Cinéma : Waste Land de Lucy Walker

Primé de nombreuses fois, notamment par le prix du public du meilleur film aux Berlinales de 2010, « Waste Land » de Lucy Walker suit l’artiste brésilien Vik Muniz. Parti de Brooklyn aux Etats-Unis, le photographe va se rendre dans son Brésil natal, dans la plus grande décharge à ciel ouvert du monde près de Rio. Un monde où vivent 13 000 catadores, les trieurs de déchets comme ils aiment à s’appeler. Le but ? Créer de vraies compositions artistiques grâce aux matériaux recyclables issus des déchets triés. Un hommage à voir en salle dès le 23 mars. Critique, photos et bande-annonce à découvrir ci-dessous.


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Version écrite :

Waste Land est un documentaire passionnant et poignant de Lucy Walker qui pendant trois ans, a suivi le photographe et plasticien Vik Muniz, dans la plus grande décharge du monde, près de Rio. Sortie le 23 mars.

Utopiste et cinéaste, Wim Wenders a déclaré un jour qu’il souhaitait que les films puissent contribuer à, un peu au moins, changer le monde. Artiste issu d’une famille pauvre de São Paulo, Vik Muniz a été blessé par balle dans les jambes quand il était jeune et il a étudié l’art avec l’argent des assurances. Aujourd’hui, il prend des photos, puis les recompose avec des matériaux devenus eux-mêmes médias : de la poussière, du sucre (pour une exposition sur les beaux enfants des épuisés récolteurs de canne), du ketchup… Il appelle cela de l’illusion low tech, il commence à avoir une très bonne cote, et l’art a clairement été son ascenseur social. Comme il n’a pas oublié d’où il vient, il souhaite renvoyer cet ascenseur, et s’est donc rendu dans la plus grande décharge du monde, aux confins de Rio, à Jardim Gramacho, dans le dos du Christ, tout un symbole. Il est allé à la rencontre des Catadores, les trieurs comme ils aiment à s’appeler, histoire de rappeler que leur travail, en plus d’être honnêtes (ce qui signifie avoir échappé à la prostitution, à la drogue, au crime), a une réelle utilité sociale. Séparer les PVC des tissus, les métaux des papiers, sous le cagnard et dans des odeurs nauséabondes, c’est faire le tri sélectif, participer au recyclage. Les Catadores, qui sont 13 000 et vivent dans une favela qui surplombe la décharge, se sont unis, ils ont un syndicat, une association, une bibliothèque (jeter des livres, c’est lamentable, mais là, ils sont récupérés, conservés, transmis et lus avec une avidité et un bonheur que ceux qui les ont jetés ne peuvent imaginer). Ces femmes et ces hommes se prêtent au jeu des photos, et plus avant, se confient. C’est de la tranche de vie, et pas de la facile !

Plus tard, Vik Muniz va projeter leurs photos sur le sol d’un hangar, et avec l’aide de ces mêmes Catadores, va reconstituer les portraits avec des objets issus de ces ordures mêmes, soigneusement triées (toujours le tri). Poupées ou fermoirs, cannettes et cartons. Puis les rephotographier. Et exposer ces photos. Et en vendre d’emblée aux enchères, pour offrir les fonds ainsi collectés à l’union des Catadores. Ces derniers vont accompagner l’expo, rêver soudain d’une vie meilleure (femme de ménage ou manoeuvre, coiffeuse ou jardinier, on n’est pas dans les rêves de gagnants au loto ou dans des désirs bling bling), d’études pour leurs enfants… Muniz lui-même aimerait pouvoir changer quelque chose dans leur vie. La réalité est la plupart du temps moins douce que le rêve, et quand celui-ci fait planer, la chute est parfois dure. Lucy Walker, la documentariste, accompagne Vic tandis que celui-ci poursuit tout son processus socioartistique. C’est un travail de longue haleine, de grande humanité, avec un plus terriblement empathique qui fait qu’on s’enthousiasme sans se forcer le moins du monde pour ces gens, ces presque damnés de la terre qui, entre désespoir et aspirations, forcent le respect.

Plus d’informations sur le site officiel de Waste Land

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"Polyglotte et multimédia, curieuse de tout, avare de rien, en chapeau sur son vélo ou en lunettes en salles obscures, Monique Neubourg aime le cinéma, les livres, les parfums, les jardins, les séries américaines, les relations humaines, l'air du temps et le bruit de l'eau. Elle fait même ses shampoings bio elle-même !