PARIS – Jardins Jardin du 5 au 7 juin

Du 5 au 7 juin prochains, « Jardins Jardin » a lieu au jardin des Tuileries et accueille une foule d’idées innovantes pour les jardins urbains. « Jardins, jardin » est l’événement incontournable pour tous les jardiniers citadins, débutants ou confirmés. En alliant le développement durable, le design d’extérieur et la rencontre entre potager et gastronomie, cette 6ème édition allie bonnes pratiques et éveil des sens.

« Jardins, Jardin » est une manifestation ouverte aux professionnels des métiers du paysage les 4 et 5 juin et au grand public du 5 au 7 juin.

Cette manifestation a pour objectif de faire découvrir toute la richesse des métiers et des produits liés au végétal. Vous y découvrirez des jardins éphémères mis en scène par des paysagistes, créateurs ou artistes et vous pourrez assister à des conférences, rencontrer des pépiniéristes et des artisans sur le thème du jardin et du paysage.

C’est le lieu de rencontre entre des professionnels qui souhaitent communiquer avec un public, toujours plus nombreux, à la recherche d’idées innovantes et de contacts privilégiés. L’événement cette année est la présence d’un « village » consacré aux dernières tendances du design d’extérieur.

A noter que notre rédac chef, Yolaine de La Bigne y animera une table ronde (réservée à la presse et aux professionnels du végétal, du jardin et du paysage) le jeudi 4 juin à 10 h sur le thème « Le végétal : élément essentiel du développement durable ou gadget à la mode ? » avec comme intervenants :
Michel Péna : Paysagiste, Président de la Fédération Française Paysage*
Paul Chemetov : Architecte, urbaniste, président du conseil scientifique de la consultation pour le Grand Paris (en cours de confirmation)
Cédric Le Forestier : Consultant, Utopies, cabinet pionnier en développement durable, fondé par Elisabeth Laville.
Emmanuel Coste : Architecte, agence Coste Architectures.
Cathy Biass-Morin : Responsable du Service Espaces Verts et Agenda 21, Ville de VERSAILLES, Responsable Espaces Verts de l’Association des Ingénieurs Territoriaux de France.

En ce qui concerne les tables rondes et conférences ouvertes au grand public, à noter :

Vendredi 5 juin
15h – De la biodiversité dans les assiettes !
16h30 – Le jardin et l’imaginaire

Samedi 6 juin
10h30 – Le jardin comme vecteur du lien social
14h30 – Végétalisation : pourquoi, comment ?

Dimanche 7 juin
12h – Les tendances du design d’extérieur
14h30  – Beaux livres de jardin : les images à travers les âges

Plus d’infos et programme complet sur jardinsjardin.com

Journées grand public : Vendredi 5 juin 2009, de 10h à 20h – Samedi 6 juin 2009, de 10h à 20h – Dimanche 7 juin 2009, de 10h à 19h.

Tarifs : 11 € et 8 € pour les handicapés, les groupes au dessus de 12 personnes et les membres des Amis du Louvre – Gratuit pour les moins de 18 ans

A l’occasion de cette manifestation, voici un entretien avec  Michel Péna, paysagiste, Président de la Fédération Française du Paysage.

« Redécouvrir le monde dans sa profondeur »

« Le végétal en ville ? Tel qu’on l’envisage aujourd’hui, c’est un gadget, c’est une bulle ! J’aime le végétal, je suis pour et c’est pour cela que je veux vous montrer la limite des raisonnements actuels. Il faut peser le pour et le contre. Planter un arbre à Paris, c’est très difficile : ça coûte très cher, il y a de nombreux réseaux souterrains à prendre en compte. Sans oublier les problèmes d’allergologie. Et pourtant, l’impact psychologique est extrêmement fort et on a besoin des arbres. Il faut aussi sortir d’une approche quantitative basée sur des idées reçues. J’ai fait un rapide calcul : un parc de 200 ha absorbe la production de carbone… de 150 personnes ! Autrement dit, seulement celle de ses jardiniers et de son administration ! Dire que le végétal va permettre de piéger tout le carbone qu’émet la ville, c’est en faire un gadget. De la même façon, combien faudrait-il d’éoliennes pour couvrir les besoins en énergie de la France ? Est-ce que ça vaut le coup de transformer radicalement l’environnement ? On a besoin de chiffres réalistes.

Vous dites que la dimension du végétal est plus d’ordre symbolique ?
Pas seulement. Cela ne veut pas dire que le végétal ne contribue pas à limiter l’effet de serre ! Un calcul permet ainsi de montrer que ce même parc de 200 Ha peut chauffer les bureaux alentours en bois énergie. Mais la dimension la plus importante du végétal est culturelle ! On ne peut pas dissocier le végétal du culturel. Il ne s’agit pas là de « l’animation » culturelle. Dans la relation que l’on au végétal, il y a quelque chose d’affectif, d’irrationnel et cette dimension est essentielle. Aujourd’hui, alors que l’on n’a plus de racines à la nature, on a besoin de la retrouver. Le végétal nous rappelle à la nature. C’est là d’ailleurs une conception très citadine. Je me souviens d’une voisine portugaise qui coupait la glycine devant chez elle car, dans sa culture, la terre en ville était quelque chose de sale ! De nos jours les urbains ont un rapport jouissif à la terre. C’est toujours lorsqu’on l’a détruite que l’on a aimé la nature.

