Pesticides : la Gaule en danger !

Messieurs, attention à vos spermatozoïdes qui risquent d’être de moins en moins vaillants ! Alors qu’une étude publiée hier montre que les niveaux de résidus de pesticides les plus élevés dans les fruits et légumes consommés sont associés à une moindre qualité du sperme, les Acteurs du Paris Durable ont rencontré François Ramade qui dresse un bilan explosif de la situation française en matière d’utilisation de pesticides. Ce professeur émérite d’Écologie à l’université Paris-Sud (Orsay) et président d’honneur de la Société Nationale de Protection de la Nature revient sur les conséquences pour l’environnement et notre santé. 

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Comment expliquer que la France soit le pays européen qui utilise le plus de pesticides, avec une consommation qui a augmenté cette année ?

Effectivement la situation en France est lamentable. La France est le 3e consommateur mondial de pesticides… devant même le Brésil, dont la surface agricole utilisée est pourtant cinq fois plus importante ! Alors que les Pays-Bas ont réduit de moitié leur consommation de pesticide entre 1980 et 1990, la France peine encore aujourd’hui à mettre en œuvre son plan Ecophyto, qui par ailleurs est l’un des rares points du Grenelle de l’Environnement dont la pertinence est incontestable, sous la pression de quelques syndicats agricoles et par suite des réticences des exploitants pratiquant de façon inconditionnelle l’agriculture « conventionnelle » intensive et industrialisée, antiécologique par essence. En s’accrochant frénétiquement à cette agriculture « conventionnelle » dite « moderne », ils bloquent toute évolution vers une agriculture plus « écologique » intégrant le fait de produire mieux. C’est l’éternel drame franco-français qui aboutit  à une approche calamiteuse des problèmes environnementaux.

François_RamadeQuels sont les impacts les plus importants sur l’environnement des pesticides ?

Ils sont tellement nombreux, que j’y ai consacré des chapitres entiers de certains de mes livres académiques * ! On peut dire – en résumant en quelques mots un nombre considérable de recherches – que l’on retrouve des traces de pesticides, en particulier  des principaux d’entre eux les d’insecticides, les fongicides  et les herbicides dans tous les milieux. Même présents à de très faibles doses, les conséquences sont importantes. En mer, ces derniers sont l’une des causes de la disparition des récifs coralliens, or la concentration n’y est pourtant que de l’ordre de 0,1 ppm : ce qui équivaut à une cuillère à café de chocolat dilué dans 3 wagons-citernes de lait de 33 000 m3 chacun…

Les engrais phosphatés sont également responsables de nombreux problèmes. Ils contiennent comme impuretés des éléments toxiques tels le cadmium ou l’arsenic et divers métaux lourds qui petit à petit s’accumulent dans le sol, dans l’eau  et dans les parties aériennes des plantes cultivées, contaminant ainsi notre alimentation.

Et sur notre santé ?

Lite-Trac_Crop_SprayerLà encore, c’est un vaste sujet, dont il est difficile de faire le tour rapidement. Cependant on peut affirmer que le risque d’ingestion de pesticides est permanent et que le risque pour la santé est avéré. Il y a une corrélation absolue entre la prévalence de certains cancers et l’utilisation de certains pesticides polluants organiques persistants tels les insecticides organo-chlorés même si les agences sanitaires minimisent ces faits, les organismes publics ayant pour consigne, comme trop souvent en France, de « rassurer » les consommateurs.

De nombreux pesticides sont des perturbateurs endocriniens qui ont une forte incidence sur certains  cancers comme le cancer du sein et de la prostate hormonaux-dépendants. Ce dernier étant d’ailleurs celui dont la prévalence augmente le plus chez les hommes depuis quelques années.

Certains insecticides organochlorés et organophosphorés agissent eux directement sur la thyroïde ou sur les glandes endocrines surrénaliennes. Ce n’est pas un hasard si la prévalence des cancers de la tyroïdes et les problèmes thyroïdiens ne cessent d’augmenter en France, laquelle est encore attribuée, comme on peut souvent l’entendre, au passage du nuage de Tchernobyl, voici maintenant près de 30 ans, alors qu’il est démontré que les retombées ont été minimes sur le territoire national… !

Lire la suite de l’interview ici sur le site des Acteurs du Paris Durable

Éléments d’écologie – Écologie appliquée : Action de l’Homme sur la biosphère. 7e édition, 2012 éditions Dunod

 

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