Cinéma : « Le projet Nim » de James March

Dix ans après la sortie du livre « La planète des singes », Herbert Terrace, un professeur de l’université de Columbia confie un bébé chimpanzé à une famille afin de voir si celui-ci est capable d’acquérir le langage. En salles depuis le 11 janvier dernier.

 

 

 

 

 

 

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Version écrite de la chronique

Nim Chimpsky, ainsi baptisé pour faire la nique à Noam Chomski pour qui seul le cerveau humain était capable de forger un langage (avec le jeu de mots sur chimp qui signifie chimpanzé) fait drôlement penser à César, le singe savant de « La planète des singes, les origines » sorti l’année dernière. Pour ceux qui n’ont pas vu ce préquel, César était un petit surdoué, élevé à la maison, pratiquant le langage des signes et portant pudiquement le pantalon. Un petit d’homme plus qu’un animal même domestique. C’est en 1973, soit 10 ans après la publication du roman « La planète des singes » (donc rien à voir avec notre César qui est bien du XXIème siècle, lui), que le professeur Terrace veut prouver qu’un singe élevé comme un enfant humain peut maîtriser le langage. Il confie Nim à une famille d’accueil, tous frais payés. Nim tète « sa » mère pendant trois mois (comment diable a-t-elle fabriqué du lait ?), rend le mari/père jaloux (d’autant plus que sa femme a été la maîtresse du professeur quelques années plus tôt), joue avec les enfants les plus jeunes et rassure les ados sur la normalité de la masturbation. Nim aime rouler vite en voiture, jouer avec le chat et tirer sur des joints. (Le film se partage entre témoignages des protagonistes face caméra et des home-movies en super 8 d’époque.)

Dans la famille, c’est le bazar, le professeur expédie Nim à l’école avec une méchante maîtresse très sévère, ce qui rajoute au désastre. Alors on le (re)change d’environnement, dans une dépendance de l’université. Il est devenu un grand et solide chimpanzé, avec des dents comme ça, et quand il mord trop fort l’une des psychologues, Terrace interrompt brutalement l’expérience, décrète que Nim n’est qu’un imitateur, il sait répéter des mots, il en a une centaine dans sa besace, pas créer des phrases. Il l’envoie en Oklahoma en prison, ou tout comme. Il découvre la cage, les bâtons électriques, les autres singes, il est déphasé. Il ne sait pas communiquer avec les autres animaux qui ne signent pas, il ne se sent bien qu’avec les hommes. Le reste de sa vie tient de Dickens.

« Le projet Nim » pose des questions. Celle des relations entre l’homme et l’animal, et de l’homme avec son animalité. Bien sûr, il faut replacer le projet dans son époque, entre hippies et sémiologie. Cela fait, ce que l’on entend, c’est que Nim, qui ne se considérait plus comme un animal, n’avait pourtant pas aux yeux des hommes su s’élever à leur rang. Par le langage donc, on ne faisait pas cas des émotions, des sentiments, alors. Et l’homme a renié ce monstre qu’il avait fabriqué. Sans s’interroger sur ce qu’il avait fait. Pas étonnant que les singes se soient énervés et aient réduit l’homme en esclavage.

Voir la bande-annonce :

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"Polyglotte et multimédia, curieuse de tout, avare de rien, en chapeau sur son vélo ou en lunettes en salles obscures, Monique Neubourg aime le cinéma, les livres, les parfums, les jardins, les séries américaines, les relations humaines, l'air du temps et le bruit de l'eau. Elle fait même ses shampoings bio elle-même !