Piscines publiques : plongeon en eaux troubles ?

Mer, lac, rivière… la natation sera-t-elle votre sport de l’été ? À moins que vous ne choisissiez l’une des 16 000 piscines municipales. Si tel est le cas, certaines précautions s’imposent car la chimie se glisse entre deux brasses.

Article paru dans le numéro d’été 2011

Passé la porte de votre piscine, vous sentez de légers effluves de chlore utilisé pour éliminer les micro-organismes pathogènes présents dans les bassins, dont ceux laissés par les baigneurs. Car chacun d’entre nous y abandonne 500 mg de matières organiques (cheveux, poils, résidus de produits cosmétiques, squames de la peau,
bactéries). Multipliez par le nombre de nageurs chaque jour et vous obtiendrez un sacré bouillon de culture. Reste que les piscines publiques sont face à un dilemme : comment obtenir une eau propre, sans substances chimiques (chlore, brome, ozone), sans nuire à notre santé ? En juin 2010, dans un rapport de l’Agence nationale chargée de la sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), une autre alarme était tirée : les produits de désinfection de l’eau se recombinent avec ces matières organiques en sous-produits nocifs, dont les trichloramines et les trihalométhanes (THM) ; danger qui n’est toujours pas pris en compte…

ALERTE CHIMIQUE !
Les chloramines se répandent surtout dans l’air. Une exposition fréquente, à des taux importants, peut entraîner des troubles respiratoires (asthme, bronchite, bronchiolite) et des irritations (peau et yeux). Quant aux THM, dont on suppose qu’ils sont cancérigènes, ils perturberaient également le système endocrinien ! C’est ce que révèle une étude en cours de publication, dirigée par le professeur Alfred Bernard, membre de l’unité de toxicologie de l’Université catholique de Louvain : « L’absorption des THM dans l’eau se fait par voie cutanée et ils vont directement dans le sang. Un bébé va en absorber en une heure autant qu’un maître nageur en une semaine. » Selon le spécialiste, l’usage du chlore est une impasse, et il faut revenir à des solutions de désinfection plus écologiques et moins toxiques comme le cuivre/argent.

LA DOUCHE QUI CHANGE TOUT
Pour l’heure, les autorités sanitaires misent sur une plus grande propreté des nageurs. « On peut atteindre un niveau de chlore inférieur à ce qui est pratiqué et limiter le risque des sous-produits de la chloration par une meilleure hygiène des baigneurs, à commencer par le savonnage obligatoire avant d’entrer dans l’eau », souligne Jean-Nicolas Ormsby, directeur adjoint à la direction de l’évaluation des risques de l’Anses. Un défi relevé avec succès par les pays scandinaves, la Suisse et l’Allemagne, qui parvient à se servir deux fois moins de produits désinfectants que la France. Côté réglementation, un nouveau texte devrait être promulgué fin 2012. « Nous envisageons notamment d’ajouter, dans le contrôle sanitaire, le suivi de la trichloramine dans l’air et des THM dans l’eau, précise Laëtitia Guillotin, de la Direction générale de la santé. Ainsi que d’autres prescriptions sur le renouvellement de l’air dans les piscines. » 

SOYEZ UN NAGEUR RESPONSABLE
Pour limiter votre propre toxicité, des mesures élémentaires d’hygiène s’imposent donc. Or certaines sont encore peu appliquées : enfiler un maillot de bain propre, mettre un maillot couche aux bébés, se démaquiller et, surtout, prendre une douche savonnée avant de piquer une tête ! Déjà, dans les trente-huit piscines parisiennes, ont été accrochées des affiches ludiques qui invitent les baigneurs à se doucher, ce qui diviserait par huit la pollution de l’eau.

VIVE LA BAIGNADE ÉCOLOGIQUE !
L’alternative de la baignade biologique fait son chemin chez nous. Le principe : on crée un écosystème dans lequel les bactéries pathogènes sont détruites par d’autres organismes vivants jouant le rôle de filtre biologique. « Alors que l’Allemagne compte déjà cent cinquante piscines publiques naturelles et, l’Autriche, cinquante, elles sont seulement sept en France, dont Combloux, en Haute-Savoie, et Mont-Près-Chambord, en Sologne », regrette Dirk Esser, président de l’Association Française pour les Baignades Biologiques. Et d’espérer que le décret qui encadrera les pratiques
attendu l’année prochaine puisse changer enfin la donne.

Plus d’infos sur www.afbb.info

Par Aurélie de Varax


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