« Préfigurer la métropole de l’après Kyoto : Retisser la biodiversité au pied des tours d’habitation dans le voisinage Paris‐Bagnolet »

Quels sont les enjeux pour le développement durable qu’ont à relever les paysagistes ?

Il y a des contraintes environnementales auxquelles il nous faut répondre. Comment rendre ces nouveaux environnements vivables ? Il faut inventer de nouvelles esthétiques, pour permettre leur appropriation culturelle, donner du sens aux territoires. C’est la question que je pose à mes confrères et à l’ensemble des acteurs de la ville pour les prochaines assises européennes du paysage : quelle forme donner au développement durable ? On voit beaucoup d’intentions dans les projets : une éolienne par ci, du vert par là… Mais concrètement, on peine à donner une forme précise aux espaces dits durables. Pour moi, le développement durable, c’est ce que fait le jardinier dans son jardin : il produit ses poireaux pour la soupe, réutilise les déchets pour faire du compost… Et surtout, il voyage. Oui, il voyage dans le temps ! Voilà le défi, pas seulement pour les paysagistes : il faut ré-explorer le monde dans sa profondeur.

Ré-explorer le monde dans sa profondeur ?
Oui, il faut arrêter d’explorer le monde dans son étendue. Pourquoi faire des allers-retours jusqu’à Bangkok, alors que des richesses sont là, tout à côté ? Avec la grande vitesse, on n’a pas réduit les temps de trajets. On a simplement permis d’aller plus loin. Je parle ainsi de la dictature des transports ! C’est même une dictature mystique, puisqu’on sacrifie chaque année 5000 personnes sur les routes ! J’ai dit un jour à des ingénieurs de la DDE que construire une autoroute ne se justifiait pas par le gain de temps, que c’était simplement mystique !

Comment en est-on arrivé là ?
Quitte à être provocateur, je dis que c’est la faute du paysage ! On n’a pas assez donné à jouir sur place aux habitants. Des espaces libres ne sont pas valorisés, n’ont pas d’usage. Quand on se sent bien à Paris, lorsque les gens sont heureux d’y rester pendant les vacances, le paysagiste a gagné. Notre agence avait conduit une étude sur le Bois de Boulogne il y a quelques années. Nous avions proposé d’en refaire une zone naturelle, où l’on circule uniquement à pied et en vélo et où l’on puisse passer son week-end. En finir avec les embouteillages et venir en vélo passer le week-end en famille. Après la tempête de 1999, on aurait pu conserver des clairières, redessiner le paysage… On doit être à l’aise comme des poissons dans l’eau… tout près de chez soi.

Comment faire pour relever ces défis ?
Parmi les outils dont disposent les paysagistes, il y a le végétal. Le végétal a cet avantage qu’il se travaille dans le temps. Il nous faut aussi accroître la biodiversité. Des études ont montré que les anciens parcs ont une biodiversité très faible, bien plus faible que les friches ! Comment créer des espaces avec plus d’usage et en même temps plus de biodiversité ? Pour trouver les solutions, commençons par remonter à la source, redécouvrons les expériences acquises ces cinquante dernières années par les paysagistes. C’est le travail que nous avons commencé cette année au Pavillon de l’Arsenal en conviant chaque mois des paysagistes à raconter leurs expériences. Je suis toujours étonné de la réaction que l’on a devant certains paysages dont la beauté nous interpelle. On se dit que le site d’origine devait être exceptionnel. Etait-ce le cas à la Grande Motte ? Pas vraiment ! C’est bien là le résultat du travail du paysagiste, en l’occurrence des espaces verts créés par Jacques SGARD.

Le Grand Paris a été l’objet de nombreux débats sur la ville, où les architectes étaient largement mis en avant. Quelle idée forte donneriez-vous qui puisse convaincre les politiques de faire appel aux paysagistes ?
Encore une fois, redécouvrir la ville dans sa profondeur ! « Redécouvrir ici », c’est un des enjeux du Grand Paris. Plantons des arbres, c’est un acte symbolique fort, un acte culturel ! Il ne faut pas que le territoire devienne une superposition de réseaux, mais qu’il porte du sens. Ce n’est ni une question d’architecture, ni une question d’urbanisme. On doit avant tout interroger la nature des lieux, l’existant, le site ! C’est bien cela, le rôle du paysagiste.

Propos recueillis par Pierre Darmet

Tweet about this on TwitterShare on FacebookShare on Google+Pin on PinterestEmail this to someone