Des pressings alternatifs au perchloréthylène

Le secteur du nettoyage à sec des vêtements représente environ 4 500 entreprises en France. Plus de 98 %  d’entre elles utilisent couramment du perchloréthylène, un solvant chloré, volatile et incolore que l’on trouve sous forme liquide. Or ce perturbateur endocrinien, qui donne une odeur si particulière à nos vêtements, est synonyme de toxicité et de pollution. Heureusement, de plus en plus de pressings éco-responsables fleurissent en villes.

Le perchloréthylène, une substance toxique

Lorsque que l’on rentre dans un pressing, une odeur particulière d’éther plane… C’est celle du perchloréthylène, un produit qui dissout nos tâches d’huiles et de graisses, mais qui est nocif pour l’homme et les organismes aquatiques. Ininflammable et inexplosif, neutre vis-à-vis des textiles, le « perchlo » est considéré comme cancérigène probable chez l’homme (catégorie 2A) par le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer) et comme « nuisible à la santé » et « dangereux pour l’environnement » soit cancérigène de catégorie 3, par l’Union européenne.

« En effet, des études épidémiologiques pointent du doigt une augmentation des cancers du système urinaire, du pancréas et de l’œsophage dans la profession », indique l’Institut national de recherche et de sécurité. Pas très rassurant lorsque l’on sait que les pressings rejettent 860 tonnes de «perchlo» chaque année dans la nature… rien que pour la région parisienne !

Les rejets se volatilisent majoritairement dans l’air ce qui explique la classification de cette substance comme un COV (composé organique volatil). Facilement absorbable par voie orale et par la peau, il est irritant pour les yeux et la peau des salariés. Il provoque une atteinte du système nerveux, respiratoire et digestif, et des dommages rénaux. Selon certaines études de l’INRS, le « perchlo » serait même responsable d’une augmentation des troubles de la reproduction. Certains pays ont déjà pris les choses en main en bannissant le perchlo, comme le Danemark qui a interdit l’installation de nouveaux pressings utilisant ce solvant. D’ici 2023, il sera totalement retiré du marché des Etats-Unis. En France, 75 % des utilisateurs de pressing préfèreraient s’adresser à un pressing écologique n’utilisant pas de solvants selon un sondage mené en février 2011 par ViaVoice pour Electrolux LagoonTM.

Quel danger pour l’environnement ?

Le perchloroéthylène est toxique pour les organismes aquatiques et entraîne des effets néfastes à long-terme. Le rejet du solvant dans l’eau peut provenir de machines performantes mal exploitées ou de machines obsolètes entraînant une production élevée de boues qui partent dans les égouts et une mauvaise séparation de l’eau et du perchloréthylène.

Le perchloréthylène contribue aussi à la formation d’ozone dans la basse atmosphère. La principale problématique environnementale des pressings est donc la pollution de l’air par les vapeurs de solvants (70% de la pollution).

La technologie Greenearth, une méthode révolutionnaire ?

Le décaméthylcyclopentasiloxane (D5) est un liquide huileux, inodore, incolore. Il est employé pour la manufacture de divers produits cosmétiques et pharmaceutiques, de colles, peintures et vernis. Il entre également dans la composition de silicones, de résines ou d’élastomères. Les droits d’utilisation du Siloxane D5 dans une activité de nettoyage à sec appartiennent à la société Greenearth. La société Sequoia détient la licence exclusive pour la France.

Ce solvant au nom barbare n’est pas classé comme irritant oculaire ou cutané, ni sensibilisant. Néanmoins, la preuve de la cancérogénicité n’est pas écarté à 100 %, selon l’Ineris dans son rapport d’étude de mai 2011 « État des lieux des technologies alternatives au nettoyage à sec au perchloroéthylène ».

Bonne nouvelle pour l’environnement, les données d’écotoxicité aquatique indiquent par contre que le D5 n’a pas d’effet toxique sur les organismes aquatiques « jusqu’à sa limite de solubilité ». « Toutefois, la présence de D5 dans différents compartiments environnementaux (notamment sédiment et biote), y compris dans des zones éloignées des points de rejets ne permet pas d’écarter un risque d’accumulation dans l’environnement », ajoute l’Ineris toujours dans ce même rapport.

Alors même si l’impact environnemental n’est pas totalement neutre, l’alternative idéale au perchlo serait-elle le silicone liquide, un dérivé du pétrole ? C’est ce que pense Nicolas de Bronac qui a fondé Sequoia. Ce concept a même séduit Pascal Nègre, le PDG d’Universal Music France, qui a ouvert un pressing écolo à Tours.

