Philippe Starck, l’éco-designer français

Il marche toujours dix pas devant nous ! Le designer français sait où il va et compte bien nous emmener avec lui. Après le « design démocratique » censé rendre la décoration de luxe accessible, Philippe Starck invente « l’écologie démocratique » qui permet à chacun de produire son énergie. Rencontre avec ce jeune optimiste de 63 ans. Propos recueillis par Yolaine de la Bigne

 

Au quotidien, préservez-vous la nature, faites-vous des écogestes ?

Là encore, il n’y a pas à réfléchir. Dans la vie de tous les jours, je préfère le vélo à la voiture, j’éteins les interrupteurs, je prends des douches au lieu de bains… Enfin, bref, comme tout le monde. Après, je suis peut-être un peu plus radical, puisque, depuis près de trente ans, aucun produit non biologique n’entre chez moi. C’est peut-être pour cela que je suis encore vivant, en dépit de mon grand âge !

Un engagement important dans votre métier de designer ?

Utiliser les procédés non-polluants, les bons plastiques… est une évidence. Je ne suis pas un scientifique, ce n’est pas moi qui vais résoudre les problèmes. Cela dit, la production doit contenir une dimension politique. Et, devant les urgences, l’une des facettes politiques du design, c’est évidemment l’écologie.

 C’est une exigence qui n’est pas toujours très commerciale, n’est-ce pas ?

C’est vrai. Lorsque j’ai monté ma boîte de design, Ubik, il y a trente ans, je voulais qu’elle soit une entreprise éthique. Nous avons gravé dans le marbre que nous ne travaillerions pas pour les armes, l’alcool, le tabac, la religion, le jeu, les companies pétrolières et tout ce qui provenait de l’argent sale. Et ça nous a coûté une fortune parce que ce sont les gens les plus riches du monde !

L’écologie, qui exige le retour à l’essentiel, peut-elle s’accorder avec le design que l’on qualifie parfois de superficiel ?

Il existe des écologistes radicaux, comme partout, et des designers idiots qui créent juste de jolis objets pour qu’ils se vendent mieux. Les deux ont tort. Aujourd’hui, un designer doit redoubler de conscience. Il doit orienter son travail et s’imposer des limites. Cela dit, il ne faut pas hésiter non plus à réaliser de belles choses pour inciter à la consommation responsable.

 Quel regard portez-vous sur les avancées en matière d’écologie ?

Aujourd’hui, ma conclusion n’est ni désabusée, ni « gueule de bois », mais je suis assez raisonné. Tout ce qu’on fabrique grâce au formidable génie humain que nous possédons – la force marémotrice, les routes qui produiront de l’énergie… –, c’est extraordinaire. Mais quand on fait les comptes sur la production d’énergie verte, on s’aperçoit qu’on ne répond qu’à moins de 10 % de la demande globale.

 Donc, selon vous, on est loin des solutions ?

Actuellement, nous détruisons notre Terre et notre écosystème. On travaille pour trouver des solutions. Qu’on trouvera, puisque le génie humain trouve toujours. Le problème, c’est que, comme nous sommes un peu juvéniles, voire infantiles, on s’y prend toujours trop tard. Donc, de nombreux dommages seront irréversibles. Et cela fait mal au cœur. Nous aurions été un peu plus lucides et un peu moins vénaux, nous aurions pu profiter de cette Terre qui est quand même relativement moelleuse. Je me demande si nous ne serons pas obligés de connaître une phase de décroissance. Or cette notion pose une question philosophique et historique : nous ne sommes pas faits pour décroître ; mais pour la croissance, l’intelligence et le progrès. Dire tout à coup qu’il faut s’arrêter nous est antinomique. Pourtant, j’ai l’impression que la décroissance positive serait une forme de croissance raisonnée. Par conséquent, aujourd’hui, il faut savoir comment s’y préparer.

 

Retrouvez l’intégralité de cet entretien dans Néoplanète 27 et sur notre webradio !

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Yolaine De La Bigne

Femme en or de l’environnement en 2007, journaliste de presse écrite et radio, auteur de plusieurs livres, elle a été une des premières « rurbaines » à habiter entre Paris et la campagne. De sa collaboration avec Nicolas Hulot pour Ushuaia et Allain Bougrain Dubourg, en passant par le prix Terre de Femme de la Fondation Yves Rocher, la création de Fêt Nat’ en 2006 ( fête de la nature et de l’écologie ), Yolaine renforce son engagement personnel à travers le lancement de l’agence de presse Kel Epok Epik et de Néoplanète.