Cinéma : La grotte des rêves perdus de Werner Herzog

Jusqu’il y a peu, et depuis sa découverte en 1994 par une équipe de la spéléologue, pour visiter la grotte Chauvet, il n’y avait que le site du ministère de la Culture. Mais désormais, il y a le film de Werner Herzog, « La grotte des rêves perdus » en salle depuis le 30 août.






En soi, c’est déjà un miracle. Les grottes, et leurs peintures vieilles de dizaines de milliers d’années ont la fragilité extrême des chères vieilles choses dont on sait qu’un souffle les rendrait poussière. La lumière, une bactérie, un microorganisme, autant d’ennemis mortels. Les scientifiques eux-mêmes y vont le moins possible, selon un calendrier très chiche.

Mais à Herzog, rien d’impossible. Cinéaste de l’extrême, capable de faire tourner Klaus Kinski en est une sacrée preuve, d’hypnotiser, dit-on, ses acteurs dans « Coeur de verre » en est une autre, marcher de Munich à Paris dans l’espoir que ce sacrifice d’amitié sauvera la vie de sa vieille amie Lotte Eisner encore une. « Le cinéaste de l’impossible » était d’ailleurs le sobriquet qui revenait souvent sous la plume des journalistes à ses débuts.

Donc la quarté du jour nous donne Herzog, Chauvet, documentaire et… 3D ! Herzog, dont le cerveau est considérablement plus ouvert que celui de son banal prochain, considère les peintures rupestres comme l’ancêtre d’un art qui allait devenir le cinéma (du protocinéma, s’exclame-t-il, presque en transe). Son regard est donc d’une grande singularité, voire exalté. La parole des paléontologues est indispensable pour rafraîchir nos connaissances sur l’art pariétal et l’homme préhistorique. Quant au 3D, si souvent galvaudé, il n’a pas été utilisé ici pour faire genre, je vous rassure. Lorsque, sous influence ou non de produits psychotropes, nos ancêtres troglodytes dessinaient, le relief de la pierre était partie constituante de leurs représentations, les aspérités faisaient sens, étaient intégrés à l’œuvre. Pour rendre compte de cette particularité de la surface, le réalisateur qui sait parfaitement qu’aucun de ses spectateurs n’aura jamais la possibilité de voir Chauvet, il n’y avait que le 3D.

Bien que le tournage ait été gourmand en lumière, aucune peinture n’a été maltraitée, Herzog et son équipe restant sur la passerelle obligatoire (on ne touche rien dans ces grottes) et les salles non encore visitées et réservées à des scientifiques du futur, sont toujours vierges de toute intrusion.

Dans trois ans, une grotte bis reproduira ce que l’on sait de Chauvet, sera accessible au public, mais on n’y trouvera peut-être pas l’émotion du film, certes lui aussi représentation, mais nous déposant le réel en main propre, si l’on peut dire. Avec un seul intermédiaire, le réalisateur, assez fou pour monter un tel projet et y injecter, mystico-chamanique, les détours de son imaginaire.














Bande-annonce :




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"Polyglotte et multimédia, curieuse de tout, avare de rien, en chapeau sur son vélo ou en lunettes en salles obscures, Monique Neubourg aime le cinéma, les livres, les parfums, les jardins, les séries américaines, les relations humaines, l'air du temps et le bruit de l'eau. Elle fait même ses shampoings bio elle-même !