Cinéma : « La pluie et le beau temps » d’Ariane Doublet

Habituée des tournages en pays de Caux, Ariane Doublet a vu un jour passer un container made in China, s’est demandé d’où il venait, et a atterri dans un champ de lin. La Normandie produit 40 % du lin mondial, et c’est la Chine qui le lui achète. Ainsi est né ce documentaire qui sort le 2 novembre prochain.





[audio:http://www.neo-planete.com/wp-content/uploads/2011/10/La-pluie-et-le-beau-temps.mp3|titles=La pluie et le beau temps]

Version écrite de la chronique

Autour du Havre, on cultive le lin, depuis toujours, c’est familial. On le cultive un œil au sol, et l’autre rivé sur le ciel, parce que lin a besoin, comme toutes les plantes, d’eau et de soleil, mais en plus chochottes. Si elle n’a pas ses doses plus que parfaites, la plante sera trop courte, ou aura monté en graine trop vite, et les fibres n’auront pas la solidité souhaitée. Exigée par les acheteurs chinois.

Les agriculteurs vivent à l’heure chinoise, entre des conférences via Skype et des cours d’économie (sans oublier les cours de la Bourse,de l’euro, du yuan, du dollar et du lin).

D’un côté, on a un agriculteur qui parle de son plaisir à se promener dans ses champs, à caresser son lin en herbe qui lui arrive aux mollets, bonheur et sensualité de la belle ouvrage, de la nature quand elle donne généreusement.

De l’autre, on trouve des businessmen qui négocient âprement. Les spéculations sur les matières premières prennent corps au cours de ces bras de fer pour gratter cinq centimes d’euros, pour ne pas vendre à perte. Face à ces tractations où ce sont des vies qui se jouent, on a mal, on a peur. Le spectateur redevient citoyen, consommateur, et peut se demander comment tout cela va finir, qui mange le lin sur le dos de l’autre.

Pendant ce temps, en Chine, Wen Hai avec qui la réalisatrice a travaillé en binôme, on retrouve les ouvrières exploitées, sous payées, entassées dans des usines-dortoirs, médaillées le 1er mai dans des cérémonies qui n’ont pas pris une ride depuis la mort de Mao, et qui ne rêvent que d’économiser pour ouvrir un petit commerce au pays et qui travaillent à des cadences inhumaines, 12 heures par jour. Ce sont les mêmes ou leurs sœurs, que celles qui nous avaient bouleversés dans « China Blue ».

Et enfin, ce lin qui fait deux fois le tour de la terre, puisqu’il reviendra sous forme de veste ou de pantalon ou de nappes, à son point de départ.

Entre le pays de Caux et le Yunnan, c’est la mondialisation qui se dessine à traits très clairs. Et ça ne rend pas follement optimiste.



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"Polyglotte et multimédia, curieuse de tout, avare de rien, en chapeau sur son vélo ou en lunettes en salles obscures, Monique Neubourg aime le cinéma, les livres, les parfums, les jardins, les séries américaines, les relations humaines, l'air du temps et le bruit de l'eau. Elle fait même ses shampoings bio elle-même !