte et condamne la banque d’investissement à le réintégrer. L’occasion de faire le point sur ces lanceurs d’alerte qui font passer l’intérêt général avant le leur.

lanceurs d'alerte Le mur des insoumis
Le mur des Insoumis

Écoutez Yolaine de la Bigne derrière le micro de Sud Radio ! Retrouvez-la chaque matin à 6h10 et 7h22 du lundi au vendredi, dans « Quelle époque éthique », une chronique à télécharger :

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Adopté en 3ème lecture en novembre dernier, le volet de la loi Sapin 2 qui protège les lanceurs d’alerte vient d’être appliqué.

En tous cas, on peut le supposer. La justice française vient en effet de reconnaitre le statut de lanceur d’alerte à un ancien salarié de la banque Natixis. Dans un arrêt provisoire du 16 décembre, révélé par Médiapart il y a une dizaine de jours, la cour d’appel de Paris somme la banque d’investissement du groupe Banques Populaires Caisses d’épargne de réintégrer ce salarié qu’elle avait licencié il y a 8 ans pour « insuffisance professionnelle et comportement inapproprié envers ses collègues ». Le salarié contestait les motifs de son renvoi en octobre 2008 en pleine crise des subprimes et estimait avoir été pénalisé pour avoir signalé en juillet 2008 à sa hiérarchie des agissements illégaux de manipulation des cours commis par un de ses collègues. La cour lui a donné raison. En plus de sa réintégration, elle a condamné la banque à lui verser plus de 330 000 euros de dommages et intérêts et 5470 euros par mois jusqu’à sa réintégration.

Cette affaire repose une question essentielle : qu’est-ce qu’un lanceur d’alerte ?!

Selon la définition de Transparency International, « tout employé qui signale un fait illégal, illicite pour autrui, touchant à l’intérêt général, aux instances ou aux personnes ayant le pouvoir d’y mettre fin ». Une définition, largement reprise par le Conseil de l’Europe en 2010 et la loi Sapin II en France dernièrement. On est loin de la délation du voisin malveillant comme certains le pensent. Justement pour bien définir la différence entre délation et révélation, l’ONG le Mur des insoumis, se met au service des lanceurs d’alerte qui « font passer l’intérêt collectif avant le leur ». Sur lemurdesinsoumis.fr, on lit des témoignages de lanceurs d’alerte, des conseils et informations pratiques, des conseils juridiques, des pétitions en ligne et les liens avec les cagnottes ouvertes etc. L’ONG travaille en ce moment à la création d’un fonds de soutien financier et d’une hotline pour aider les lanceurs d’alerte. Le Mur des Insoumis est une initiative de salubrité publique qui mérite 100 fois d’être soutenue par tous ceux qu’indignent l’opacité, la corruption, les conflits d’intérêt et autres petits arrangements.

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Emilie Villeneuve

Sa licence de journalisme en poche, elle s’envole pour la Réunion où elle arpente l’île en tant que journaliste radio au sein de RFO. Une fois revenue en métropole, Emilie se consacre à l’environnement et au bio avec Bioaddict.fr et pige également en tant que journaliste web avec DDMagazine.com. Elle intègre la rédaction de Néoplanète en avril 2011 dont elle est aujourd'hui la rédactrice en chef adjointe du site et de la webradio. Elle fait également partie de l'équipe de "Bougez Vert", émission diffusée sur Ushuaïa TV.