Nicolas de Bronac nous explique en quoi consiste ce nouveau procédé révolutionnaire (4’05). Propos recueillis par Teddy Follenfant.

[audio:http://www.neo-planete.com/wp-content/uploads/2011/07/sequoia-pressing.mp3|titles=sequoia pressing]

A noter que Sequoia soutient des opérations de reforestation initiées par Babytree avec l’ONG Planète Urgence et livre vos vêtements à domicile avec des véhicules électriques !

Les autres pressings dits « alternatifs »

Bruno Bénizri et David Bitton ont créé H2O pressing, un établissement dans le 18ème arrondissement de Paris à partir de matériaux recyclables ou recyclés, tel le bois pour les parquets et le comptoir, une céramique éco-conçue pour les murs et le sol. L’éclairage est uniquement constitué de LED, l’ensemble étant complété par un mur végétal.

Le procédé de nettoyage se base sur la méthode de l’aquanettoyage, permettant aux textiles d’être nettoyés tout en douceur, et de produits dégraissants 100 % naturels. Même si cette méthode utilise beaucoup d’eau, le concept est à souligner pour la démarche écologique qui s’étend aux cintres en carton recyclable et aux emballages de vos vêtements en amidon de maïs et papier kraft… Des valeurs partagées par Kennedy Pressing Ecologique qui s’engage dans le 16ème arrondissement de Paris à ce que vos habits nettoyés grâce au D5 ne passent ni par presse ni par robot, mais entre les mains des salariés qui utilisent des produits 100 % biodégradables.

De son côté, Electrolux propose une solution alternative sans solvant appelée « Lagoon® » qui utilise uniquement de l’eau associée à une quantité mesurée de lessive biodégradable. Lagoon est déjà installée dans plus de 150 pressings en France.

Les pressings nouvelle génération fleurissent un peu partout en France : 1 nouveau pressing sur 3 s’équipe en solutions dites « écologiques ». Aucun d’entre eux est à 100 % écologique mais en attendant de découvrir un pressing totalement green, n’hésitez pas à les privilégier, d’autant plus qu’ils ne sont pas forcément plus cher. Si vous n’en avez pas près de chez vous, n’oubliez pas d’aérer vos habits linge sortant du pressing avant de le ranger !

 

Mais toutes les alternatives au pressing traditionnel ne sont pas écologiques !

Basée sur le nettoyage à l’eau, sur l’utilisation d’hydrocarbures, de solvant à base de silicone, ou sur l’utilisation de CO2, des méthodes alternatives au « perchlo » se sont mises en place. Néanmoins, elles ne sont pas dénuées de tout reproche…

Le nettoyage à l’eau consiste à utiliser de l’eau, des détergents non alcalins et des additifs particuliers pour éviter d’abîmer les fibres du textile. Mais même si ces produits présentent moins de danger que le perchlo et que les émissions de polluants dans l’atmosphère sont limités, cette méthode nécessite de grandes quantités d’eau. De plus, ce système bon marché rejette de l’eau contenant des produits détergents dans le réseau d’eau usée.

Le nettoyage à l’aide d’hydrocarbures se fait comme son nom l’indique à l’aide de coupes issues de la distillation de pétrole brut. En plus des risques d’incendie et d’explosion, d’irritations, de dermatoses ou encore de vertiges et de maux de tête, cette alternative favorise la dépendance à l’énergie fossile qu’est le pétrole.

Quant à l’utilisation de dioxyde de carbone, c’est une technique de nettoyage qui consiste à immerger le vêtement dans du CO2 liquide dans une enceinte sous haute pression avant qu’il ne soit agité par des jets à grande vitesse… ce qui n’écarte pas la dangerosité du système haute pression. De plus, le procédé reste cher.

 

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Emilie Villeneuve

Sa licence de journalisme en poche, elle s’envole pour la Réunion où elle arpente l’île en tant que journaliste radio au sein de RFO. Une fois revenue en métropole, Emilie se consacre à l’environnement et au bio avec Bioaddict.fr et pige également en tant que journaliste web avec DDMagazine.com. Elle intègre la rédaction de Néoplanète en avril 2011 dont elle est aujourd'hui la rédactrice en chef adjointe du site et de la webradio. Elle fait également partie de l'équipe de "Bougez Vert", émission diffusée sur Ushuaïa TV.