Alain Baraton : « Il ne faut pas contraindre la nature, mais l’accompagner »

© Corinne BaratonAlain Baraton est jardinier en chef du Domaine national de Trianon et du Grand Parc de Versailles. Il parraine cette année l’événement « Paroles de jardiniers ». Une occasion pour Néoplanète de le rencontrer.

Comment êtes-vous tombé dans le jardinage ?

Mon parcours scolaire n’était pas flamboyant, mais j’avais quand même fait une formation horticole avant d’entrer à Versailles. J’ai découvert le parc et ses arbres plusieurs fois centenaires. Et j’ai eu envie de m’en occuper. Aujourd’hui, c’est un métier que j’ai plaisir à exercer.

En France, comment a évolué le rapport à la terre, selon vous ?

En moins de 30 ans, les choses ont changé. On pensait que l’eau était utilisable à volonté, que l’air se renouvelait et que la terre pouvait tout absorber. Aujourd’hui, le jardinier professionnel comme amateur est plus respectueux, même si des produits chimiques sont encore rejetés. Les particuliers surdosent les produits en pensant que cela va être plus efficace. Mais l’accumulation de produits de différentes compositions dans les sous-sols finit par faire des mélanges explosifs.

Vous êtes favorable depuis toujours à un jardinage respectueux de la nature. Pourquoi ?

J’oserais une métaphore. Pour moi, un jardin est comme une femme. Avec les années, il mûrit et prend l’apparence d’une jeune demoiselle. Il ne faut pas l’empêcher de vieillir. La beauté se retrouve dans l’aspect naturel. Il ne faut pas le rendre exubérant, à l’instar de ces chirurgiens qui mettent du Botox dans le visage de leurs patientes âgées! L’écologie, c’est tout simplement entretenir un lieu en respectant le cycle naturel de la vie. Ce n’est pas compliqué. Par exemple, je n’aime pas que l’on parle de « produit bio ». Pourquoi qualifier un légume quand il est produit naturellement ? Ne devrait-on pas plutôt attribuer aux autres une appellation de « légumes traités ou trafiqués » ?

© C. GuérinComment appliquez-vous cette philosophie dans le parc de Versailles que vous gérez ?

On essaye d’utiliser le moins possible des produits chimiques et on a complètement supprimé les insecticides. C’est un parc de 850 hectares aux portes de Paris. Il faut faire en sorte que ce soit un pot en verre. L’écologie à Versailles a toujours été plus ou moins un moteur, sauf, comme partout, dans les années 50-80, où on a fait tout et n’importe quoi.

Peut-on être humble en travaillant dans un tel parc ?

Le vrai jardinier est quelqu’un qui se doit d’être assez discret, il doit s’effacer derrière son travail. Si les peintres et architectes signent leur travail, ce n’est jamais le cas d’un jardinier. C’est ce qui fait, selon moi, la noblesse de la corporation.

Comment se passer des pesticides et autres insecticides ?

Il faut arrêter de vouloir se débarrasser des insectes. Autrefois, les populations étaient nourries et les insectes ne ravageaient pas tout. Le problème, c’est qu’on a détruit certaines variétés d’insectes et qu’on a provoqué un déséquilibre. Là où il y a beaucoup d’insectes, il y a des prédateurs naturels pour les chasser. Ce n’est pas une plaie !

Quel conseil donneriez-vous à un lecteur qui aimerait commencer un potager ou un jardin ?

La première chose, c’est l’observation. Avant de traiter, on regarde et on réfléchit. Sinon, ça serait comme prendre un médicament avant d’être malade. A Versailles, on essaye d’éradiquer le problème pour qu’il ne réapparaisse pas. Autre point : il faut adapter la plante à la terre, et non le contraire. On essaye de ne plus contraindre la nature, mais on l’accompagne. Mon dernier conseil serait de favoriser le régionalisme végétal, de choisir des plantes de votre pays, et de ne pas planter un grand arbre sur un petit terrain.

Il faut se comporter avec les plantes comme avec un animal de compagnie. Je trouve étonnant que des gens achètent des plantes et les jettent. Avec les plantes aussi, il faut parfois faire preuve de sentiments.

 

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Après un an passé en Irlande où elle obtient son bac à lauréat, elle revient en France où elle suit une année de lettres modernes à la faculté de Bordeaux. Depuis 2011 elle suit une formation de journaliste à Paris.