Pêche durable : Intermarché accusé de publicité mensongère

Le 1er juin, l’association Bloom, qui œuvre pour la conservation marine, sera entendue par le Jury de Déontologie Publicitaire pour défendre la plainte qu’elle a formulée à l’encontre du groupement Les Mousquetaires-Intermarché pour publicité mensongère.

« Quand les Mousquetaires s’engagent pour une pêche responsable, ce n’est pas un coup d’épée dans l’eau. » C’est ce message publicitaire, diffusé fin 2011 par le leader de la distribution, qui a tout déclenché. Pourquoi ? Parce que la publicité fait état des pratiques vertueuses d’Intermarché (qui possède sa propre flotte de pêche, Scapêche), comme par exemple le respect des ressources naturelles et de l’environnement, alors que le distributeur s’intéresse, selon l’association, à des poissons issus de pratiques de pêche (comme le chalut) dénoncées par les chercheurs comme les plus destructrices de l’histoire.

Certaines espèces de requins profonds, capturées ipso facto par les filets non sélectifs d’Intermarché, sont répertoriées comme étant « en danger d’extinction » sur la Liste Rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). « Ce que cela signifie concrètement, commente Claire Nouvian, directrice de Bloom, c’est que lorsqu’on consomme des espèces telles que la lingue bleue, le sabre noir ou le grenadier, on contribue inévitablement à l’extinction d’espèces sauvages. »

Alors qu’en est-il de la « reconnaissance pêche responsable » mise en avant sur les emballages, tel un label ? « Cela paraît logique qu’Intermarché défende bec et ongles ses investissements en pêche bien qu’ils soient désastreux pour l’environnement, poursuit Claire Nouvian qui redoute la baisse de confiance des Français dans l’éco-labellisation. Mais qu’ils osent “écologiser“ des poissons capturés avec des engins équivalents à des bulldozers sous-marins, déployés sur des espèces et dans des milieux très vulnérables, et qu’ils communiquent en plus publiquement à ce propos, c’est aller trop loin. »

La plainte de l’association Bloom a été jugée recevable par l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP). De son côté, Intermarché se défend de tout greenwashing et rapporte à l’AFP, via une porte-parole du groupe, que l’entreprise veut prouver à « l’ARPP la sincérité, le sérieux et le bien-fondé de (sa) démarche. » Et de réaffirmer sa « légitimité en tant qu’acteur engagé dans la pêche maritime en France depuis de nombreuses années. »

Suites de l’affaire…

Le 21 juin, l’association Bloom précise : « Le Jury de Déontologie Publicitaire vient de rendre publique sa décision (…) : la publicité est interdite au motif que son libellé peut « conduire à penser » que le groupement Les Mousquetaires joue un rôle « déterminant » « dans la préservation et le renouvellement des ressources marines ». Quant à « l’auto-label », tel que le Jury désigne le logo « pêche responsable » d’Intermarché, il s’est fait épingler pour sa « forte ressemblance avec le label du MSC », mondialement connu et qui certifie, lui, une « pêche durable » et non une pêche « responsable ».

 

Delphine Rabasté, avec l’association Bloom

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