DVD : « China Blue » de Micha Peled

« China Blue » de Micha Peled est un documentaire, le deuxième d’une trilogie dite de la globalisation, tourné entièrement dans la clandestinité et qui éclaire d’un jour lugubre le made in China.

Il met des images sur une réalité dont on avait entendu parler : l’exploitation de l’enfant par l’homme. (DVD aux Éditions du Montparnasse)





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Version écrite de la chronique

On est quelques uns à avoir compris depuis  un moment que le « made in china », c’est l’exploitation de l’enfant par l’homme. Ici, l’enfant est une adolescente, Jasmin. Elle a 16 ans et elle est coupeuse de fils pour environ 10 yuans par jour, c’est-à-dire 1 euro (en 2005, date de réalisation du film) dans une de ces usines qui fabriquent des jeans pour trois fois rien. Jasmin n’est qu’une de ces 130 millions de jeunes chinois, généralement enfants d’agriculteurs, souvent des filles, qui sont ainsi employés par ces multinationales mondialisées.

Micha Peled a posé sa caméra là où les autres documentaristes n’ont pas pu s’infiltrer. Il apprend plein de choses, ainsi planqué, ainsi patient, ainsi reconnu par les ouvrières comme étant de leur côté. Car pour rassurer leurs clients occidentaux parfois soucieux d’éthique, les ouvriers dès qu’un contrôleur ou un journaliste se pointe, sont invités à mentir sur leurs conditions de vie et de travail. On leur signe des faux contrats, l’usine met en place un double pointage, celui des ouvriers (qui parfois travaillent 27 heures d’affilée pour honorer une commande) et un autre, humainement correct, celui bidon effectué par des vigiles, pour montrer aux clients. Ces usines avec dortoirs incorporés, où le coût de la bassine d’eau est retenu sur le salaire, sans syndicats, ni grèves, sans le droit de rire ni de sortir, le MEDEF doit en rêver la nuit.

Les filles essayent de s’évader. Jasmin en écrivant les aventures d’une super héroïne qui se sort de tout par les arts martiaux. Li Ping en faisant partie de la délégation réclamant à leurs esclavagistes un salaire qui tarde depuis plus de deux mois. Ah Lan avec un gentil fiancé qui bosse dans une usine voisine, et avec qui elle imagine un retour au pays à la tête d’un petit commerce, après avoir économisé patiemment.

Ce film est terrible, par ses détails. Là-bas, les filles achètent du thé qui permet de tenir sans sommeil. « Tout ça n’est peut-être qu’un cauchemar, je vais me réveiller, je retournerais à l’école avec mes copines… » Hélas non, c’est le pire des cauchemars, et quand les jeunes filles se demandent qui porte « ces jeans incroyablement grands et larges », nous les connaissons, nous les portons.

Je ne connais rien à l’économie mondiale, mais j’ai entendu la voix d’Orchid « Si je glissais une lettre aux gens qui achètent ces jeans ? Si le client la trouve, il me dénoncera au patron. »

Ce serait bien de lui faire passer la réponse : oui, on sait, on essaye de faire quelque chose, mais c’est compliqué. Un jour, lointain, ni toi ni moi ne serons plus en vie, peut-être…

Découvrez un extrait du documentaire :

China Blue par editionsmontparnasse

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"Polyglotte et multimédia, curieuse de tout, avare de rien, en chapeau sur son vélo ou en lunettes en salles obscures, Monique Neubourg aime le cinéma, les livres, les parfums, les jardins, les séries américaines, les relations humaines, l'air du temps et le bruit de l'eau. Elle fait même ses shampoings bio elle-même !