Quelle époque éthique !

Des îles flottantes refuges pour riches

Créer des îles flottantes indépendantes des états, des économies et des droits de douane, c’est le pari que font quelques milliardaires ; en Polynésie, on mise sur ce futur là. Au prix de peut-être une certaine solidarité.

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Écoutez Yolaine de la Bigne derrière le micro de Sud Radio ! Retrouvez-la chaque matin à 6h10 et 7h22 du lundi au vendredi, dans « Quelle époque éthique », une chronique à télécharger :

Version audio : 

Version écrite, collaboration Nathalie Cayzac :

L’institut américain Seasteading veut construire une île flottante artificielle pour échapper aux politiques en vigueur sur les continents. La Polynésie française vient de donner son accord pour cette construction océanique. Ça semble utopique mais est-ce très éthique ?

L’idée est simple et pourrait faire rêver : pourquoi ne pas constituer des micro-nations sous forme d’îles flottantes au large des côtes ? Une belle façon d’échapper aux règles étatiques en vivant dans des paysages féériques aux eaux turquoises. L’idée séduit tellement les entrepreneurs de la Silicon Valley qu’elle a pris un nom : le Seasteading Institute, une ONG créée en 2008 par le millionnaire et fondateur de Paypal, Peter Thiel, aidé de bien d’autres tout aussi blindés de millions de dollars. A noter que Peter Thiel faisait partie des soutiens de Donald Trump à la présidence des États-Unis.

Elles seraient comment concrètement ces îles flottantes ?

Ce serait des plateformes flottantes à la technologie dernier cri sur lesquelles on trouverait des résidences, centres commerciaux, activités aquacoles ou instituts de recherche. Tout ou presque serait prévu sur place pour fabriquer l’énergie ou traiter les déchets. D’un point de vue politique, ces îles flottantes – car celle de Polynésie ne serait que la 1ère-, seraient indépendantes, chacune ayant sa propre organisation politique et économique. Leurs citoyens seraient donc libres de changer d’île à leur guise : pas de droits de douane, pas de charges, aucune obligation ni morale, ni légale. Le but : ne rien devoir à personne.

Cela semble très cynique : pourquoi la Polynésie française a-t-elle accepté un tel marché ?

Parce que c’est une solution contre la montée des eaux : d’ici la fin du siècle la montée du niveau des océans pourrait être plus rapide que prévu selon l’Agence américaine océanique et atmosphérique citée par Géo. Or, la Polynésie représente un environnement particulièrement stable avec ses lagons abrités et une activité cyclonique moins importante qu’ailleurs. Cette utopie de milliardaire pose donc quelques questions : sous prétexte de survie de l’espèce humaine, n’est-on pas en train de créer un refuge pour riches qui laisseront les populations se débrouiller avec les soucis écologiques de la planète ? Et comme le dénonce Alexandre Le Quéré de Polynésie 1ère  dans Géo, n’est-ce pas « une arche de Noé à la sauce Wall Street » ?

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